Photo d'un pylône électrique vu du bas

L’Avant-garde communiste du Canada lance aujourd’hui la version en ligne de son organe central, le journal Cause ouvrière1. Le journal, dont la troisième édition papier vient également de paraître, existe maintenant sous sa forme complète et peut désormais commencer à fonctionner à son plein potentiel. En effet, l’expérience de notre mouvement a montré que c’est la combinaison de la forme papier et de la forme électronique qui permet d’obtenir les meilleurs résultats et de faire rayonner au maximum la propagande communiste à l’époque actuelle. La forme électronique permet à l’avant-garde de s’exprimer en continu sur l’actualité nationale et internationale de la lutte des classes. Elle offre une grande souplesse qui permet de réagir rapidement aux événements et de se positionner en temps réel sur une très grande quantité d’enjeux qui traversent la société. Par ailleurs, la forme électronique du journal permet de rayonner rapidement au-delà de ce que permet la simple diffusion d’un journal physique. Elle permet de compenser certaines limites organisationnelles et de rejoindre des groupes de prolétaires difficilement atteignables autrement à ce stade-ci du développement de notre mouvement. Pour ces raisons, c’est sur le site web que seront désormais publiés la majorité des articles de Cause ouvrière, la forme électronique devant constituer la forme principale du journal.

Le journal papier, quant à lui, permet d’aller directement à la rencontre des travailleurs et de faire pénétrer plus profondément et plus solidement la propagande communiste dans les masses prolétariennes. Le journal papier offre un outil de travail vivant et permanent aux militants révolutionnaires, outil leur permettant de déployer leurs forces de manière unifiée vers la classe ouvrière. Il permet aux communistes de se lier concrètement aux masses : de rassembler et d’organiser les prolétaires pour la lutte politique. Le combat révolutionnaire se déroule dans le monde réel et non sur internet. Un journal strictement électronique n’est pas un outil complet et n’a pas la force nécessaire pour générer une action communiste réelle. Pour l’instant, le journal papier doit paraître quatre fois par année, soit à tous les trois mois. Chaque numéro est diffusé gratuitement sur les piquets de grève, dans les manifestations ouvrières, aux portes des usines, dans les zones industrielles, dans les quartiers prolétariens, etc. Dans le futur, la fréquence de parution des numéros imprimés sera appelée à s’accroître.

L’une des fonctions essentielles du journal Cause ouvrière est de rassembler des militants favorables aux intérêts de la classe ouvrière, de les mettre en mouvement et d’en faire des communistes éclairés et conscients. Le journal doit interpeller largement les masses. Il doit servir à leur mobilisation en leur donnant le goût de la lutte révolutionnaire. Il doit cimenter l’activité des ouvriers communistes, tant sur le plan idéologique que sur le plan organisationnel. En ce sens, il doit servir d’organisateur collectif. Comme l’a écrit Lénine en 1901 dans Par où commencer :

« Le journal ne borne pas cependant son rôle à la diffusion des idées, à l'éducation politique et au recrutement d'alliés politiques. Il n'est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif; il est aussi un organisateur collectif. On peut à cet égard le comparer à l'échafaudage dressé autour d'un bâtiment en construction; il ébauche les contours de l'édifice, facilite les communications entre les différents constructeurs, à qui il permet de répartir la tâche et d'embrasser l'ensemble des résultats obtenus par le travail organisé. Avec l'aide et à propos du journal se constituera d'elle-même une organisation permanente, qui ne s'occupera pas seulement d'un travail local mais aussi général et régulier, habituant ses membres à suivre de près les événements politiques, à apprécier leur rôle et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire la meilleure façon d'agir sur ces événements. »

 

Un journal central pour tout le Canada


Afin de construire un mouvement révolutionnaire vraiment unifié à l’échelle de tout le territoire canadien, le développement d’un appareil de direction idéologique unique et centralisé est absolument indispensable. C’est pourquoi l’Avant-garde communiste du Canada vise à développer un journal central pour l’ensemble du pays. Évidemment, l’expansion du mouvement révolutionnaire fera éventuellement naître une multitude de publications locales et spécialisées partout sur le territoire. Mais celles-ci devront impérativement se subordonner à l’organe central du parti prolétarien. Elles joueront le rôle de courroies de transmission servant à diffuser de manière tentaculaire les grands mots d’ordre et les grandes analyses de l’avant-garde en les appliquant à des enjeux spécifiques et locaux.

Sans le développement d’un organe central pour tout le pays, il est impossible de construire un mouvement cohérent et de marcher comme une seule armée pour vaincre la bourgeoisie. En fait, sans organe central, la propagande et l’action des militants révolutionnaires ne peuvent que demeurer étroitement locales. Elles ne peuvent pas servir à constituer le prolétariat en classe pour soi et ne peuvent pas exprimer « les intérêts du mouvement dans sa totalité ». C’est en prenant conscience de la somme des faits quotidiens révélant la lutte qui se mène entre les deux classes de la société capitaliste; c’est en adhérant aux mêmes analyses, à la même théorie et aux mêmes perspectives politiques; et c’est en répondant aux mêmes appels généraux et aux mêmes mots d’ordre révolutionnaires que les ouvriers canadiens forgeront un véritable parti communiste capable d’agir des provinces maritimes à la Colombie-Britannique et d’entraîner le prolétariat entier dans la bataille historique pour le socialisme.

Sans un journal pour tout le pays, un parti composé de militants séparés géographiquement serait éventuellement amené à se disloquer sous la pression du subjectivisme et à se scinder en organisations de nature divergente. À cet égard, l’histoire du défunt Parti communiste révolutionnaire (PCR) est riche d’enseignements. Durant la première moitié de la dernière décennie, le parti fondé en 2007 à Montréal a pris de l’expansion en Ontario et dans d’autres provinces canadiennes. Or, les fondateurs du PCR n’ont pas jugé bon de produire de manière centralisée une littérature commune et constante pour l’ensemble des régions où le parti était désormais actif. Ainsi privées de toute direction idéologique, les organisations du parti d’une ville à l’autre se lançaient dans toutes sortes d’initiatives décousues et sans liens entre elles, initiatives dont le caractère est rapidement devenu étroit et réformiste. Plus encore, les nouvelles recrues étudiantes et petites-bourgeoises du parti à l’extérieur du Québec ont eu le champ entièrement libre pour mettre de l’avant leurs idées postmodernes et libérales. C’est ainsi que les Opportunistes canadiens ont fini par gangrener l’ensemble du PCR et par en prendre le contrôle. Pour mettre fin à ce triste spectacle, l’aile gauche du parti basée à Montréal a dû mener une lutte antagonique à l’intérieur de l’organisation, ce qui a conduit à une scission en 2017.

Déterminée à ne pas répéter les mêmes erreurs que les fondateurs du PCR, l’Avant-garde communiste du Canada n’entend pas s’écarter du principe selon lequel la base de toute activité révolutionnaire et le ciment de toute expansion organisationnelle se situent dans la propagande. Cette dernière doit être rédigée centralement par les militants les plus qualifiés et diffusée de manière systématique et régulière partout où le mouvement révolutionnaire est actif. C’est seulement ainsi que sera évité le piège de l’éclectisme politique et de la fragmentation organisationnelle, et c’est également de cette manière que seront démasqués les opportunistes petits-bourgeois cherchant à parasiter notre organisation.

Cela étant dit, l’Avant-garde communiste du Canada reconnaît comme une nécessité objective le développement inégal de la révolution. C’est pourquoi nous n’attendons pas d’être présents et d’avoir une activité de même intensité dans tous les coins du pays pour développer le journal Cause ouvrière. Inévitablement, le contenu du journal reflétera le développement inégal de notre mouvement d’une région à l’autre du pays, et ce, même si la forme électronique du journal permettra évidemment de compenser en partie les limites découlant de notre degré d’expansion territoriale. Aussi, les articles de Cause ouvrière seront principalement publiés en français dans un premier temps. Cela ne doit surtout pas être interprété comme un choix politique, mais plutôt comme une nécessité transitoire. L’essentiel, c’est que Cause ouvrière s’adresse politiquement à l’ensemble du prolétariat canadien, et c’est ce que fait le journal depuis sa fondation.

 

Notre tâche : organiser des révélations politiques

Le journal Cause ouvrière est un journal politique. Ce n’est pas un journal syndical se contentant de traiter du rapport immédiat entre patrons et travailleurs. Ce n’est pas un journal économiste ne faisant qu’être le miroir du mouvement ouvrier et des luttes spontanées du prolétariat. Refléter sans chercher à rien transformer, c’est ce que font tous les opportunistes qui liquident le communisme sous prétexte qu’il faudrait « laisser parler les masses ». Évitant lâchement d’assumer leur rôle d’avant-garde, ils dissimulent leurs propres opinions et abaissent leur agitation au niveau de la conscience spontanée du peuple, sombrant inévitablement dans le réformisme bourgeois. Représentant parfaitement cette tendance, les Opportunistes canadiens écrivaient il y a quelques années :

« Les révolutionnaires ont besoin de parler aux masses là où elles sont, d’une manière qui influence directement leur vie au jour le jour et en s’adressant concrètement à leurs expériences quotidiennes; actuellement, cela prend largement la forme de réformes ou de campagnes spécifiques. »

Défendant un point de vue complètement opposé à cette ligne révisionniste, l’Avant-garde communiste du Canada adhère au principe léniniste selon lequel le journal doit d’abord et avant tout servir à élever la conscience de classe des ouvriers, à les éveiller à la lutte politique pour le socialisme et à susciter leur activité révolutionnaire. Si les propagandistes et les agitateurs communistes doivent effectivement se saisir de la réalité immédiate des prolétaires, ce n’est pas pour leur expliquer ce qu’ils savent déjà, ni pour leur proposer un discours prenant « largement la forme de réformes » : c’est tout simplement pour mieux faire pénétrer la doctrine du socialisme scientifique au sein des masses et pour s’assurer qu’elles s’en emparent largement. Comme l’affirmait l’Internationale communiste lors de son 2e congrès en 1920, « tout conflit économique important peut soulever devant les ouvriers la question de la Révolution » et « il est donc du devoir des communistes de faire ressortir devant les ouvriers, dans toutes les phases de la lutte économique, que cette lutte ne saurait être couronnée de succès que lorsque la classe ouvrière aura vaincu la classe capitaliste dans une bataille rangée et se chargera, sa dictature une fois établie, de l’organisation socialiste du pays ».

Ainsi, entre le but final et les conditions immédiates, c’est le but final qui doit constituer l’aspect principal et jouer le rôle directeur dans la propagande. Dans le journal, les faits quotidiens ne doivent donc pas seulement être rapportés : ils doivent être éclairés par la théorie et les perspectives politiques. Bien sûr, les opportunistes argumentent que les masses ne seraient « pas encore prêtes » pour adhérer au communisme et qu’il faudrait donc y aller « graduellement ». Ce n’est rien d’autre que du mépris pour l’intelligence collective de la classe ouvrière, classe « qui a besoin avant et par-dessus tout de connaissances politiques étendues et vivantes, et qui est la plus capable de profiter de ces connaissances pour entreprendre une lutte active » (Lénine, Que faire, 1902).

Le journal Cause ouvrière vise la fusion du mouvement ouvrier et du socialisme. Il cherche à propager les perspectives révolutionnaires parmi la classe ouvrière et à lui révéler son but historique : l’abolition de l’exploitation capitaliste et l’instauration d’une société sans classes. Il sert au développement d’un fort courant communiste dans le mouvement ouvrier, courant qui devra, à terme, transformer le mouvement et en prendre la direction pour guider les travailleurs vers la prise du pouvoir. Comme l’a expliqué Lénine dans Les objectifs immédiats de notre mouvement , le rôle du communisme « n’est pas de servir passivement le mouvement ouvrier à chacun de ses stades, mais de représenter les intérêts de l’ensemble du mouvement, de lui indiquer son but final et ses objectifs politiques, de sauvegarder son indépendance politique et idéologique. Coupé de la social-démocratie [du communisme], le mouvement ouvrier dégénère et s’embourgeoise inévitablement : en se cantonnant dans la lutte économique, la classe ouvrière perd son indépendance politique, se traîne à la remorque d’autres partis, trahit la grande devise : L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (1900)

Ainsi, la fonction principale de Cause ouvrière est de générer des révélations politiques quotidiennes aux prolétaires canadiens. Par révélations politiques, nous entendons le type d’idées et d’explications qui amènent les travailleurs à développer une compréhension plus élevée de l’exploitation capitaliste, qui rehaussent leur volonté de lutter contre la bourgeoisie et qui les conduisent à appuyer la révolution socialiste. Afin d’entraîner le plus grand nombre de prolétaires à lutter pour la collectivisation des moyens de production, le contenu du journal doit être lié à la réalité concrète et vivante de la lutte des classes. L’une des tâches prioritaires du journal est donc de parler de manière révolutionnaire des luttes économiques spontanées des travailleurs. Le journal doit également diffuser en grand nombre des connaissances sur la production et l’économie capitaliste. Afin de favoriser l’action, le journal doit aussi traiter des questions organisationnelles et des moyens pratiques de la lutte révolutionnaire en les rendant accessibles et intéressantes pour les larges masses. Il doit expliquer non seulement pourquoi, mais aussi comment l’on doit se battre contre la bourgeoisie.

En plus d’accomplir les tâches expliquées ci-dessus, Cause ouvrière doit consacrer une partie de ses articles à la dénonciation de l’impérialisme et du pillage des pays dominés, en ayant notamment pour objectif de favoriser l’indignation des masses populaires du Canada devant les crimes de la bourgeoisie impérialiste canadienne à l’étranger. Le journal doit aussi faire la promotion des mouvements et des révoltes populaires légitimes émergeant partout dans le monde, et ce, dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien et du slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! ». Les analyses des contradictions de l’impérialisme et de la conjoncture internationale publiées par le journal doivent être celles d’une organisation clairvoyante se distinguant des petits partis économistes limités du genre IWW. Les travailleurs sont avides d’explications sur les grands événements internationaux, sur les rapports de force entre les différentes puissances impérialistes, sur le sort des pays pauvres, etc. Le journal doit satisfaire pleinement cette soif d’explications existant au sein du prolétariat, soif d’explications que les grands médias bourgeois, évidemment, ne satisfont pas.

Finalement, la ligne éditoriale de Cause ouvrière est ouvertement anti-postmoderne. Le journal doit être un bastion de rationalité, de vérité objective, de scientificité et de matérialisme. Une partie des articles du journal seront consacrés à dénoncer les diverses manifestations de l’idéalisme postmoderne dans la société bourgeoise contemporaine ainsi qu’à mettre en lumière le programme postmoderne de la bourgeoisie à travers des exemples tirés de l’actualité. La lutte soutenue du journal contre le postmodernisme sera celle d’une organisation à caractère résolument prolétarien se distinguant radicalement de la pseudo-gauche actuelle. Le journal ne fera jamais aucune concession à la bourgeoisie et aux tendances petites-bourgeoises : sa ligne éditoriale sera toujours fermement opposée à l’économisme, à l’opportunisme de droite, à l’ultra-gauchisme, à l’anarchisme, au postmodernisme, à l’écologisme, au féminisme, et ce, sous toutes leurs formes.

 

Le centre de gravité actuel : la propagande et l’agitation

Avec le lancement du site internet de Cause ouvrière, l’Avant-garde communiste du Canada entame une initiative propagandiste permanente qui fera rayonner à nouveau le matérialisme historique au sein de la classe ouvrière canadienne et qui permettra de bâtir les fondations du nouveau parti communiste que nous visons à construire. Pendant toute la période de reconstruction de l’état-major de la révolution prolétarienne au Canada, et probablement pendant plus longtemps encore, la propagande et l’agitation constitueront le centre de gravité de l’activité communiste. Même par la suite, pendant tout le processus révolutionnaire devant mener à la prise du pouvoir, à l’instauration de la dictature du prolétariat et à la construction du socialisme, la propagande et l’agitation continueront de jouer le rôle de « système sanguin » du parti et de ses organisations.

