Photo d'un pylône électrique vu du bas

L’Avant-garde communiste du Canada lance aujourd’hui la version en ligne de son organe central, le journal Cause ouvrière1. Le journal, dont la troisième édition papier vient également de paraître, existe maintenant sous sa forme complète et peut désormais commencer à fonctionner à son plein potentiel. En effet, l’expérience de notre mouvement a montré que c’est la combinaison de la forme papier et de la forme électronique qui permet d’obtenir les meilleurs résultats et de faire rayonner au maximum la propagande communiste à l’époque actuelle. La forme électronique permet à l’avant-garde de s’exprimer en continu sur l’actualité nationale et internationale de la lutte des classes. Elle offre une grande souplesse qui permet de réagir rapidement aux événements et de se positionner en temps réel sur une très grande quantité d’enjeux qui traversent la société. Par ailleurs, la forme électronique du journal permet de rayonner rapidement au-delà de ce que permet la simple diffusion d’un journal physique. Elle permet de compenser certaines limites organisationnelles et de rejoindre des groupes de prolétaires difficilement atteignables autrement à ce stade-ci du développement de notre mouvement. Pour ces raisons, c’est sur le site web que seront désormais publiés la majorité des articles de Cause ouvrière, la forme électronique devant constituer la forme principale du journal.

Le journal papier, quant à lui, permet d’aller directement à la rencontre des travailleurs et de faire pénétrer plus profondément et plus solidement la propagande communiste dans les masses prolétariennes. Le journal papier offre un outil de travail vivant et permanent aux militants révolutionnaires, outil leur permettant de déployer leurs forces de manière unifiée vers la classe ouvrière. Il permet aux communistes de se lier concrètement aux masses : de rassembler et d’organiser les prolétaires pour la lutte politique. Le combat révolutionnaire se déroule dans le monde réel et non sur internet. Un journal strictement électronique n’est pas un outil complet et n’a pas la force nécessaire pour générer une action communiste réelle. Pour l’instant, le journal papier doit paraître quatre fois par année, soit à tous les trois mois. Chaque numéro est diffusé gratuitement sur les piquets de grève, dans les manifestations ouvrières, aux portes des usines, dans les zones industrielles, dans les quartiers prolétariens, etc. Dans le futur, la fréquence de parution des numéros imprimés sera appelée à s’accroître.

L’une des fonctions essentielles du journal Cause ouvrière est de rassembler des militants favorables aux intérêts de la classe ouvrière, de les mettre en mouvement et d’en faire des communistes éclairés et conscients. Le journal doit interpeller largement les masses. Il doit servir à leur mobilisation en leur donnant le goût de la lutte révolutionnaire. Il doit cimenter l’activité des ouvriers communistes, tant sur le plan idéologique que sur le plan organisationnel. En ce sens, il doit servir d’organisateur collectif. Comme l’a écrit Lénine en 1901