Cela ne signifie pas, bien entendu, que la propagande et l’agitation journalistiques seront les seules formes de lutte employées pendant la période de reconstruction. Mais cela signifie que le développement de l’appareil de propagande sera le nerf de la guerre et que les autres aspects du développement du parti seront presque entièrement déterminés par les progrès effectués dans ce domaine. Pendant un temps, la majeure partie des efforts des communistes doivent être consacrés, avant toute autre chose, à développer leur organe central et l’ensemble de leur système de propagande, c’est-à-dire à faire progresser la clarté de la ligne politique qu’ils défendent, à élaborer des explications justes sur toutes les grandes questions de la lutte des classes mondiale; à produire du matériel de propagande et d’agitation de grande qualité et en quantité croissante; à le diffuser de manière systématique au sein du mouvement ouvrier et finalement à l’utiliser pour le ralliement, le recrutement et l’organisation des éléments avancés du prolétariat.

Dans le système de propagande que nous devons construire (système qui inclut non seulement le journal, mais également la revue théorique, les livres, les tracts, etc.), la propagande et l’agitation jouent des rôles complémentaires. La propagande fournit des explications approfondies et détaillées sur toutes les questions brûlantes de la lutte des classes et de la révolution. Elle sert à générer une forte adhésion idéologique aux perspectives défendues par l’avant-garde. L’agitation, quant à elle, part du même contenu politique et le dissémine immédiatement au plus grand nombre sous une forme accessible. Elle sert à susciter l’action des ouvriers, c’est-à-dire leur contribution active aux organisations communistes, leur participation aux manifestations révolutionnaires contre la bourgeoisie, etc. À l’intérieur du système de propagande, la revue théorique joue principalement le rôle de propagandiste, tandis que le journal joue principalement le rôle d’agitateur au sein des masses. Évidemment, le journal n’a pas un caractère purement agitateur : son contenu a également un aspect propagandiste. Pour présenter les choses simplement, on peut dire que le journal constitue la forme « supérieure » du matériel agitationnel, la forme « inférieure » étant constituée par les tracts, les affiches, les interventions orales, etc. Bref, le journal sert à la fois d’organisateur collectif et d’éducateur collectif. Dans tous les cas, ce sont la clarté théorique et la justesse de la ligne politique qui doivent guider la production de toute littérature communiste.

Au cours des dernières décennies, il y a eu un recul majeur, voire une disparition de la propagande communiste au Canada. Il en découle aujourd’hui un urgent besoin d’éducation politique et théorique, de révélations journalistiques, d’analyses des événements nationaux et internationaux, d’éclaircissements sur l’économie capitaliste, etc. Si l’on ne répond pas au plus vite à cet urgent besoin, toute reconstruction du mouvement communiste est vouée à l’échec. La direction historique du défunt PCR, qui a été pendant vingt longues années le pôle de l’activité révolutionnaire au pays, n’a jamais été capable d’accomplir cette tâche primordiale. Ayant fait reposer le critère de la radicalité dans l’action militante en elle-même, tout en ayant en même temps privilégié des initiatives idéologiques isolées et coupées de la pratique réelle, la direction historique du PCR n’a jamais pris en charge la tâche de développer un vrai appareil de propagande servant à alimenter la lutte de manière continue et à diriger l’activité des militants révolutionnaires. Pendant de longues années, elle a même abandonné la production de toute propagande écrite ou presque, se contentant d’une propagande orale improvisée s’adressant principalement à elle-même et à un petit cercle de curieux, privant le parti de toute possibilité de rayonnement auprès de la classe ouvrière.

La direction historique du PCR a par ailleurs défendu une conception ultra-démocratique et anti-léniniste de la propagande. Au lieu de chercher à développer un véritable organe central, c’est-à-dire un journal soumis au contrôle du groupe dirigeant et rédigé par les meilleurs propagandistes, elle a prôné la création de journaux de type « babillard » et la mise sur pied de comités de rédaction ouverts et autonomes. À la fondation du PCR-co en 2001, les fondateurs de l’organisation appelaient par exemple, dans leur Plan d’implantation, à former une équipe « techniquement et formellement séparée du PCR-co » pour diriger la publication du journal Drapeau rouge!. Privilégiant la quantité aux dépens de la qualité, la direction historique a permis et encouragé la participation de rédacteurs incompétents et d’éléments non communistes, sans jamais s’assurer que la ligne politique défendue était adéquate. En ce qui concerne les présentations orales dans lesquelles la direction historique s’est finalement « spécialisée » après avoir abandonné la propagande écrite, elles étaient organisées parallèlement à l’activité du parti et leur contenu n’était pas dirigé par le centre de l’organisation, sans parler du fait qu’elles n’étaient jamais préparées avec rigueur et professionnalisme.

Il faut rejeter aujourd’hui ces déviations majeures ayant eu pour effet de priver les travailleurs pendant vingt ans des connaissances politiques et théoriques dont ils ont besoin et ayant empêché le mouvement communiste de se reconstruire. En négligeant la qualité de la propagande, l’on ne parvient pas à convaincre les travailleurs d’adhérer à la cause révolutionnaire, l’on n’éclaircit aucune question et l’on donne plutôt mauvaise réputation aux communistes. En prônant l’ultra-démocratisme, l’on ne parvient pas à unifier l’activité du parti sous une même direction idéologique, et l’on ne parvient pas non plus à rendre systématique et à pérenniser la production de la littérature communiste (puisque les initiatives sans direction sombrent inévitablement dans la désorganisation et connaissent toujours une fin rapide).

Contrairement à la direction historique du défunt PCR, l’Avant-garde communiste du Canada défend la vraie conception léniniste de la propagande. Nous reconnaissons que la mise en place d’un appareil de propagande centralisé, professionnel et permanent constitue la première nécessité pour bâtir un véritable parti communiste. Parmi les 21 Conditions d’admission des Partis dans l’Internationale communiste adoptées lors du 2e congrès de l’organisation en 1920, la première condition stipulait d’ailleurs que « [t]ous les organes de la presse du Parti doivent être rédigés par des communistes sûrs, ayant prouvé leur dévouement à la cause du prolétariat. […] La presse périodique ou autre et tous les services d’éditions doivent être entièrement soumis au Comité central du Parti, que ce dernier soit légal ou illégal. Il est inadmissible que les organes de publicité mésusent de l’autonomie pour mener une politique non conforme à celle du Parti. » Dans les Thèses sur la structure, les méthodes et l’action des partis communistes adoptées lors du 3e congrès en 1921, on peut lire que « [l]a presse communiste doit être développée et améliorée par le Parti avec une infatigable énergie. […] Le Parti doit s’efforcer bien plus d’avoir de bons journaux que d’en avoir beaucoup. Tout parti communiste doit avant tout avoir un organe central autant que possible quotidien. » Ces injonctions sont toujours valides aujourd’hui et l’Avant-garde communiste du Canada y adhère entièrement.

Nous allons donc nous consacrer, dans la période qui s’amorce, avec rigueur et professionnalisme, au développement de l’organe central et de l’appareil de propagande du prochain parti communiste de la classe ouvrière canadienne. Le journal Cause ouvrière est la pièce centrale de ce vaste édifice à construire. Ne perdons plus un instant et développons le journal du prolétariat révolutionnaire! Mettons en place dès maintenant le dispositif nécessaire pour répandre les idées communistes dans le mouvement ouvrier et soulever devant les masses la question de la révolution! Soyons fidèles à ce qu’ont énoncé Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste en 1847 : « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé »!

1.Initialement mis sur pied par le Parti communiste révolutionnaire du Canada à l’automne 2021, le journal Cause ouvrière est devenu l’organe central de l’Avant-garde communiste du Canada suite à la dissolution du Parti à l’hiver 2022.

Manifestation de rue pro-palestinienne

Hier après-midi, l’Avant-garde communiste du Canada a pris part à la manifestation organisée à Montréal pour commémorer les 74 ans de la Nakba (« catastrophe »), l’exil forcé de plus de 700 000 Palestiniens survenu lors du violent processus de création de l’État d’Israël en 1948.

Chaque 15 mai, des manifestations ont lieu dans de nombreuses villes du monde – dont Montréal – pour souligner cette sombre journée ayant marqué le début de l’oppression du peuple palestinien par l’État sioniste ainsi que pour appuyer l’héroïque lutte de libération palestinienne qui se poursuit depuis cette date. Cette année, les manifestations de la Nakba étaient notamment l’occasion pour les masses d’exprimer la vive colère suscitée par l’assassinat sordide de la journaliste d’origine palestinienne Shireen Abu Akleh – tuée d’une balle dans la tête par l’armée israélienne mercredi dernier en Cisjordanie où elle couvrait un raid militaire israélien –, ainsi que par l’assaut brutal de ses funérailles par la police israélienne.

Mettant de l’avant des revendications directement opposées aux intérêts de l’impérialisme occidental – lequel s’appuie depuis des lustres sur l’État d’Israël pour maintenir sa domination dans le monde arabe –, les manifestations de la Nakba sont souvent la cible d’intimidation policière et sont parfois même purement et simplement interdites, comme ce fut le cas l’an dernier à Paris et cette année à Berlin. Lors de la manifestation d’hier à Montréal, les agissements des forces policières ont aussi témoigné de l’hostilité de la bourgeoisie impérialiste envers la cause palestinienne. Ayant déployé dès le départ un imposant arsenal répressif pour intimider les manifestants, le SPVM a décidé à un certain moment de provoquer physiquement la foule en lui bloquant le passage à l’aide de l’escouade anti-émeute, et ce, alors que la manifestation se déroulait de manière entièrement pacifique. Nous dénonçons fermement ces gestes répressifs honteux de la police montréalaise. Heureusement, les forces policières n’ont pas pu empêcher la foule nombreuse et ardente de continuer à manifester et à brandir bien haut le drapeau palestinien.

L’Avant-garde communiste du Canada s’oppose fermement à l’oppression de la Palestine par l’État sioniste israélien ainsi qu’au soutien accordé par la bourgeoisie impérialiste canadienne à cet État criminel. Nous dénonçons vivement les récentes exactions commises par la police et l’armée israéliennes contre le peuple palestinien. Nous appelons les ouvriers canadiens à lutter contre la politique impérialiste de « leur » gouvernement et à appuyer le mouvement de libération palestinien, mouvement national progressiste dirigé contre l’impérialisme mondial.

À bas la domination impérialiste au Moyen-Orient!

Vive la révolution prolétarienne mondiale!

Palestine vivra, Palestine vaincra!

Navires de guerre en train de couler

La guerre actuelle en Ukraine est une guerre inter-impérialiste. Elle témoigne d’une aggravation qualitative des contradictions de l’impérialisme mondial ainsi que de l’aiguisement des contradictions entre la bourgeoisie et le prolétariat international. Bien qu’elle se déroule sur le territoire de l’Ukraine, la guerre oppose principalement l’impérialisme américain et l’impérialisme russe en émergence. Plus largement, elle résulte de l’aiguisement des contradictions économiques et politiques entre les États-Unis – qui occupent encore la position dominante dans la chaîne impérialiste mondiale – et leurs anciens et nouveaux concurrents impérialistes; entre les vieilles puissances de l’OTAN dirigées par les États-Unis et l’alliance impérialiste émergente composée de la Russie et de la Chine; et finalement entre les États-Unis et l’Union européenne – en particulier l’Allemagne. Se situant au carrefour de toutes ces contradictions, le conflit armé en Ukraine est hautement explosif et fait planer le danger d’une Troisième Guerre mondiale au-dessus des prolétaires de tous les pays.

La guerre actuelle est une guerre réactionnaire des deux côtés. Elle ne peut pas être analysée comme une « guerre d’agression » isolée d’un pays impérialiste contre un pays dominé ou d’une nation oppressive contre une nation opprimée – c’est-à-dire de la Russie contre l’Ukraine. Elle ne se compare d’aucune manière au bombardement de la Serbie par l’Otan en 1999, à l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, ou encore aux guerres israéliennes incessantes contre la Palestine. Bien que l’Ukraine soit le théâtre des opérations militaires – et bien que ce soit le peuple multinational de ce pays qui en souffre directement –, la guerre actuelle est la continuation par d’autres moyens d’un affrontement politique se déroulant depuis des années entre pays impérialistes, affrontement résultant lui-même de la concurrence économique entre la bourgeoisie de ces différents pays. Il s’agit de la forme violente d’une lutte antérieure des États bourgeois et des monopoles privés pour acquérir ou contrôler des sphères d’influence (politiques et économiques), des parts de marchés, des routes énergétiques, des voies de transport, de la main d’œuvre, des matières premières, des opportunités d’investissements, etc. Dans ce contexte, malgré les apparences véhiculées par les médias impérialistes occidentaux, il n’est pas possible d’identifier qui est « l’instigateur » du conflit. Dire que la Russie est purement à l’offensive tandis que l’Ukraine ne fait que se défendre, c’est jouer le jeu des impérialistes de l’OTAN qui parlent d’une « guerre non provoquée » afin de se présenter hypocritement comme les champions de la liberté des peuples. C’est souffler dans la trompette de l’impérialisme américain qui cherche à légitimer la guerre totale contre la Russie.

Depuis 2014, c’est-à-dire depuis le soulèvement nationaliste « Euromaidan » et le coup d’État dirigé par l’impérialisme américain, l’Ukraine est devenue une semi-colonie des États-Unis et de l’Union européenne. Ce coup d’État violent – accompli en grande partie par des milices néo-nazies appuyées par Washington – était lui-même l’aboutissement d’un long processus de déstabilisation et d’interventions directes des États-Unis visant à faire tomber l’Ukraine dans leur zone d’influence et à en faire un front anti-russe du capital financier occidental. Les impérialistes américains ont déversé des milliards de dollars dans le pays et s’y sont ingérés de manière totalement anti-démocratique en favorisant l’émergence d’un mouvement ultra-nationaliste hostile à la Russie. Le prélude du coup d’État de 2014 a été la « Révolution orange » de 2004, mouvement réactionnaire pro-occidental alimenté par les États-Unis.

Ces interventions impérialistes s’inscrivaient dans la politique plus large d’intégration économique des pays d’Europe de l’Est, d’expansion de l’OTAN et d’encerclement militaire de la Russie mises en œuvre par les États-Unis et leurs alliés depuis les années 1990. Au cours des dernières décennies, les impérialistes occidentaux ont constamment violé la promesse faite à Gorbatchev au moment de la chute du mur de Berlin selon laquelle le territoire de l’OTAN « ne serait jamais déplacé, ne serait-ce que d’un pouce vers l’Est ». L’OTAN a en effet intégré par vagues la majorité des pays de l’ancien Pacte de Varsovie, se rapprochant sans cesse des frontières russes. En plus d’avoir démantelé et bombardé la Yougoslavie, les impérialistes occidentaux ont favorisé, voire organisé des « révolutions de couleur » pro-occidentales dans plusieurs pays de l’ancien Bloc de l’Est, déployé des troupes en Europe de l’Est et multiplié les provocations militaires contre la Russie. En 2019, les États-Unis se sont retirés du traité INF de 1987 sur les missiles de portée intermédiaire après l’avoir violé, menaçant directement le territoire russe avec des lance-missiles installés en Europe. En accusant la Russie de mener une « guerre non provoquée », les impérialistes de l’OTAN font donc preuve d’une hypocrisie extrême.

Depuis 2014, l’Ukraine elle-même a servi de vaste front militaire et politique de l’impérialisme américain et ses alliés. En plus d’avoir déployé leurs propres soldats sur le territoire du pays, les impérialistes occidentaux – dont le Canada – ont fourni des armes et de l’entraînement aux forces armées ukrainiennes, y compris à des groupes paramilitaires ouvertement néo-nazis tels que le bataillon Azov, afin de les préparer pour la guerre contre la Russie. Depuis le coup d’État, le gouvernement ukrainien accepte complaisamment de servir de fantassin de l’impérialisme occidental. Il adopte une politique belliqueuse contre la Russie et agit lui-même à titre de gouvernement impérialiste sous les ordres des États-Unis.

Présenté par les médias occidentaux comme un héro défendant courageusement son peuple contre l’agression russe, le président actuel Volodymyr Zelensky est un bandit réactionnaire ayant poussé le peuple de son pays à servir de chair à canon pour l’impérialisme occidental. Loin d’avoir cherché à apaiser les tensions au cours de se présidence, il les a au contraire aggravées et doit donc être considéré comme l’un des principaux responsables de la situation actuelle. Par exemple, le gouvernement Zelensky a approuvé en mars 2021 une stratégie de « réintégration » visant à « rétablir la pleine souveraineté ukrainienne sur la Crimée et la ville de Sébastopol ». La ville de Sébastopol abritant la base navale de la flotte de la mer Noire de la marine russe depuis la dissolution de l’URSS, sa reconquête par la force aurait signifié le déclenchement de la guerre contre la Russie. Aujourd’hui, Zelensky contraint par la loi les hommes de son pays à se sacrifier pour une guerre réactionnaire. Continuant à prôner l’escalade militaire au lieu de la paix, il appelle ni plus ni moins au déclenchement de la Troisième Guerre mondiale en réclamant l’établissement d’une « zone d’exclusion aérienne » par l’OTAN, laquelle signifierait l’entrée en guerre directe des États-Unis et de ses alliés contre la Russie, et potentiellement contre la Chine.

Plus encore, ayant intégré les milices fascistes dans son appareil militaire, l’État ukrainien les a utilisées à partir de 2014 comme troupes de choc pour semer la terreur et faire la guerre aux républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk s’étant formées en réponse au coup d’État et à la montée du nationalisme ukrainien anti-russe. Il faut savoir que le régime ukrainien mis en place suite au renversement violent et illégal du président élu Viktor Ianoukovytch fait la promotion d’un chauvinisme agressif, brimant les droits linguistiques de l’importante population russophone du pays ainsi que d’autres minorités nationales. En plus, ce régime encourage la glorification des collaborateurs ukrainiens de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, dont Stepan Bandera, dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B) et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) responsables de massacres de dizaines de milliers de Juifs et de Polonais pendant la guerre ainsi que de la lutte sanglante contre les partisans soviétiques antifascistes, et ce, pour le compte d’Hitler. Cherchant à effacer l’héritage soviétique de la mémoire du peuple ukrainien – héritage dont le rejet fusionne automatiquement avec le chauvinisme anti-russe en Ukraine pour des raisons historiques –, le gouvernement ultra-réactionnaire du président Petro Porochenko a fait passé en 2015 les « lois de décommunisation » interdisant les symboles et la propagande communistes, démolissant les monuments soviétiques et rendant illégales les organisations se revendiquant du communisme, dont le bien connu Parti communiste d’Ukraine. Cette vaste offensive anti-communiste s’est produite dans un contexte où, depuis 2014, des milliers de fascistes défilent ouvertement dans les rues, sèment la terreur, persécutent les Roms, commettent des actes antisémites et anti-russes et se rendent coupables de graves exactions. L’un de leurs crimes les plus abjects a été l’incendie de la Maison des syndicats d’Odessa le 2 mai 2014, événement lors duquel les milices néo-nazies ont brûlé vifs et battu à mort, dans l’impunité la plus totale, une cinquantaine de militants syndicaux, pro-communistes et anti-Maidan qui s’étaient réfugiés dans le bâtiment.

Dans ce contexte, la population russophone du Donbass a eu parfaitement raison de se dresser contre le régime nationaliste ukrainien, et elle avait le droit de proclamer son indépendance afin que ses droits soient respectés (tout comme la population de la Crimée avait le droit de vouloir quitter l’Ukraine et de rejoindre la Fédération de Russie). Malgré le fait qu’elle a été clairement exprimée lors de référendums, la volonté démocratique du peuple du Donbass a été totalement ignorée par le gouvernement réactionnaire ukrainien ainsi que par l’influent mouvement fasciste sur lequel il s’appuie. Les nationalistes ukrainiens ont préféré soumettre la population du Donbass à une guerre meurtrière en recourant notamment à des bombardements réguliers contre les infrastructures civiles et les zones résidentielles. Entre 2014 et 2020, cette guerre a fait 14 000 morts selon l’ONU, y compris 5 650 combattants séparatistes et 3 350 civils. Le gouvernement et les fascistes ukrainiens ont par ailleurs bafoué à plusieurs reprises les Accords de Minsk de 2015 qui étaient censés mettre fin au conflit – accords d’ailleurs ignorés par les impérialistes américains souhaitant une confrontation avec la Russie.

La guerre n’a pas commencé avec l’entrée des troupes russes en territoire ukrainien. Mais l’intervention directe de l’impérialisme russe a changé son caractère et lui a fait prendre des proportions monstrueuses. Si la résistance armée du peuple du Donbass contre les fascistes ukrainiens et pour l’affirmation de son droit à l’autodétermination était légitime et juste (malgré le fait qu’elle faisait aussi la place à des tendances nationalistes réactionnaires), cette guerre s’est transformée en guerre réactionnaire contre le peuple ukrainien et pour la défense des intérêts stratégiques des monopoles russes. Utilisant le prétexte de la « dénazification » et de la « protection » des russophones, le gouvernement russe a instrumentalisé la lutte démocratique et anti-fasciste des populations du Donbass – ainsi que le puissant sentiment anti-nazi qui habite encore les masses russes depuis l’invasion allemande de 1941 – afin de déclencher une guerre visant en réalité à protéger les intérêts de la grande bourgeoisie russe en brisant l’un des fronts de son rival américain. Bien qu’il s’agisse d’une réaction à une expansion américaine agressive, il n’en demeure pas moins qu’en bombardant l’Ukraine – dont la capitale Kiev – et en y déployant ses troupes au-delà du Donbass, le gouvernement impérialiste de Vladimir Poutine cause des souffrances affreuses aux masses ukrainiennes, contribue à dresser les peuples russe et ukrainiens les uns contre les autres, aggrave les contradictions mondiales et joue un rôle majeur dans l’escalade vers la guerre mondiale.

Au moment du déclenchement de son « opération militaire spéciale », Poutine a d’ailleurs justifié son offensive en faisant appel au chauvinisme grand-russe et en niant ouvertement le droit de la nation ukrainienne à l’auto-détermination, déclarant que Lénine avait eu tort de reconnaître le droit à la séparation des peuples non-russes conformément aux justes principes bolchéviques quant à la question nationale. Salissant la mémoire de l’URSS en calomniant Lénine et Staline et en s’attaquant au bilan de la propriété collective, Poutine, que les médias occidentaux présentent faussement comme un continuateur de Staline qui aurait pour objectif de restaurer l’URSS, cherche à effacer, tout comme les nationalistes ukrainiens, le passé soviétique de la Russie et de l’Ukraine, allant jusqu’à prôner une « décommunisation » plus conséquente que celle mise en œuvre par le gouvernement ukrainien. En dépit de ce qu’affirment, d’une part, les bourgeois russes voyant l’histoire de l’URSS comme un échec sanglant, et d’autre part, les bourgeois ukrainiens faisant la promotion de mythes nationalistes et nazis tels que « l’Holodomor », les peuples ukrainiens et russe ont vécu dans l’amitié et dans la paix sous le pouvoir des soviets et sous le régime de la propriété collective. Garantissant l’égalité des langues et des nations, les Bolchéviks dirigés par Lénine et Staline ont permis à la nation ukrainienne de s’émanciper de l’oppression nationale. Loin d’avoir été « russifiée » de force par Staline comme plusieurs l’affirment mensongèrement, la nation ukrainienne a pu, dans les années 1920 et 1930, développer sa langue et sa culture nationale comme jamais auparavant avec la reconnaissance de la langue ukrainienne dans l’appareil d’État, avec l’alphabétisation massive de la population ainsi qu’avec la création d’un grand nombre de journaux, d’écoles, de livres, de théâtres, etc. Il faut également mentionner le développement industriel prodigieux qu’a connu l’Ukraine grâce à la planification économique soviétique. Le 17 mars 1991, malgré 35 ans de politiques révisionnistes et de destruction de l’économie socialiste initiées par le traître Khrushchev en 1956, les Ukrainiens ont voté à plus de 70% en faveur du maintien de l’Union soviétique lors d’un référendum, témoignant ainsi de l’attachement profond des masses populaires à l’héritage communiste du pays. Si les Ukrainiens et les Russes avaient encore fait partie d’un même État socialiste multinational comme le souhaitaient les masses, la guerre actuelle n’aurait jamais pu éclater.

Alors que les impérialistes et les traîtres avaient proclamé en 1991 que la disparition de l’Union soviétique inaugurerait une nouvelle ère de paix en Europe et dans le monde, les événements actuels prouvent de manière éclatante qu’ils avaient tort. En fait, la restauration du capitalisme entamée par Khrushchev et « finalisée » par Eltsine n’a fait qu’apporter des souffrances aux masses de l’ancienne URSS en plus de semer la division et d’attiser la haine nationale. La guerre actuelle prouve également la thèse de Lénine, reprise et défendue par Staline jusqu’à sa mort, thèse selon laquelle la guerre entre les pays capitalistes est inévitable et selon laquelle la seule manière de supprimer l’inévitabilité des guerres est de supprimer l’impérialisme. Pour atteindre la paix durable, l’unique solution réside dans l’établissement de nouvelles républiques soviétiques, en Europe et partout dans le monde, républiques qui, une fois constituées, s’uniront pour former une seule et même République soviétique universelle afin d’avancer vers le communisme mondial. Sans l’instauration du socialisme partout sur la planète, le monde continuera d’être une vaste poudrière susceptible d’exploser à tout moment.

Suite au démembrement et à la destruction de l’URSS, la Russie dirigée par le sous-fifre Eltsine s’est trouvée écrasée sous la botte de l’impérialisme américain. Les privatisations, encouragées et dirigées par les États-Unis, ont conduit à un véritable désastre économique et humanitaire dans les années 1990. Pendant que la nouvelle bourgeoisie russe bradait le bien public au capital international et accumulait, à une vitesse fulgurante, des fortunes honteuses, les masses russes étaient soumises à une diminution brutale de leur niveau de vie, incluant une baisse dramatique de leur espérance de vie. Tout cela se passait sous le regard satisfait des impérialistes américains, qui entretenaient alors de bonnes relations avec leur protégé Eltsine. L’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir au début des années 2000 a représenté un tournant. Poutine représentait la fraction « éclairée » du capital russe, celle défendant ses intérêts stratégiques contrairement à la fraction bourgeoise ayant préféré, dans les années 1990, sacrifier ses propres intérêts stratégiques au profit d’un enrichissement ultra-rapide. Poutine a redressé l’économie russe et affirmé les ambitions impérialistes de la bourgeoisie de son pays. Aujourd’hui, bien que la bourgeoisie russe soit encore faible sur le plan économique par rapport à la bourgeoisie américaine (et même par rapport à la bourgeoisie de puissances impérialistes occidentales secondaires comme le Canada), elle détient entre ses mains les leviers capitalistes du pays, les monopoles russes étant principalement contrôlés par le capital national et non par le capital étranger. Aussi, la bourgeoisie russe cherche à accroître son exportation de capitaux, à étendre ses sphères d’influence et se développe indéniablement en bourgeoisie impérialiste montante. Actuellement, la faiblesse économique relative de l’impérialisme russe est par ailleurs compensé par ses énormes capacités militaires, la Russie constituant la deuxième puissance militaire après les États-Unis et détenant le deuxième arsenal nucléaire dans le monde. Cette puissance militaire confère à la bourgeoisie russe une capacité de projection et d’extension internationales, comme on l’a vu au cours de la dernière décennie avec son intervention militaire en Syrie, pays où la Russie détient des investissements dans le secteur énergétique.

Il n’en demeure pas moins que pendant une période de plus d’une décennie suite à la dislocation de l’URSS, les États-Unis et les pays de OTAN sous leur direction, sortis vainqueur de la Guerre froide, se sont retrouvés dans une position de domination complète, sans concurrent impérialiste ouvertement hostile à affronter (la Chine n’étant pas encore devenue une puissance impérialiste bien que le capitalisme y avait été restauré depuis la fin des années 1970). Les impérialistes américains ont d’ailleurs constitué la force la plus agressive et la principale source d’instabilité et de violence dans le monde (y compris en Europe) au cours des trois dernières décennies. Ayant fait des millions de victimes – principalement au Moyen-Orient – seulement depuis le début des années 2000, les États-Unis et l’OTAN n’ont absolument aucune leçon de morale à donner à la Russie ou à quiconque. Mais la domination absolue des États-Unis et de l’OTAN ne pouvait pas se maintenir éternellement. En effet, le développement économique inégal de l’impérialisme empêche toute forme de stabilité ou d’équilibre à l’intérieur du système mondial du capitalisme. Il fait toujours entrer de nouveaux compétiteurs et de nouveaux groupements hostiles d’États impérialistes dans l’arène mondiale. Ainsi, la montée, relativement récente, de nouveaux concurrents impérialistes – soit la Chine et la Russie – ont quelque peu modifié le rapport des forces à l’échelle internationale. Ce changement a poussé l’impérialisme américain, toujours dominant, à adopter une politique agressive pour « endiguer » ces deux pays et maintenir sa suprématie. La rivalité entre l’impérialisme américain et le « bloc » sino-russe en émergence cristallise en ce moment les contradictions de l’impérialisme mondial et constitue la source de l’aggravation de ces contradictions.

En arrière plan de la guerre actuelle en Ukraine se trouvent ainsi les contradictions économiques opposant les monopoles des États-Unis et des pays de l’OTAN aux monopoles russe et chinois, mais aussi les contradictions économiques opposant les États-Unis (et le Canada) à l’Union européenne. L’un des enjeux économiques les plus immédiats et les plus apparents de la guerre actuelle concerne l’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel. Il faut savoir qu’avant la guerre, environ 45% des importations de gaz naturel de l’Union européenne provenaient de la Russie, faisant de ce pays le principal fournisseur de l’Europe. Dans le cas de l’Allemagne, c’est 55% de l’approvisionnement en gaz qui était assuré par les monopoles russes dont Gazprom. L’alimentation de l’Europe en gaz russe se fait à travers quatre grandes voies d’approvisionnements : les gazoducs passant par l’Ukraine, le Yamal-Europe passant par la Biélorussie, le Blue Stream et le Turk Stream passant par la Turquie, ainsi que le Nord Stream 1 reliant directement la Russie et l’Allemagne via la Mer Baltique. Un deuxième gazoduc suivant ce dernier tracé – le Nord Stream 2 – a été achevé à l’automne 2021. Ce projet de 11 milliards de dollars fortement appuyé par l’Allemagne et par la Russie était dénoncé depuis longtemps par les États-Unis, inquiets de voir se renforcer les relations entre les deux pays et désireux de vendre leur propre gaz de schiste aux Européens. Le projet, qui allait permettre à la Russie d’augmenter ses possibilités de livraison sans passer par l’Ukraine – pays ayant eu de nombreux « conflits gaziers » avec son voisin au cours des deux dernières décennies –, était également dénoncé par la bourgeoisie ukrainienne craignant de perdre les revenus tirés du transit du gaz russe. Sous la pression de l’impérialisme américain, l’Allemagne a finalement décidé d’interrompre le projet en réponse à la reconnaissance par la Russie des républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk. Depuis, les Américains poursuivent leur offensive pour s’emparer du marché détenu par la Russie en Europe. Le 25 mars dernier, les États-Unis ont conclu une entente prévoyant l’augmentation des livraisons de gaz naturel liquéfié américain vers l’Union européenne et visant à remplacer au moins 15 milliards de mètres cubes de gaz russe en 2022. Des secteurs de la bourgeoisie canadienne salivent également devant le chaos économique européen et s’activent pour que les autorités accélèrent le développement d’infrastructures qui permettraient de liquéfier et d’exporter le gaz naturel canadien vers l’Europe.

Les contradictions entourant le marché et les voies de transport du gaz sont un exemple important de contradictions économiques alimentant le conflit actuel. Mais elles ne sont pas les seules. En dernière analyse, c’est la somme de toutes les contradictions opposant les monopoles américains, canadiens, européens, russes et chinois qui est à l’origine de la guerre impérialiste actuelle en Ukraine, et ce, même si toutes ces contradictions n’en constituent pas nécessairement la source directe et consciente. Il faut également mentionner que la militarisation de l’économie et la conduite de guerres impérialistes font partie des principaux moyens pour assurer le profit maximum aux monopoles, permettant aux grands capitalistes de s’enrichir grâce aux commandes de matériel militaire payées à même le budget des États bourgeois. Tout comme l’inflation, la guerre est aussi un moyen utilisé par la bourgeoisie pour surmonter temporairement les crises économiques et en transférer le poids sur les masses populaires de tous les pays. La militarisation et la guerre ne constituent pas un accident : elles sont une composante nécessaire du capitalisme monopoliste.

Évidemment, les divers gouvernements impérialistes masquent ces faits et déploient tous les efforts propagandistes possibles pour convaincre les masses que la guerre qu’ils mènent est juste; que leur ennemi est coupable de tous les crimes et qu’il doit être combattu par tous les moyens. Actuellement, on tente de présenter la guerre contre la Russie comme étant une guerre de la « démocratie » contre la « dictature ». Il s’agit d’une pure hypocrisie. Tout d’abord, personne ne peut ignorer que les démocraties bourgeoises comme les États-Unis et le Canada ont appuyé et appuient certains des régimes les plus autocratiques à travers le monde, comme par exemple la monarchie saoudienne – qui mène d’ailleurs présentement, sous les ordres directs des États-Unis, une guerre dévastatrice au Yémen dans le silence presque complet des médias impérialistes occidentaux. Les impérialistes occidentaux, Américains à leur tête, ont renversé une panoplie de gouvernements démocratiquement élus (Mossadegh en Iran en 1956, Allende au Chili en 1973, Aristide en Haïti en 2004, etc.) dans le passé pour les remplacer par des régimes souvent dictatoriaux servant leurs intérêts. En ce qui concerne l’Ukraine, les impérialistes occidentaux ont approuvé le renversement illégal d’un président élu – dont le parti a été interdit et démantelé –, appuyé et armé un mouvement fasciste et néo-nazi, et soutenu un gouvernement faisant passer des lois répressives et anti-démocratiques, notamment contre les minorités linguistiques. Récemment, le « grand démocrate » Zelensky a banni 11 partis d’opposition (principalement de gauche) accusés d’entretenir des liens avec la Russie.

Mais surtout, l’État russe actuel ne se distingue pas fondamentalement des démocraties bourgeoises en place aux États-Unis, au Canada et dans l’Union européenne, malgré certaines particularités. Contrairement à ce que clament les idéologues impérialistes occidentaux, Vladimir Poutine n’est pas un fasciste, et la guerre qu’il mène n’est pas la réédition des guerres d’annexion et d’extermination hitlériennes. Poutine est simplement un politicien bourgeois impérialiste, tout comme le sont Joe Biden et Justin Trudeau.

De la même manière, la guerre menée par la Russie n’est pas une guerre anti-fasciste et progressiste. Même s’il est vrai que l’armée russe livre bataille aux milices néo-nazies ukrainiennes, et même si l’intervention russe peut avoir un effet bénéfique à court terme en affaiblissant ou détruisant militairement certaines organisations fascistes, elle ne peut qu’alimenter, à long terme, les conditions ayant favorisé l’émergence de ces organisations en attisant le nationalisme ukrainien anti-russe. L’escalade militaire et les crimes commis contre les masses ukrainiennes ne peuvent conduire à aucune solution susceptible de maintenir la paix. L’éradication effective du mouvement fasciste ukrainien dans son ensemble ne pourra être accomplie que par la mobilisation de la classe ouvrière multinationale d’Ukraine.

Que ce soit aux États-Unis, au Canada, en Ukraine ou en Russie, les prolétaires n’ont aucun intérêt dans cette guerre impérialiste. Dans chaque pays, les travailleurs doivent lutter contre « leur » propre gouvernement réactionnaire et refuser d’appuyer le bellicisme de « leur » bourgeoisie. Dans le cas du prolétariat ukrainien, cela signifie s’opposer à Zelensky, aux Forces armées de l’Ukraine, aux milices néo-nazies et à la guerre contre les Russes. Cela signifie promouvoir la paix et l’amitié entre les peuples, mettre de l’avant le slogan de l’égalité absolue des langues et des nations et exiger le respect des droits des minorités nationales, y compris le droit du peuple russophone du Donbass à former des républiques séparées. Dans le cas du prolétariat russe, cela signifie s’opposer au gouvernement de leur pays, s’opposer à la guerre impérialiste et exiger le retrait des troupes russes de l’Ukraine. Cela signifie combattre le nationalisme russe et exiger le respect du droit de la nation ukrainienne à l’auto-détermination. Dans le cas du prolétariat des pays de l’OTAN comme le Canada, cela signifie s’opposer aux livraisons d’armes et à l’envoi de mercenaires en Ukraine, s’opposer à l’appui accordé à Zelensky et aux combattants nationalistes ukrainiens, s’opposer aux déploiements de troupes de l’OTAN en Europe de l’Est et s’opposer à la frénésie militariste de la bourgeoisie. Cela signifie aussi s’opposer aux sanctions économiques contre la Russie, au bannissement des médias russes, à l’hystérie anti-russe générale qui contribue à créer un climat favorable à la guerre contre la Russie.

Nous assistons présentement à une véritable escalade vers la Troisième Guerre mondiale, laquelle, si elle est déclenchée, opposerait pour la première fois des puissances nucléaires entre elles et pourrait ainsi conduire à un niveau de destruction jamais connu dans l’histoire de l’humanité. Tous les gouvernements impérialistes, au lieu de chercher l’apaisement et les méthodes diplomatiques, choisissent d’attiser les tensions et adoptent une attitude de plus en plus hostile envers leurs concurrents. Un peu partout, on assiste à une course aux armements et à une militarisation accrue. Pour la première fois dans son histoire, l’Union européenne a décidé de se doter d’une force militaire propre pour mener des « opérations de combat », censée être opérationnelle d’ici 2025. Plusieurs pays européens ont également annoncé des augmentations importantes de leurs budgets militaires, notamment l’Allemagne, la Belgique, la Norvège et le Danemark. Dans le cas de l’Allemagne, les dépenses militaires atteindront cette année le montant record de 50 milliards d’euros, auxquels s’ajoute en plus une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d’euros qui seront utilisés sur plusieurs années pour moderniser l’armée. En plus de livrer des armes de guerre en quantité massive au gouvernement ukrainien, l’OTAN a déployé 40 000 soldats en Europe de l’Est en prévision d’un affrontement direct éventuel avec la Russie. À eux seuls, les États-Unis ont déployé 100 000 soldats en Europe. Les prolétaires de tous les pays doivent s’opposer à toutes ces actions et se dresser contre le danger de guerre mondiale.

Le Canada, pays membre de l’OTAN, participe pleinement à cette grande escalade guerrière. Après avoir eu une présence militaire directe en Ukraine – 33 000 soldats ukrainiens ayant été formés sur place par le Canada depuis 2015 dans le cadre de l’Opération UNIFIER –, le Canada fournit désormais de l’équipement militaire (armes antichars, fusils de précision, gilets pare-balles, etc.) en quantité massive aux forces armées ukrainiennes, alimentant la guerre contre les Russes au lieu de chercher à encourager une résolution pacifique du conflit. Le Canada a également renforcé sa présence militaire en Europe de l’Est en déployant des centaines de soldats supplémentaires. Présentement, environ 1 375 membres des Forces armées canadiennes sont actuellement déployées en Europe centrale et en Europe de l’Est dans le cadre de l’opération REASSURANCE de l’OTAN, y compris 500 marins à bord de deux frégates, 695 militaires dirigeant « un groupement tactique » en Lettonie, 140 membres de l’Aviation royale canadienne et six avions de chasse CF-18 participant aux « activités de police aérienne renforcées » de l’OTAN. De plus, 3 400 membres des Forces armées canadiennes sont en état d’alerte et peuvent être déployés au besoin au sein de la Force de réaction de l’OTAN. Et c’est sans parler des plus de 1 000 combattants volontaires canadiens que le gouvernement a autorisé complaisamment à rejoindre la « résistance » armée en Ukraine contre la Russie. Lors du dépôt du budget 2022, le gouvernement Trudeau a également annoncé une augmentation de 2 milliards de dollars par année de ses dépenses militaires en plus d’une aide militaire supplémentaire de 500 millions de dollars à l’Ukraine. À cette occasion, la ministre des finances Chrystia Freeland a déclaré que « les démocraties du monde – y compris la nôtre – ne seront en sécurité que lorsque le tyran russe et ses armées auront été entièrement vaincus », témoignant de l’excitation belliciste qui anime présentement les représentants de la bourgeoisie canadienne.

Les travailleurs canadiens doivent s’opposer avec vigueur à toutes les actions de « leur » gouvernement impérialiste ayant pour effet de contribuer à l’escalade militaire en Europe, en exigeant notamment le rapatriement immédiat de toutes les troupes canadiennes déployées à l’étranger, la cessation immédiate des livraisons d’armes à l’Ukraine, l’interdiction des combattants volontaires canadiens et le démantèlement complet de l’OTAN. Ils doivent s’opposer à toute forme de soutien à la « résistance » armée ukrainienne contre l’armée russe, « résistance » qui constitue automatiquement une participation à la guerre impérialiste sous la bannière de l’OTAN. Ils doivent refuser de répondre aux mots d’ordre de la bourgeoisie canadienne, lutter contre le patriotisme bourgeois et refuser catégoriquement de se ranger derrière le drapeau ukrainien, symbole d’un mouvement national réactionnaire servant à renforcer l’impérialisme occidental et constituant l’étendard d’une guerre injuste. Ils doivent s’opposer aux sanctions du gouvernement canadien contre la Russie, sanctions qui affectent les prolétaires russes innocents et qui contribuent à aggraver les contradictions inter-impérialistes. Ils doivent s’opposer à la guerre contre la Russie et à toute guerre impérialiste dans laquelle participe la bourgeoisie canadienne, en se rappelant que seule la classe ouvrière de chaque pays peut lutter contre « sa » propre classe dominante et la renverser. Surtout, les prolétaires du Canada doivent lutter pour la révolution socialiste afin de supprimer la cause des guerres et d’instaurer la paix mondiale définitive.

Militants communistes au Complex Guy-Favreau

Le 1er mai 2022, à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, l’Avant-garde communiste du Canada s’est rendue devant le Complexe Guy-Favreau, édifice du gouvernement canadien situé à Montréal, pour dénoncer l’État impérialiste du Canada, rouage central de l’exploitation des travailleurs. Suite à cette action, l’Avant-garde communiste du Canada a pris part à la manifestation organisée par la Coalition du 1er mai au centre-ville de Montréal.


Camarades ouvriers du Canada!

Nous sommes le 1er mai, jour où les travailleurs de tous les pays se lèvent en même temps pour célébrer leur union et réclamer la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme! Nous sommes le 1er mai, jour de lutte contre la bourgeoisie et pour le socialisme!

En cette Journée internationale des travailleurs, nous sommes venus dénoncer, au nom de la classe ouvrière, les crimes de la bourgeoisie canadienne devant les bureaux de son gouvernement fédéral au centre-ville de Montréal. Nous disons bien son gouvernement, car le gouvernement du Canada, comme l’État canadien dans son ensemble, n’est pas celui des travailleurs du pays. Qu’il s’agisse des travailleurs du Québec, de l’Ontario, des provinces de l’Ouest ou des provinces maritimes, aucun n’est représenté par cet État étranger et hostile : cet État qui n’est rien d’autre que le résumé officiel des intérêts de la classe capitaliste canadienne.

N’est-ce pas cet État qui protège la propriété de la bourgeoisie? N’est-ce pas cet État dont l’ossature même se confond avec celle des grands monopoles capitalistes comme le Canadien Pacifique ou SNC-Lavalin? N’est-ce pas cet État qui légalise l’exploitation des travailleurs et qui interdit toute lutte conséquente en faveur de la propriété collective? N’est-ce pas cet État qui est chargé de réprimer le mouvement ouvrier, comme il l’a fait l’an dernier en décrétant une loi spéciale pour mater la grève des débardeurs du port de Montréal?

Oui, c’est bien cet État bourgeois qui écrase sous son poids les travailleurs de tout le pays! Depuis deux ans maintenant, le gouvernement fédéral et l’État canadien, en plus de s’être montrés incapables de mettre en place des mesures pour protéger la santé des masses face à un virus mortel, déploient une politique qui ruine les travailleurs. Au lieu de puiser dans les poches des riches pour financer ses dépenses de crise, l’État canadien a fait tourner « la planche à billets » et a subventionné le grand capital à coups de milliards de dollars, générant une inflation monstrueuse qui s’abat maintenant sur les masses populaires et les appauvrit. Ce que la bourgeoisie présentait comme une « aide généreuse » aux travailleurs au début de la pandémie, elle leur fait finalement payer de manière injuste à travers une hausse généralisée des prix ayant pour effet de couper le salaire réel des ouvriers. Aujourd’hui, les prolétaires souffrent de la vie chère et du chaos économique. Mais malheureusement, le pire est encore à venir.

Camarades, l’heure est grave! La bourgeoisie canadienne, comme la bourgeoisie de tous les pays soi-disant civilisés, fait rouler les tambours de la guerre et cherche à entraîner les travailleurs dans un nouveau carnage impérialiste mondial. Suivant de près ses alliés américains, l’État impérialiste canadien alimente présentement une guerre réactionnaire en Ukraine, utilisant les masses de ce pays comme chair à canon afin de mener une lutte destructrice contre la Russie. Le gouvernement canadien fournit de l’armement en quantité massive au gouvernement fantoche ukrainien, en plus de permettre à des milliers de volontaires d’aller se battre contre les Russes. Des troupes canadiennes sont déployées en Europe de l’Est dans le cadre des opérations de l’OTAN menées en prévision d’une confrontation directe avec la Russie. Et c’est sans parler des milliards de dollars supplémentaires – fruit du labeur des travailleurs – que le gouvernement bourgeois canadien gaspillera en dépenses militaires comme il l’a annoncé dans son dernier budget.

Alors que les travailleurs réclament des hausses de salaire et protestent contre l’inflation, alors que les conditions sont propices à l’éveil politique de la classe ouvrière, la bourgeoisie tente de distraire les masses par le fracas des canons en Europe. Elle cherche à convaincre les travailleurs d’appuyer sa politique d’intervention criminelle dont le but n’est rien d’autre que de soumettre les masses d’un pays étranger – l’Ukraine – au joug du capital financier occidental et d’affaiblir la Russie sur le plan militaire et économique.

Camarades ouvriers du Canada! Nous n’avons aucun intérêt à soutenir la politique rapace de « notre » gouvernement et de « notre » classe dominante. Ses agissements ne font que préparer la destruction à grande échelle des forces productives, le sacrifice et la ruine de millions de travailleurs. Camarades, nous devons nous dresser contre le danger de guerre mondiale en prônant l’unité des prolétaires de tous les pays. Nous devons frayer notre propre voie à travers le désordre impérialiste en mettant de l’avant les buts politiques indépendants de notre classe, c’est-à-dire le renversement de la bourgeoisie et la dictature du prolétariat.

Le gouvernement et l’État bourgeois canadiens doivent être détruits. Ils doivent être remplacés par un État ouvrier révolutionnaire qui expropriera la bourgeoisie, remettra les moyens de production entre les mains des travailleurs et garantira la paix et l’amitié entre les peuples. Dans l’immédiat, la tâche qui s’impose de manière urgente est de réarmer la classe ouvrière canadienne en reconstruisant son mouvement politique organisé. Il faut redonner une existence politique au communisme – l’expression générale des intérêts du prolétariat. Il faut doter les travailleurs d’un nouveau parti révolutionnaire capable de les guider vers la conquête du pouvoir politique.

Camarades, il n’y a pas de temps à perdre! Dressons-nous contre la politique impérialiste de la bourgeoisie! Unissons-nous dans la lutte contre l’exploitation capitaliste! Rassemblons-nous sous le drapeau rouge du socialisme et de l’internationalisme! Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne! Vive la Journée internationale des travailleurs! Vive la lutte des prolétaires de tous les pays pour le communisme!

Photomontage avec cercle carré A et B

À l’hiver 2022, les membres du Parti communiste révolutionnaire du Canada (PCR) ont voté à l’unanimité en faveur de la dissolution du PCR ainsi qu’en faveur de la création d’un nouveau centre d’activité politique : l’Avant-garde communiste du Canada. Cette nouvelle organisation aura pour tâche de poursuivre le travail de reconstruction entamé au sein du défunt PCR et de lutter pour doter la classe ouvrière canadienne d’un nouveau parti communiste professionnalisé apte à diriger le combat contre la bourgeoisie.

La dissolution du PCR fait suite à la démission collective et à la trahison de quatre membres fondateurs et dirigeants historiques du Parti que nous appellerons, aux fins de ce communiqué, la Direction historique.

Cet énième et ultime épisode vient clore le long morcellement du PCR qui s’étire maintenant depuis 2017. Nous ne sommes pas sans savoir que ce morcellement a des accents d’absurdité, autant pour les communistes authentiques de l’organisation, qui poursuivront leur travail honnête dans l’Avant-garde communiste du Canada, que pour les observateurs externes. Mais ce morcellement n’est rien d’autre que la conséquence de la désorganisation complète et de l’absence de direction qui ont caractérisé le PCR dès sa fondation, c’est-à-dire bien avant que nous le rejoignions. Comme nous le verrons, un parti qui n’assure pas de formation politique et idéologique, un parti qui accepte n’importe qui et n’importe quoi dans ses rangs, c’est un parti voué à connaître un triste sort.

La désintégration par étape du PCR a des prémisses qui nous précèdent, c’est-à-dire des départs par vagues que la Direction historique n’a jamais vraiment pu métaboliser, expliquer et assumer politiquement, comme s’ils s’étaient produits fortuitement. Cela dit, à partir de 2016, les départs sont devenus la conséquence de choix politiques conscients et de l’établissement, pour la première fois, d’une direction dans le Parti : la nôtre. Afin de procéder au sauvetage in extremis du Parti, il fallait d’abord l’amputer des Opportunistes canadiens, ce que nous avons fait au grand dam de la Direction historique attachée à son bazar de curiosités. Ce premier débris du PCR s’est lui-même scindé à son tour, dans les années qui ont suivi, en diverses petites organisations, soit celle des économistes (le feu de paille qu’a été le Revolutionary Workers Party); celle des gauchistes juvéniles (le Communist Workers Front); et la carcasse du Revolutionary Communist Party révisionniste. Suite à cette scission avec les Opportunistes canadiens, nous avons provoqué une épuration en 2018, laquelle a cette fois produit comme débris ceux que nous appelons les Jeunes Socialistes. Ces derniers se composent des purgés les plus influents et de leurs disciples ayant ensemble fondé une organisation connue successivement sous les noms de Jeunes Socialistes pour le Pouvoir populaire (JSPP), de Jeunesse Debout et plus récemment de Ligue 33. Ils ont d’ailleurs diffusé leurs idées sur le défunt blogue Ligne de Masse et plus récemment sur le média L’Étoile du Nord. Toutes leurs initiatives sont plus abjectes les unes que les autres.

Mais le coup de grâce a été la démission de la Direction historique du PCR qui s’est retranchée dans sa librairie, la Maison Norman Bethune (MNB), et qui, fidèle à ses vieilles habitudes, donnera libre cours à des annonces triomphales basées sur des fabulations qui n’auront jamais de portée ni même le mérite d’être réalisées avec rigueur. Voici donc comment la Direction historique nous a fait grâce de son inertie pour la suite de la lutte révolutionnaire au Canada.

À la fin de l’année 2021, les quatre membres de la Direction historique avaient été sévèrement critiqués par le reste de l’organisation pour leur attitude conciliatrice envers l’opportunisme, pour leur manque de professionnalisme et de ferveur révolutionnaire ainsi que pour leur refus de se conformer aux orientations mises de l’avant depuis 2017 par la nouvelle direction. En raison de certaines de leurs actions et prises de position récentes – actions et prises de position en dissonance avec la lutte politique menée par le PCR au cours des dernières années et contraires aux mandats adoptés par le Cinquième Congrès du Parti tenu à l’été 2021 –, il a été demandé aux quatre membres de quitter le poste qu’ils occupaient au sein du Comité central et de renoncer à tout rôle dirigeant au sein de l’organisation dans le futur. Par le fait même, il leur a aussi été demandé d’accepter qu’on leur reconnaisse désormais un statut correspondant à leur niveau d’implication réel dans la lutte révolutionnaire. En effet, les quatre membres étaient, dans les faits, presque complètement inactifs depuis des années : ils réalisaient peu de tâches utiles, s’absentaient régulièrement des réunions et n’honoraient pas leurs engagements. En réalité, ils se désintéressaient totalement du développement organisationnel et de l’activité pratique du PCR depuis longtemps.

Or, au lieu d’admettre ces faits et de faire preuve d’auto-critique, les quatre membres en question ont plutôt décidé de rompre entièrement leurs liens avec l’organisation et de tourner définitivement le dos à la lutte révolutionnaire. Annonçant d’abord à leurs anciens camarades qu’ils exploiteraient désormais la Maison Norman Bethune de manière indépendante – alors que la Maison Norman Bethune constituait pourtant un local d’organisation politique appartenant au PCR –, les quatre démissionnaires se sont empressés de dénoncer publiquement le Parti en déclarant qu’il « ne se compor[tait] plus comme une organisation digne de confiance et capable de porter vers l’avant les tâches de la révolution au Canada », et ce, sans fournir la moindre justification politique de cette accusation. Quelques semaines plus tard, ils ont annoncé la création d’une nouvelle « organisation » – portant le nom insignifiant et apolitique de « Réseau des comités de travailleurs » – sans bien sûr pouvoir expliquer en quoi cette nouvelle initiative était nécessaire pour faire avancer la lutte de classe du prolétariat canadien.

Il est déplorable de constater que les quatre démissionnaires, au lieu de reconnaître leur désengagement des dernières années, prétendent encore avoir les capacités, la volonté, et surtout la légitimité politique pour mettre sur pied et pour diriger une organisation révolutionnaire. En fait, il est clair que leur pseudo-initiative est strictement motivée par un sentiment d’orgueil petit-bourgeois ainsi que par un désir sans principes de vengeance. Elle n’a aucune raison d’être politique, outre celle de s’opposer aux partisans de la construction d’un véritable parti révolutionnaire centralisé au Canada. Le « Réseau des comités de travailleurs » n’est rien d’autre qu’une nouvelle coquille vide : c’est une pseudo-organisation sans objectif politique clair, qui ne fera aucunement avancer la lutte pour le socialisme au Canada et dont la mise sur pied constitue un recul honteux. Heureusement, si l’on considère les capacités réelles d’organisation ainsi que les intentions véritables de ses fondateurs, peu de prolétaires seront dupés par ce qu’ils font miroiter. Quoi qu’il en soit, nous dénonçons vivement cette supercherie. Quant à la Maison Norman Bethune, nous la considérons désormais comme un lieu d’agitation hostile aux communistes actifs et conséquents. Nous appelons donc à partir de maintenant à boycotter toutes les activités – y compris les activités « commerciales » – qui auront lieu dans ce local.

À vrai dire, cela faisait plusieurs années que les tendances centristes et l’absence de discipline de la Direction historique du Parti se manifestaient. Au moment de la lutte contre les Opportunistes canadiens ayant mené à la scission de 2017, les quatre membres de la Direction historique s’étaient montrés hésitants et avaient été incapables d’engager un combat résolu contre l’adversaire. Ce sont des membres relativement récents du PCR, issus d’une nouvelle génération de communistes ayant émergé à partir de 2014 au sein du Parti, qui avaient été obligés de prendre les choses en main, d’analyser et de critiquer les déviations droitières et postmodernes des Opportunistes canadiens et de mener la lutte pour remettre le Parti sur la voie révolutionnaire. C’est d’ailleurs cette nouvelle génération de communistes qui est à l’origine de la majeure partie des documents – dont le texte important « Nous sommes les continuateurs » – publiés pour dénoncer cette clique et tracer une ligne de démarcation claire entre l’opportunisme postmoderne et le marxisme authentique. Ce sont également des militants issus de cette nouvelle génération qui ont continué à mener de front la lutte politique et idéologique dans les années subséquentes et qui ont notamment écrit les textes « La Centralité ouvrière », « Le Maoïsme tel qu’en lui-même » ainsi que le livre « Le Nouvel Idéalisme » publié pour mettre en pièces les déviations idéalistes de l’époque actuelle. Ces membres ayant combattu les déviations, ce sont ceux qui relancent aujourd’hui le travail révolutionnaire sous la bannière de l’Avant-garde communiste du Canada.

Or, à l’époque, les agissements des nouveaux militants du Parti n’étaient pas toujours bien reçus par la Direction historique. Notamment, l’expulsion physique de trois saboteurs lors du lancement du livre « Continuité et rupture » à la Maison Norman Bethune en mars 2016, événement ayant précipité la scission avec les Opportunistes canadiens, avait été qualifiée d’« erreur » et d’« excès » par certains membres de la Direction historique, au moment où les éléments les plus droitiers du Parti se déchaînaient contre les camarades ayant procédé à cette action légitime. Par la suite, bien qu’ils se soient rangés derrière l’aile gauche du Parti, les quatre membres n’ont jamais été en mesure de faire un bilan auto-critique de leur propre expérience de travail avec les Opportunistes canadiens entre 2010 et 2016. En particulier, ils n’ont jamais fait le bilan de la manière dont cette clique a été intégrée dans le Parti et dont elle a eu le champs libre pour se hisser à la tête de l’organisation.

Or, lorsqu’on ne fait pas le bilan de nos erreurs, on continue inévitablement à agir de la même manière qu’avant. C’est bien ce qui s’est passé avec les quatre membres fondateurs du PCR. Au cours des années ayant suivi la scission de 2017, alors que le Parti progressait sur le plan politique, idéologique et organisationnel, les quatre membres ont malheureusement constitué une force d’inertie au sein de l’organisation. Ils ont très peu évolué politiquement et sont demeurés attachés à leurs vieilles manières de faire et de penser. Au fil des années, malgré des efforts patients et méthodiques entrepris par la nouvelle direction pour forger de manière démocratique l’unité du Parti, les divergences entre cette nouvelle direction et la Direction historique sont devenues de plus en plus évidentes et irréconciliables.

En mettant sur pied le soi-disant « Réseau des comités de travailleurs », les membres de la Direction historique du PCR sont restés complètement silencieux sur ces divergences. Probablement qu’ils sont incapables de les expliquer, tout comme ils sont incapables de dire précisément en quoi leur nouvelle organisation se démarquera de la nôtre. De notre côté, nous savons que les événements tels que la dissolution d’un parti prolétarien n’arrivent pas sans raison. Nous croyons aussi qu’expliquer publiquement les tenants et aboutissants des luttes internes ayant conduit à la dissolution du PCR ne peut que bénéficier à d’autres communistes qui seraient susceptibles de passer au travers d’expériences similaires.

La scission de 2017 et la lutte contre l’opportunisme au sein du PCR ont fait apparaître deux grands mots d’ordre au sein du Parti au cours des dernières années. Le premier, c’est celui de la professionnalisation. Le deuxième, c’est celui de la lutte contre le postmodernisme et les forces petites-bourgeoises. C’est derrière ces deux mots d’ordre – qui traduisent les tâches objectives qui incombent actuellement à l’avant-garde communiste au Canada – que la fraction révolutionnaire du Parti s’est regroupée pour faire avancer la lutte de classe du prolétariat au cours des dernières années. Ce sont aussi ces deux mots d’ordre qui ont conduit, en 2018, à une vague d’épuration dans le Parti. À ce moment, le Parti s’est débarrassé de nombreux militants qui, malgré le fait qu’ils avaient prétendu appuyer le combat contre les Opportunistes canadiens, n’ont pas voulu accepter les implications concrètes et immédiates de ce combat. En effet, le mot d’ordre de la professionnalisation n’appelait pas simplement à mener une lutte idéologique; il n’appelait pas simplement à faire la critique en paroles des conceptions défendues par les Opportunistes canadiens. Le mot d’ordre de la professionnalisation appelait à des transformations organisationnelles réelles qui bousculaient les militants petits-bourgeois dans leurs manières de faire et qui heurtaient inévitablement leur sensibilité. De la même manière, engager un combat réel contre le postmodernisme, cela signifiait dénoncer chacune des manifestations concrètes et particulières du postmodernisme, et non seulement faire une critique générale et superficielle derrière laquelle on peut finalement dissimuler n’importe quelle déviation. Cela signifiait donc choquer les petits-bourgeois et susciter leur hostilité. Les militants purgés n’étaient pas prêts à assumer ce combat. En fait, la plupart d’entre eux étaient eux-mêmes visés par la critique et incarnaient les travers idéologiques et organisationnels dont le Parti cherchait à se débarrasser.

Considérant l’importance des deux grands mots d’ordre ainsi que l’ampleur des changements qu’ils impliquaient au sein du Parti, il n’est pas étonnant que les principaux désaccords entre la nouvelle direction et la Direction historique aient porté principalement sur leur signification et leur application. Bien que des divergences politiques sur une panoplie d’autres questions – toutes reliées entre elles à divers degrés – aient commencé à poindre au cours des dernières années au sein des instances dirigeantes du PCR, les contradictions ayant conduit les membres de la Direction historique à tourner le dos à la lutte révolutionnaire et ayant mené à la dissolution du PCR concernent principalement 1) les méthodes de travail, d’organisation et de direction, et 2) l’évaluation à faire des forces postmodernes et petites-bourgeoises en général et de celles représentant le « maoïsme » révisionniste et anti-léniniste en particulier.

La professionnalisation de l’organisation d’avant-garde


Les Opportunistes canadiens, qui avaient réussi à prendre le contrôle du PCR avant la scission de 2017, avaient élaboré une ligne anti-léniniste qui, sous prétexte de vouloir favoriser l’initiative des masses et éviter le « dirigisme », consistait à nier le rôle dirigeant du Parti et à le dissimuler derrière un réseau d’organisations « intermédiaires » et « de masse » servant essentiellement à mener des luttes réformistes et n’assumant pas de rôle politique d’avant-garde. En plus de sous-estimer gravement l’intelligence et l’instinct de classe des prolétaires, cette ligne revenait à abaisser le niveau politique de l’avant-garde, privant ainsi la classe ouvrière de la direction dont elle a besoin et qu’elle mérite. En matière organisationnelle, il s’agissait de la justification politique de l’horizontalité et du rejet de la construction verticale du parti. Selon cette ligne révisionniste, le mouvement révolutionnaire devait ainsi se construire en prenant la forme d’un réseau plus ou moins informe de groupes autonomes et ultra-démocratiques. Appliquer cette ligne, c’était ainsi empêcher l’émergence du parti communiste en tant que forme suprême d’organisation de la classe ouvrière.

La ligne droitière développée par les Opportunistes canadiens ne sortait pas de nulle part. En fait, elle n’était que la cristallisation politique des formes d’organisation et des méthodes de travail qui apparaissent spontanément à notre époque – en particulier parmi la petite-bourgeoisie militante – dans les pays de démocratie bourgeoise avancée. Dans ces pays où la petite-bourgeoisie postmoderne impose ses idées et ses pratiques depuis plusieurs décennies, où le mouvement communiste a pratiquement cessé d’exister et où la légalité bourgeoise encourage un relâchement organisationnel destructeur, il faut faire preuve d’une fermeté particulièrement « contre-intuitive » pour empêcher que le libéralisme et les réflexes petits-bourgeois ne viennent saper les fondements de l’organisation révolutionnaire.

Aujourd’hui, dans un pays comme le Canada, l’élément le plus difficile à mettre en place au sein de l’organisation communiste est le centralisme. Il s’agit d’un grave problème, car sans le centralisme, il est absolument impossible pour une organisation révolutionnaire de s’émanciper des formes de travail artisanales et d’atteindre un stade supérieur de développement. Sans le centralisme, une organisation communiste finit inévitablement par stagner et par se désagréger. Elle ne parvient jamais à mettre en place l’infrastructure et les rapports internes nécessaires pour développer sa capacité combative, mobiliser la classe ouvrière et faire progresser la lutte de classe. Elle demeure non seulement hors d’état d’accomplir la révolution, mais ne parvient même pas à exister en tant que force politique véritable au sein d’un pays donné.

Selon les principes léninistes, le centralisme est toujours l’aspect principal du centralisme démocratique. Mais selon les situations et les contextes, le degré et les formes exactes avec lesquelles le centralisme et la démocratie se manifestent au sein du parti prolétarien peuvent varier. À certains moments dans l’histoire du mouvement communiste, c’est l’aspect démocratique du parti qu’il a fallu renforcer. Aujourd’hui, au Canada, c’est tout le contraire. En raison de l’influence démesurée de la petite-bourgeoisie et de la nouvelle idéologie postmoderne ainsi qu’en l’absence de toute base organisationnelle communiste déjà établie (c’est-à-dire en l’absence de toute organisation révolutionnaire professionnelle ayant une ampleur et un rayonnement appréciables), il faut insister principalement sur le centralisme pour faire contrepoids aux défauts spontanés induits par ces conditions.

Depuis sa fondation, le PCR a été marqué par le manque – voire par l’absence – de centralisme. C’est donc dire que la ligne droitière des Opportunistes canadiens n’était pas seulement le reflet des tendances dominantes de l’époque actuelle : elle s’est développée sur la base des formes de travail et d’organisation artisanales qui existaient dans le Parti avant l’arrivée de cette clique opportuniste.

En fait, lorsque la plupart d’entre nous avons commencé à militer auprès du Parti à Montréal, nous avons pris la mesure de l’état lamentable dans lequel il se trouvait. L’amateurisme et la désorganisation régnaient en maître.

D’abord, aucune propagande écrite et centralisée sur les enjeux de notre époque n’était produite par la Direction historique et les partisans qu’elle avait recrutés. La progression de la ligne politique du Parti était soumise à l’improvisation et à l’aléatoire afin que la Direction historique puisse s’autoriser à proposer une faible analyse. Toutes les idées énoncées étaient mises à l’épreuve dans une sorte de débat sur la place publique. Seule la propagande orale était employée, permettant ainsi de ne pas assumer ce qui était dit et de manquer de rigueur. La validation des idées s’effectuait grâce à l’absence de point de vue adverse solide. L’errance idéologique était tolérée sous promesse d’un approfondissement à venir, mais qui ne venait jamais. Ce vide sidéral laissait d’ailleurs toute la place à l’usage des réseaux sociaux, terreau fertile du subjectivisme. Par exemple, la page Facebook Communism 101 avait le pouvoir, pour certains, de dicter une ligne comme s’il s’agissait de résolutions d’une Internationale communiste.

Ensuite, le Parti avait donné naissance, même à Montréal, à une surabondance de « petits mouvements » (Mouvement étudiant révolutionnaire (MER), Front rouge des jeunes (FRJ), Front féministe prolétarien révolutionnaire (FFPR), Mouvement révolutionnaire ouvrier (MRO)), des coquilles vides qui, au fond, renfermaient les membres du Parti, se substituaient à ses cellules dysfonctionnelles, introduisaient des pratiques petites-bourgeoises (libre expression sur les réseaux sociaux, mise sur pied de garderies et de distributions de nourriture, recours à la « justice transformatrice », animation féministe de réunions, etc.), menaient des campagnes futiles, et cultivaient une obsession pour la lutte anti-fasciste pseudo-radicale et à la mode.

Le FFPR est un excellent exemple du bourbier dans lequel le PCR se trouvait. La notion de « féminisme prolétarien et révolutionnaire », qui était présente dès la fondation du Parti, a d’ailleurs aidé les Opportunistes canadiens dans leur promotion agressive d’une ligne postmoderne consolidée et dans leur tentative de transformer complètement le Parti en un groupe « anti-oppressif » petit-bourgeois. Cette notion erronée, qui était en fait une concession au féminisme tout court, a été introduite dans le programme lorsqu’il a été adopté, et ce, sans que la Direction historique n'y voit de risque de dérapage.

Or, la création du Front féministe prolétarien révolutionnaire (FFPR) a éventuellement eu pour effet d’attirer des militantes étudiantes féministes dans l’orbite du PCR, contribuant ainsi à l’introduction d’éléments anti-marxistes dans le maoïsme canadien. Aujourd’hui, il convient de reconnaître qu’il s’agit du seul effet possible de la création d’une organisation appelant à lutter contre l’oppression des femmes au Canada à l’époque actuelle, une question ayant déjà été résolue dans le cadre du capitalisme. Plus encore, dans le contexte de la montée du grand mouvement postmoderne dans les pays impérialistes, le FFPR devait nécessairement dégénérer et s’écarter de ses propres objectifs prolétariens et internationalistes pour devenir le lieu de débats ultra-idéalistes sur « l’identité de genre », la « transphobie », etc. Le réseau pan-canadien de groupes « FFPR », créé dans les années 2010, a d’ailleurs constitué l’un des principaux canaux grâce auxquels s’est organisée l’offensive débridée des Opportunistes canadiens.

Aux yeux de ces petits-bourgeois, un militant donnant simplement une consigne à une militante pouvait par exemple devenir coupable d’une « micro-agression » sexiste. Ces idéologues postmodernes concevaient l’activité militante non pas comme une lutte politique, mais comme une lutte constante entre les membres de l’organisation, lutte visant à changer la forme de leurs interactions et à « purifier » intérieurement les camarades soi-disant imprégnés par le « sexisme inconscient ». Ils organisaient des séances de « rééducation » postmoderne et paralysaient le travail politique avec des fausses accusations, allant jusqu’à inventer de toutes pièces une grave histoire d’abus sexuel. Évidemment, les opportunistes postmodernes, qui étendaient « l’oppression des femmes » à celle des personnes « trans » et « non binaires », faisaient également éclater des scandales ridicules liés à l’usage des « mauvais » pronoms, faisant perdre un temps précieux aux militants sérieux de l’organisation. Tout ce cirque était toléré par la Direction historique, bien qu’elle n’en était pas elle-même l’instigatrice, et ce, jusqu’à ce que nous gagnions la direction de l’organisation.

En fait, la Direction historique brillait par son absence. Elle n’exerçait aucune direction sur l’organisation et ne cherchait pas à redresser l’activité. Certains de ses membres se complaisaient surtout à tenir la permanence d’une librairie et à donner leur avis de manière informelle à celui qui voulait bien passer par-là. D’ailleurs, à propos de la librairie, la Maison Norman Bethune était conçue par la Direction historique comme un commerce apolitique, une fin en soi, rejetant la mission de local d’organisation politique, la seule qui soit véritablement pertinente. La tâche de mettre autant d’ardeur sur la tenue d’une librairie était donc tout simplement folklorique. Elle servait aussi à masquer l’inaction véritable des fondateurs du Parti cachés derrière un comptoir de vente. Elle témoignait finalement de leur volonté de rejoindre des petits-bourgeois qui n’ont qu’une adhésion intellectuelle au communisme.

Aussi, l’abandon de la classe ouvrière avait conduit le Parti à principalement rejoindre des marginaux, des originaux, voire des gens dérangés et inorganisables. C’est donc dire que la librairie avait parfois des allures d’hôpital psychiatrique.

Enfin, alors que la dégénérescence petite-bourgeoise était entamée au sein du Parti depuis bien avant 2016, la Direction historique poursuivait son travail de collaboration avec les Opportunistes canadiens. À vrai dire, la majorité de la Direction historique ne voyait aucun problème aux orientations idéologiques et organisationnelles des Opportunistes canadiens. Même, elle se réjouissait de leur ascension dans le Parti. Le chef de la Direction historique était le seul membre du quatuor qui se montrait méfiant envers les Opportunistes canadiens. Pourtant, il s'en remettait à un débat hypothétique avec les adversaires, dans un avenir indéterminé, débat où la ligne juste finirait par triompher comme par magie, grâce à l'incontestabilité de sa justesse. Mais devant l’inapplicabilité de cette victoire « naturelle » contre les Opportunistes canadiens, ce membre influent de la Direction historique avait jeté l’éponge et avait abandonné le combat jusqu’à ce que nous le convainquions de remonter dans le ring.

C’est dans ce désordre que nous nous sommes constitués en force motrice pour déclencher et mener jusqu’au bout le combat de 2016 et 2017 contre les Opportunistes canadiens qui opéraient à partir de l’Ontario. Cependant, vue l’incompétence et le relâchement qui caractérisaient l’activité de Montréal, nous n’avions aucun mal à comprendre comment les Opportunistes canadiens avaient pu prendre le contrôle de l’organisation pan-canadienne en moins d’une demi-décennie. La Direction historique accumulait pourtant une expérience de lutte politique depuis 1986, date à laquelle l’ancêtre du PCR, le groupe Action socialiste, avait été fondé.

Pour mener jusqu’au bout la critique de la ligne révisionniste des Opportunistes canadiens et de leurs émules, il fallait opérer une transformation organisationnelle profonde afin d’éliminer les méthodes de travail anti-léninistes. Il fallait aussi développer une nouvelle ligne organisationnelle afin de remplacer les conceptions erronées liées à ces méthodes de travail qui avaient été entretenues jusque-là par la Direction historique du PCR. Quoi qu’il en soit, nous étions résolument tournés vers l’avenir, défaits de toutes illusions sur le passé de l’organisation, sans amertume vis-à-vis la déconfiture politique de la Direction historique, prêts à mettre les bouchées doubles pour restituer la seule option révolutionnaire au pays.

C’est ainsi que l’appel à la professionnalisation du Parti a été lancé. Au départ, voici comment la professionnalisation avait été définie par la nouvelle direction du PCR :

« La professionnalisation est le processus consistant à débarrasser notre Parti de toutes les méthodes artisanales, spontanées, non-reproductibles et anarchisantes héritées de sa période de genèse, à transformer un parti encore marqué par l’horizontalité en un véritable parti d’avant-garde centralisé, composé de spécialistes de l’action révolutionnaire et ayant à sa tête un groupe dirigeant solide et unifié. La professionnalisation doit amener notre Parti à être capable d’obéir aux règles les plus strictes de l’activité secrète, à être capable de déployer un travail systématique et scientifiquement contrôlé, à être capable de convertir sa ligne politique en force matérielle, et à être capable d’assimiler progressivement toutes les formes de lutte et les moyens d’action – légaux et illégaux – nécessaires à la préparation concrète de la guerre populaire. »

Nous affirmions également que la professionnalisation découlait d’un processus interne objectif et qu’elle était rendue nécessaire pour permettre au Parti de pérenniser son initiative révolutionnaire, de poursuivre sa progression et de dépasser le palier auquel il se trouvait. Ce palier – que l’on peut identifier à une certaine quantité de militants, de capacités et de moyens d’action –, aucune organisation révolutionnaire ne parvient à le dépasser depuis des décennies au sein des principaux pays impérialistes. C’est pourquoi nous avions affirmé que la professionnalisation cherchait à répondre aux problèmes de la période historique actuelle et en particulier aux problèmes liés au centralisme :

« Le renforcement du centralisme est l’aspect fondamental de la professionnalisation, tout comme il est une condition fondamentale à l’organisation en parti. Par renforcement, nous entendons le renforcement de la capacité d’organisation du centralisme, tout comme son autorité et sa force politique à l’interne. Ce renforcement est une rectification nécessaire face aux difficultés persistantes et tenaces rencontrées dans l’application du centralisme dans le Parti lors des dernières années. […] Le centralisme est un terrain fertile et complexe permettant de générer des formes d’organisation supérieures. »


Comme tout mot d’ordre ancré dans la réalité, l’appel à la professionnalisation impliquait l’accomplissement de diverses tâches particulières et concrètes. Voici comment nous avons défini les tâches de la professionnalisation pour notre Parti – tâches qui sont par ailleurs toujours à l’ordre du jour aujourd’hui :

  • Construction verticale de l’organisation; développement et consolidation de la direction unique; mise en place de la chaîne organisationnelle nécessaire pour permettre au centre de diriger l’activité; soumission des instances inférieures aux instances supérieures et des individus au Parti; cloisonnement des cellules;

  • Respect du centralisme démocratique; respect des plans et des orientations adoptés par l’organisation; respect des fonctions et des postes des membres de l’organisation;

  • Développement d’un système nerveux fonctionnel permettant la circulation fluide et sécuritaire de l’information entre le centre et les instances de base ainsi que la mise en action efficace des forces de l’organisation sous les directives du centre; mise en place d’une division du travail efficace entre les instances et entre les membres;

  • Développement de rapports formels et hiérarchisés entre les membres de l’organisation;

  • Renforcement général de la discipline organisationnelle; participation constante de tous les membres sans exception aux tâches nécessaires à la construction et à la vie de l’organisation; rehaussement de la rigueur et de la fiabilité dans la réalisation des tâches fixées par l’organisation; participation constante de tous les militants des instances de base au travail d’agitation, de diffusion, de ralliement et d’organisation vers les masses; développement de la capacité de l’ensemble des militants de l’organisation d’agir à l’unisson; fin de l’insubordination et développement de la capacité des militants d’exécuter promptement les directives dans l’action;

  • Développement d’une activité reproductible et scientifiquement contrôlée; systématisation du travail et des formes de lutte déployées par l’organisation; développement d’une activité communiste soutenue tournée en permanence vers l’extérieur;

  • Renforcement général des mesures de sécurité; application du principe de la discrétion et développement d’un travail secret; protection de l’identité des membres et des informations secrètes;

  • Développement d’un style de travail et de lutte bien démarqué; combativité vis-à-vis de l’ennemi dans toutes les circonstances; rehaussement de la qualité de nos actions et de nos interventions vers l’extérieur.

Évidemment, l’ensemble de ces injonctions entraient, à divers degrés, en contradiction avec la manière dont le PCR avait toujours fonctionné ainsi qu’avec un bon nombre de conceptions erronées portées par la Direction historique. Elles visaient notamment à mettre fin à leurs tendances ultra-démocratiques consistant à défendre une forme de « centralisme démocratique allant de bas en haut », à ne jamais appliquer de direction centralisée, à laisser chacun se prononcer constamment sur tout et penser ce qu’il veut, voire même à tolérer la présence d’une ligne opportuniste dans le Parti sous prétexte qu’il faudrait accepter l’existence d’une lutte permanente entre les deux lignes.

Il n’était évidemment pas exclu au départ que la Direction historique accepterait de se corriger et de progresser politiquement avec le reste de l’organisation. Les membres fondateurs s’étaient après tout ralliés, bien que timidement, au combat contre la fraction opportuniste de droite du Parti. C’est pourquoi les membres de la nouvelle direction se sont efforcés d’effectuer un travail commun avec eux afin de développer une unité politique nouvelle – notamment basée sur une ligne organisationnelle rectifiant les erreurs et les défaillances du passé. Les membres fondateurs, dont la plupart faisaient partie du centre dirigeant du Parti, ont d’ailleurs appuyé le mot d’ordre de la professionnalisation et ne l’ont jamais contesté ouvertement par la suite. Or, malgré cet appui formel, il est maintenant clair qu’ils n’y ont jamais vraiment adhéré. Loin d’avoir été rectifiés, leurs penchants néfastes et leurs idées erronées n’ont jamais cessé de se manifester et sont devenus de plus en plus contradictoires avec la volonté et l’activité du reste de l’organisation.

En pratique, les conceptions ultra-démocratiques des membres fondateurs du PCR les ont paradoxalement conduits à se comporter eux-mêmes, à maintes occasions, de manière anti-démocratique en tant que dirigeants. Alors que les membres de la nouvelle direction ont toujours travaillé de manière ouverte et démocratique avec eux, les membres fondateurs se sont trop souvent placés en dehors du centralisme démocratique dans le but de faire cavaliers seuls. En effet, les membres fondateurs du PCR ont toujours eu une forte propension à opérer de manière individuelle plutôt qu’en tant que membres du Parti soumis à ses décisions collectives. Au fil des années, leurs méthodes de travail générales se sont caractérisées par un manque de communication et de transparence, par le maintien d’une forme d’activité séparée ou encore par une absence de vérification et de validation politiques (tester son opinion auprès de ses camarades, forger son point de vue dans la discussion collective, s’assurer que l’on développe véritablement des conceptions communes et que l’on adhère tous aux mêmes idées, etc.).

Le départ et la trahison de la Direction historique découle en grande partie de son désaccord inavoué avec la conception du centralisme et de la professionnalisation défendue par les membres de la nouvelle direction du défunt PCR. En réaction aux critiques adressées à l’endroit des membres fondateurs du PCR – critiques ciblant notamment leur absence de discipline, leur individualisme et leur non respect du centralisme démocratique –, ces derniers ont accusé les membres de la nouvelle direction de faire preuve de « formalisme » et de « dogmatisme ». Ces accusations – qui sont semblables, voire identiques à celles émises par tous les adversaires de la fraction révolutionnaire du PCR depuis la scission de 2017 –, montrent bien de quel côté ont décidé de se ranger les quatre membres fondateurs. Soyons clairs : nous sommes farouchement opposés à toute forme de formalisme, c’est-à-dire à la déviation consistant à remplacer la lutte politique par des mesures bureaucratiques détachées de la vie réelle et ne tenant pas compte de ses aspects particuliers et de ses subtilités. De la même manière, nous sommes opposés à toute forme de dogmatisme, c’est-à-dire à la déviation consistant à remplacer l’analyse des situations concrètes par l’utilisation de formules figées et sans contenu ainsi que par l’incapacité à tenir compte de l’évolution du monde matériel. Nous avons d’ailleurs mené, au cours des dernières années, une ferme lutte idéologique et politique contre l’idéalisme dogmatique notamment représenté par le courant « principalement maoïste » existant aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine. Cela dit, pour des militants de notre époque attachés à des méthodes de travail horizontales et anarchistes, toute application conséquente du centralisme apparaîtra nécessairement comme un excès et comme une forme de « bureaucratisme ». Or, le renforcement de la capacité d’organisation du centralisme ainsi que la mise en place d’une discipline organisationnelle unique ne constituent d’aucune manière des mesures « bureaucratiques » lorsqu’elles s’accompagnent des explications adéquates et d’un travail permanent d’éducation politique. Seuls les militants petits-bourgeois adeptes de l’anarchisme de grand seigneur s’opposent à ces mesures et à ces méthodes d’organisation.

En fait, notre application du centralisme n’est rien d’autre que l’application des principes d’organisation léninistes élémentaires dans les conditions concrètes qui sont les nôtres. Mais les militants qui sont imprégnés par les réflexes libertaires, postmodernes et démocratiques bourgeois et qui n’ont pas la volonté de changer leurs idées et leurs méthodes de travail ne supportent aucune forme de centralisation et de discipline collective. C’est en grande partie ce qui explique pourquoi le PCR a été obligé de passer, comme nous l’avons déjà dit, au travers d’un processus d’épuration en 2018-2019. Au cours de l’été 2018, soit un peu plus d’un an après la scission avec les Opportunistes canadiens, la nouvelle direction du PCR avait organisé une Conférence interne afin de définir les objectifs de la reconstruction du Parti et de lancer de manière explicite les appels à la professionnalisation et à la lutte conséquente contre le postmodernisme. L’un des objectifs sous-jacents de la Conférence était de mettre un terme à l’insubordination et au manque de discipline de plusieurs militants de l’organisation ainsi qu’aux activités de sape menées par un nouveau groupe d’opportunistes qui était en train de se constituer dans le Parti. Ce petit groupe, qui s’était initialement rangé derrière le combat contre les Opportunistes canadiens, était en train de relancer au sein du l’organisation les propositions et les méthodes de la fraction révisionniste avec laquelle le Parti avait scissionné un an et demi plus tôt. En réaction aux appels de la Conférence, le petit groupe d’opportunistes, loin de jeter les armes et d’accepter les rectifications demandées, a initié un véritable contre-mouvement interne au sein du Parti afin de contester les objectifs politiques fixés par la nouvelle direction. Ce contre-mouvement, s’appuyant sur le libéralisme spontané et la confusion politique de plusieurs militants, s’est cristallisé dans une opposition ouverte à la professionnalisation du Parti. Il a pris la forme d’attaques politiques et d’activités fractionnelles et s’est finalement soldé par des démissions en bloc ainsi que par la création d’une organisation opportuniste adverse, celle des Jeunes Socialistes.

En réponse au contre-mouvement, la direction révolutionnaire a appelé à ne rien lâcher, à ne faire aucun compromis et à assumer pleinement les conséquences immédiates du combat pour la professionnalisation et contre le postmodernisme. Elle a notamment appelé à concevoir les démissions de manière positive, malgré leurs effets négatifs à court terme, en mettant de l’avant le principe léniniste selon lequel « le parti se fortifie en s’épurant des éléments opportunistes ». Or, cette prise de position tranchante a provoqué d’autres démissions parmi des militants qui souhaitaient apaiser artificiellement les contradictions au lieu de les accepter et de les résoudre dans la réalité. Souhaitant empêcher à tout prix que le Parti ne s’affaiblisse numériquement (car ne voyant pas que cet affaiblissement temporaire était le prix à payer pour permettre au Parti de développer sa capacité combative), ces militants s’opposaient eux aussi de manière directe à la professionnalisation du Parti. En effet, ils contestaient l’épuration elle-même, la jugeant contre-productive pour une organisation de petite taille. Or, l’épuration était justement une initiative professionnelle. Elle n’était rien d’autre que la conséquence immédiate et nécessaire du fait que le Parti commençait à se professionnaliser.

Les adversaires de la professionnalisation considèrent que cette dernière ne peut pas être mise en œuvre au sein d’une organisation de taille réduite. Lorsqu’ils la reconnaissent en paroles, ils considèrent qu’elle ne pourra s’appliquer qu’à une étape ultérieure de développement de l’organisation communiste, c’est-à-dire seulement une fois que le Parti prolétarien possédera une certaine quantité de militants et de capacités. Nous affirmons au contraire que c’est seulement en luttant dès le départ pour la professionnalisation, en développant dès le départ une organisation centralisée et disciplinée et en combattant dès le départ les tendances au libéralisme, et ce, peu importe le nombre de militants appartenant au premier noyau de révolutionnaires s’étant constitué, que l’on pourra passer à un stade de développement supérieur et faire émerger un Parti possédant de nombreux militants et de nombreuses capacités combatives. Sans professionnalisation, sans renforcement du centralisme, il est impossible de faire face aux difficultés et aux problèmes qui apparaissent nécessairement avec la croissance quantitative d’une organisation communiste. Sans professionnalisation, cette croissance finit ainsi par provoquer une désorganisation complète, par mettre l’organisation hors d’état d’accomplir ses tâches révolutionnaires et par la saper de l’intérieur. Les tendances spontanées au libéralisme finissent par submerger complètement l’organisation. Il devient alors impossible de mettre en place les dispositifs nécessaires pour atteindre un rayonnement plus élevé au sein de la classe ouvrière ainsi qu’une réelle capacité d’organisation des masses prolétariennes.

Pour toutes ces raisons, nous considérons que l’épuration ayant eu lieu au sein du PCR a été un épisode de lutte politique particulièrement important et riche d’enseignements. Or, la Direction historique du PCR ne voit pas les choses de la même manière. Au moment où se déroulait l’épuration, l’organe dirigeant du Parti n’était pas uni sur la manière dont il fallait se positionner par rapport au contre-mouvement interne ainsi que par rapport à ses répercussions à l’extérieur du Parti (sur lesquelles nous reviendrons plus loin). Comme cela avait été le cas au moment de la scission, la Direction historique a fait preuve d’hésitation et a penché vers une position conciliatrice. Des actions inavouées ont été posées en coulisses pour tenter d’interrompre le processus d’épuration au lieu de le laisser arriver à terme. Des tentatives de compromis avec des éléments hostiles à l’extérieur du Parti ont également été faites. Comme cela est maintenant clair aujourd’hui, ces agissements découlaient de conceptions erronées n’ayant jamais été corrigées par la suite – les enseignements politiques de l’épuration n’ayant malheureusement jamais été assimilés par la Direction historique du PCR comme en témoignent d’ailleurs ses actions récentes.

L’attitude à adopter face aux forces petites-bourgeoises

L’un des enseignements des luttes politiques ayant traversé le PCR au cours des dernières années est le suivant : ce sont les petits-bourgeois opportunistes et postmodernes qui ont le plus attaqué l’avant-garde communiste et qui ont le plus entravé la construction du Parti dans la dernière décennie, bien avant les forces policières ou d’autres forces réactionnaires « classiques ». L’opportunisme petit-bourgeois et postmoderne est un ennemi insidieux qui sait s’infiltrer dans nos rangs dès qu’on baisse la garde. Comme nous l’avons vu, il a le potentiel de saboter le développement du Parti en développant un contre-mouvement interne, bien avant que le Parti ne soit la cible d’une véritable répression de la part de l’État bourgeois. C’est le principal poison qui guette l’organisation d’avant-garde révolutionnaire à ce stade-ci de son développement.

Si la nouvelle direction et ses partisans n’avaient pas agi de la manière la plus ferme et la plus énergique contre les opportunistes et les militants postmodernes au sein du Parti, ce dernier aurait perdu tout caractère révolutionnaire et se serait transformé en un réseau informe de collectifs postmodernes. C’est notre lutte implacable contre les opportunistes petits-bourgeois et notre intransigeance vis-à-vis d’eux qui ont permis de sauvegarder et de développer la ligne révolutionnaire du Parti au cours des dernières années. Sans l’épuration provoquée par l’affirmation explicite de notre appel à la professionnalisation du Parti et de notre ligne contre le postmodernisme, le processus de démarcation politique entrepris avec la scission de 2017 aurait été renversé et nous serions retournés à la case départ. De graves contradictions se seraient développées dans l’organisation et auraient sapé son unité de l’intérieur. Malgré la petite taille de l’organisation, tous les départs survenus lors de l’épuration étaient nécessaires.

Pour ne pas répéter éternellement les mêmes combats, l’avant-garde communiste doit faire preuve d’une méfiance organisée vis-à-vis des petits-bourgeois intellectuels et artistiques qui se mettent à graviter autour d’elle (ainsi que des intellectuels prétendant avoir fait un « suicide de classe » et revendiquant politiquement leur appartenance personnelle à la classe ouvrière). Elle doit s’assurer de recruter principalement au sein du prolétariat et des masses populaires afin de ne pas être submergée à nouveau par le mouvement spontané petit-bourgeois. Elle doit repousser loin de ses rangs, sans aucune complaisance, les militants postmodernes consolidés – et à plus forte raison ceux qui sont organisés – qui cherchent à la parasiter.

Un autre enseignement important à tirer des événements des dernières années est que la lutte idéologique contre l’idéalisme petit-bourgeois a une extension dans l’action réelle. Notre combat conséquent et sans compromis contre le postmodernisme ainsi que contre l’ensemble des sous-mouvements qui le constituent (c’est-à-dire le féminisme, la culture queer et trans, le post-colonialisme ainsi que l’écologisme) ont nécessairement alimenté l’hostilité ouverte de « l’extrême-gauche » et des forces militantes petites-bourgeoises à notre égard. Ces forces opposées à la rationalité et adeptes du nouvel idéalisme perçoivent évidemment notre ligne anti-postmoderne comme étant l’expression d’une dérive « conservatrice » à combattre. En raison de sa ferme défense du matérialisme historique, le PCR a ainsi été la cible d’attaques physiques, d’intimidation, de sabotage, de campagnes de désinformation et de manigances. Devant cette situation, l’avant-garde est placée devant deux alternatives : abandonner sa ligne politique et se fondre dans le mouvement postmoderne, ou bien résister aux attaques et y répondre par les moyens correspondant à la nature de celles-ci. À moins d’opter pour la première option, les affrontements entre l’avant-garde communiste et les forces « d’extrême-gauche » vont fort probablement continuer à se produire. Sans entrer elle-même dans une « guerre physique » offensive contre les forces petites-bourgeoises – ce qui la ferait dévier de ses véritables tâches révolutionnaires et ne mènerait nulle part –, l’organisation communiste doit refuser de se soumettre aux agressions ouvertes comme aux magouilles plus subtiles et doit y riposter énergiquement. Elle doit briser la volonté de ses ennemis de l’attaquer en leur faisant comprendre que le prix à payer est trop élevé.


Au fil des années, l’antagonisme grandissant entre les forces militantes petites-bourgeoises et le PCR a profondément modifié les rapports que le Parti avait entretenus jusque-là avec plusieurs organisations « anti-capitalistes », « progressistes » et anarchistes canadiennes. Alors que « l’extrême-gauche » a continué à dégénérer et est devenue plus pourrie et idéaliste que jamais au cours de la dernière décennie, le PCR, de son côté, a rejeté fermement les dérives postmodernes et a clarifié sa ligne dans le sens opposé. La scission de 2017 a provoqué une vague d’hostilité sans précédent au sein de « l’extrême-gauche ». Sans surprise, les militants anarchistes et postmodernes se sont spontanément rangés du côté des Opportunistes canadiens (des communistes acceptables à leurs yeux!) en dénonçant « l’autoritarisme » et le « sectarisme » du PCR. Le contre-mouvement interne de 2018 a ensuite généré une deuxième vague d’hostilité, encore plus importante que la précédente. Le contre-mouvement interne s’est transformé en contre-mouvement externe, faisant apparaître une sorte de « front anti-PCR » spontané composé des anarchistes, des Jeunes Socialistes ainsi que des Opportunistes canadiens.

Alors que la nouvelle direction du PCR appelait ses partisans à assumer entièrement les nouveaux rapports antagoniques entre le Parti et « l’extrême-gauche , la Direction historique du PCR a eu beaucoup de mal à accepter ces changements, lesquels bouleversaient les relations qu’elle avait établies pendant sa vie militante entière. Ces changements remettaient aussi en question la tactique de construction qu’elle avait prônée depuis la création du PCR, tactique consistant à se construire au sein des « milieux radicaux » et du mouvement étudiant pour tenter de gagner « des groupes et des militants d’avant-garde aux thèses maoïstes défendues par [le] Parti » et de les rallier. À plusieurs moments au cours des dernières années, la Direction historique a protesté – sans succès – contre les décisions de la nouvelle direction visant à changer de tactique et à mettre un terme à la collaboration avec diverses organisations « anti-capitalistes ». Aussi, lorsque des mensonges éhontés ont été propagés par les ennemis du Parti issus de « l’extrême-gauche », la Direction historique a donné du crédit à ces mensonges. Pire encore, en 2018, lorsque des militants du PCR se faisaient constamment harceler par des anarchistes ayant adopté des tactiques d’intimidation physique quasi-fascistes, l’un des quatre membres fondateurs du PCR s’est permis de « négocier » et de faire des compromis avec ces brutes anti-communistes sans consulter les autres membres de la direction. Les membres de la nouvelle direction ainsi que les militants sous leur responsabilité ont été accusés à demi-mot d’être eux-mêmes responsables des attaques que subissait le Parti. Pourtant, comme cela a été exposé plus haut, notre ligne de conduite concernant les confrontations avec les militants anarchistes et postmodernes a toujours été claire : nous prônons la défense active des membres de l’organisation communiste (c’est-à-dire la riposte à toutes les actions entreprises contre elle), mais nous n’avons aucun intérêt à initier des actions offensives contre ces militants. Cela dit, contrairement à la Direction historique du PCR, nous acceptons comme une nécessité de la lutte des classes le fait que le développement d’une organisation révolutionnaire authentique fait nécessairement émerger des forces qui se dressent pour la combattre. Nous croyons donc qu’une organisation communiste doit absolument se préparer à cette éventualité et nous ne sommes pas scandalisés lorsque des collisions ont lieu. Au contraire, il faut avoir conscience du fait que les confrontations gagnent en intensité à mesure que l’organisation révolutionnaire prend de l’expansion et devient plus dérangeante pour la bourgeoisie.

L’attitude conciliatrice de la Direction historique vis-à-vis des forces petites-bourgeoises s’est manifestée à nouveau dans les semaines ayant suivi le Cinquième Congrès du Parti tenu à l’été 2021. Or, pour la première fois, elle a pris la forme de prises de position formelles et explicites, obligeant l’ensemble du Parti à réagir et à critiquer ouvertement les quatre membres fondateurs.

Rejetant pour de bon l’ancienne tactique du Parti, le Cinquième Congrès s’est prononcé en faveur d’un plan d’action s’appuyant sur un « domaine d’exclusion » qui écartait désormais explicitement toute forme d’ouverture envers des forces soi-disant « anti-capitalistes » ou « maoïstes » canadiennes. Or, peu de temps après le Congrès, les membres fondateurs du Parti, élus au sein du Comité central, ont agi de manière complètement contradictoire avec la volonté du Congrès.

À ce moment, il a été porté à notre connaissance qu’un processus d’unification des « maoïstes » canadiens était en cours. Ce processus, initié et dirigé par les Jeunes Socialistes, visait à réunir quatre organisations au sein d’un même mouvement : leur propre organisation, la carcasse du Revolutionary Communist Party (RCP), l’organisation « maoïste » postmoderne Revolutionary Initiative (RI), ainsi que le PCR. Pour la majorité des membres du PCR, il était évidemment hors de question de participer à un processus de réunification avec les éléments révisionnistes que le Parti avait rejetés quelques années auparavant, éléments défendant toujours des positions inconciliables avec la lutte véritable pour le communisme. La Direction historique a pourtant refusé de condamner fermement ce processus opportuniste et a même laissé la porte ouverte à une collaboration éventuelle avec les organisations pseudo-maoïstes canadiennes, provoquant un affrontement politique ouvert au sein du Comité central.

Niant complètement la lutte politique ayant eu lieu au cours des dernières années au sein du Parti dont ils sont issus, les Jeunes Socialistes ont cherché à effacer artificiellement des contradictions objectives pour pouvoir imposer leurs conceptions révisionnistes. Au lieu d’assumer leur origine politique, ils se sont présentés comme des militants communistes apparus spontanément et cherchant à faire l’unité. Mais les conceptions qu’ils représentent n’ont rien de nouveau. Ces pseudo-communistes ont notamment repris la méthode des paravents réformistes développée par les Opportunistes canadiens, méthode de construction révisionniste que nous avons critiquée et rejetée il y a déjà plusieurs années. Ils ont même radicalisé cette méthode en faisant disparaître entièrement de leur activité propagandiste et politique toutes références au communisme et à la révolution. Se dissimulant derrière des écrans ridicules tels que la « Ligue 33 », une pseudo organisation communautaire prônant des principes douteux et se consacrant à vendre (!) des services minables à des jeunes prolétaires, ou encore « l’Étoile du Nord », un média de qualité médiocre qui ne fait rien d’autre que refléter les mouvements spontanés sans chercher à produire la moindre révélation politique, ils cachent aux gens leur allégeance et leurs motivations réelles sous prétexte d’appliquer la « ligne de masse ». Ce ne sont rien d’autre que des manipulateurs de bas étage. L’absence d’initiative politique et l’opportunisme avancé des Jeunes Socialistes les ont même fait dégénérer au point d’appuyer le « Convoi de la liberté », un mouvement libertarien d’extrême-droite prônant l’infection massive des travailleurs à un virus extrêmement nocif pour la santé humaine. Ils se sont ainsi transformés en une organisation purement réactionnaire s’appuyant sur les éléments les plus arriérés des masses.

Cet automne, la porte ouverte laissée par la Direction historique à des organisations indignes a constitué une trahison impardonnable. Mais il faut admettre qu’elle n’en était pas à sa première conciliation. À sa fondation, le PCR a vu naître, à ses côtés, l’organisation Revolutionary Initiative (RI), une organisation minable défendant une ligne opportuniste et postmoderne. D’ailleurs, RI prône depuis toujours la méthode dont s’inspirent aujourd’hui les Jeunes Socialistes, soit celle de la dissimulation politique. Quoi qu’il en soit, la Direction historique a passé les années postérieures à 2007 à tenter de rapatrier cette organisation concurrente qui lui avait pourtant tiré dans le pied alors que le PCR tentait d’émerger comme seul parti communiste légitime au pays. À son 3e Congrès en 2014, le PCR a atteint des sommets d’avilissement en entérinant un processus d’unité avec RI qui n’aura jamais abouti faute d’intérêt de la part de la partie adverse. Force est aujourd’hui de constater que la Direction historique, à l’automne 2021, a été conséquente avec ses tendances conciliatrices d’autrefois et qu’elle n’a jamais vraiment cessé d’espérer fusionner avec n’importe quel groupe d’opportunistes petits-bourgeois.

À une époque où le communisme est pratiquement disparu, le fait de ne pas déployer tous ses efforts pour lui redonner une existence politique ouverte est tout simplement criminel pour des militants qui se disent « communistes ». De la même manière, générer des contre-mouvements afin de donner libre cours au subjectivisme et de mettre de l’avant des préoccupations petites-bourgeoises telles que « l’identité de genre » ou la « question trans », au moment où la situation mondiale est marquée par un aiguisement de la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie ainsi que par une aggravation dramatique des contradictions inter-impérialistes, cela revient tout simplement à faire du sabotage et à travailler pour la réaction bourgeoise. Les forces pseudo-communistes qui correspondent à cette description n’appartiennent tout simplement pas au même mouvement que le nôtre. De la même manière qu’il est hors de question pour nous de participer au grand mouvement postmoderne et de collaborer avec les forces qui le composent, il est hors de question de nous réunifier avec les forces pseudo-communistes canadiennes contre lesquelles nous avons lutté et contre lesquelles nous continuerons de lutter jusqu’à leur écrasement complet. Comme nous l’avons écrit dans notre Le Nouvel Idéalisme :

« [L]es communistes doivent s’éloigner le plus possible des organisations faussement d’extrême-gauche opposées au progrès de l’humanité et servant dans les faits la démocratie bourgeoise. La collaboration actuelle avec ces organisations petites-bourgeoises et anti-ouvrières ne peut rien apporter de bon, à moyen terme, à la cause de la révolution prolétarienne. Aujourd’hui, il convient plutôt de s’en démarquer radicalement dans la pratique. C’est seulement ainsi qu’il sera possible de gagner la confiance des masses à nouveau. Il faudra révéler par l’action que le mouvement communiste et le mouvement postmoderne luttent pour des objectifs complètement opposés, l’un cherchant à renverser le pouvoir bourgeois et l’autre cherchant au contraire à le consolider pour pérenniser l’exploitation capitaliste ».

La Direction historique dira que la lâcheté se trouve dans notre intransigeance envers les petits-bourgeois opportunistes, intransigeance qu’elle qualifie de refus du débat. Au contraire, nous défendons que la lâcheté se trouve dans les défilements aux allures d’unité, dans le refus de défendre une ligne politique en tant qu’organisation, et dans le fait de se réfugier derrière le plus petit dénominateur commun, et ce, à une époque où le communisme est liquidé, même par ceux qui prétendent lutter pour lui. Certes, la Direction historique a su défendre les idées communistes tant qu’elles demeuraient des abstractions, mais devant l’adversité, alors qu’il fallait les appliquer dans la réalité de la lutte politique, elle a préféré leur faire perdre leur tranchant. En somme, la Direction historique a empêché la reconstruction du Parti telle qu’elle était prévue en s’opposant à ses artisans et en essayant de tirer le processus vers l’arrière. La Direction historique s’est opposée aux transformations à chaque fois qu’elles se manifestaient concrètement dans la réalité. Les « débats » qu’elle prônait n’auront été qu’une mascarade.

Le PCR cède la place à l’Avant-garde communiste du Canada


La démission et la trahison des membres fondateurs du PCR nous oblige à tourner la page sur l’expérience qu’ils ont initiée il y a près de quarante ans.

L’histoire du PCR a été marquée par des lacunes majeures ainsi que par de nombreux errements et déviations l’ayant empêché de s’élever à un stade de développement politique et organisationnel supérieur. Ces défauts – que les ennemis du PCR chérissaient et voulaient voir se renforcer – auront finalement eu raison de l’organisation. Au bout du compte, l’expérience du PCR, malgré de nombreux apports positifs ayant servi de tremplin aux luttes à venir et ayant permis l’émergence d’une nouvelle génération de communistes, s’est soldée par un échec général.

Durant son existence, le PCR a néanmoins constitué une organisation authentiquement révolutionnaire – la seule organisation luttant sincèrement pour le communisme au Canada sans sombrer dans le légalisme et le révisionnisme. Les forces opportunistes, anarchistes et petites-bourgeoises qui l’ont attaqué dans les dernières années ont combattu en première ligne pour empêcher le développement de l’avant-garde du prolétariat canadien.

Les fondateurs du PCR ont eu le mérite d’avoir relancé, sur des bases anti-révisionnistes, la lutte révolutionnaire pour le communisme au Canada dans la période de reflux de la révolution mondiale et d’abandon du marxisme par les forces « anti-capitalistes » dans les pays impérialistes. Ils ont eu le mérite d’affirmer que la guerre populaire prolongée subsumait l’insurrection comme forme de lutte et stratégie pour prendre le pouvoir et qu’elle était applicable, sous une forme adaptée aux conditions matérielles, dans un pays comme le Canada. Ils se sont démarqués des organisations révisionnistes en développant une forme de travail illégal et en faisant notamment émerger des formes de lutte combatives dans la rue. Ils ont mis de l’avant la notion de formes objectives de l’action révolutionnaire en énonçant les quatre formes que sont la propagande classique, l’action révolutionnaire parmi les masses, la propagande armée et la guerre populaire. Cet héritage positif, nous continuerons à le défendre et à le développer.

Mais aujourd’hui, il est venu le temps de rompre pour de bon avec les nombreux aspects négatifs de l’expérience de la Direction historique. Entre autres, nous rejetons l’ultra-démocratisme et les méthodes d’organisation quasi-anarchistes qui ont caractérisé le PCR pendant la majeure partie de son existence et que sa Direction historique n’a jamais voulu abandonner. Dans cette lignée, nous dénonçons le maoïsme s’écartant du léninisme, maoïsme conçu comme étant plus démocratique que le marxisme-léninisme, comme ayant rompu avec le parti monolithique, et comme favorisant davantage la liberté d’expression, le débat, la direction politique et l’éducation idéologique. Les communistes ont toujours été en faveur de la direction politique et idéologique. Penser que le maoïsme est à l’origine de ces principes revient à calomnier le léninisme et à prôner une forme d’anarchisme.

Nous rejetons également la tactique ayant consisté à cantonner le Parti dans « l’extrême-gauche » tout en abandonnant dans les faits le travail de mobilisation vers la classe ouvrière – abandon politiquement motivé, par ailleurs, par une ligne anti-syndicale gauchiste (de 1986-2016) ayant eu pour effet de couper le Parti des luttes économiques spontanées du prolétariat. Nous avons d’autres réserves par rapport à l’incapacité d’avoir fait coexister un système de propagande dirigé et une activité révolutionnaire qui en découle, ce qui a donné lieu à l’action auto-suffisante, à la surenchère d’initiatives idéologiques isolées, au refus d’assumer les conséquences matérielles de la lutte idéologique, et à l’incapacité d’agir de manière conséquente avec les perspectives énoncées. Nous critiquons aussi l’interprétation empiriste qu’a fait la Direction historique de l’idée selon laquelle le critère de vérité se situe dans la pratique, interprétation qui conduit à penser qu’une ligne juste débouche nécessairement sur un succès immédiat.

La tâche d’aujourd’hui est de surmonter les lacunes importantes du PCR, de ne plus répéter les mêmes erreurs politiques et de mener de l’avant la lutte pour construire un véritable parti centralisé et professionnalisé capable de mener à terme le combat pour renverser la bourgeoisie. La Direction historique du PCR n’entendait pas s’acquitter de cette tâche. Elle a constitué, dans les dernières années, une force retardataire s’accrochant au passé. Par conséquent, elle s’est disqualifiée en tant que direction politique révolutionnaire. Refusant de reconnaître ses torts et de se retirer dignement de l’avant-scène, elle est finalement passée dans le camp des forces ouvertement hostiles à la construction du parti d’avant-garde centralisé au Canada.

En tournant le dos à la révolution, les membres fondateurs du PCR ont décidé de donner libre cours à leurs pires penchants au lieu de chercher à corriger leurs défauts. D’ailleurs, à présent qu’ils sont libres de développer leur propre activité, ils adoptent des points de vue complètement aberrants et anti-prolétariens. Par rapport à la pandémie de COVID-19, ils s’opposent désormais à la position que le Parti a défendue depuis le début de l’année 2020 : ils donnent de la légitimité au « Convoi de la liberté » et ils appuient la politique de « laisser-aller » et de contamination massive appliquée par l’État bourgeois. Pire encore, concernant la guerre actuellement en cours en Ukraine, ils ont adopté, à l’instar d’un grand nombre d’organisations anarchistes occidentales, une position s’alignant sur celle des impérialistes de l’OTAN. Ces prises de position complètement droitières témoignent du fait que les fondateurs du PCR ne sont pas à la hauteur des tâches qui incombent à l’avant-garde communiste et ne sont plus dignes d’être considérés comme des militants révolutionnaires.

En plus d’être motivée par la nécessité politique de tourner la page sur l’héritage le plus négatif du PCR, la dissolution du Parti a également été motivée par le constat que notre organisation ne possède tout simplement plus les éléments organisationnels requis pour être considérée comme un véritable parti prolétarien. C’est un fait objectif et il faut présenter les choses telles qu’elles sont. La scission de 2017 a entamé un long processus de reconstruction devant mener à remettre sur pied une véritable organisation révolutionnaire centralisée et à faire renaître le mouvement communiste au pays. L’Avant-garde communiste du Canada poursuivra ce long travail de reconstruction jusqu’à ce que les conditions requises pour la création d’un nouveau parti prolétarien soit atteintes.

La dissolution du PCR et la fondation d’une nouvelle organisation ne constituent pas pour nous un recul, bien au contraire. Débarrassés d’un boulet au pied, nous poursuivrons le travail propagandiste que nous avons entamé avec sérieux en plus de poursuivre notre action révolutionnaire. Forts de notre expérience de direction et de redressement des dernières années, nous nous sommes dotés d’un organe central, le journal Cause ouvrière, qui produira des révélations politiques à la classe ouvrière et qui agira comme un organisateur collectif.

En choisissant le nom d’Avant-garde communiste du Canada, nous choisissons d’assumer pleinement le rôle que les révolutionnaires doivent jouer auprès des masses ouvrières, rôle que refusent précisément d’embrasser les pseudo-communistes qui abaissent leur activité au niveau des masses « intermédiaires » et « arriérées » et qui consacrent leurs énergies à mettre sur pied des « réseaux » informes et apolitiques. Nous choisissons d’assumer fièrement l’histoire de notre mouvement et son héritage. Nous choisissons d’assurer la continuation de l’expérience historique du prolétariat et de mener une lutte ouverte et déclarée contre la société bourgeoise!


Poursuivons la lutte pour la professionnalisation de l’organisation révolutionnaire!
Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne!
Continuons avec détermination la lutte pour le communisme au Canada!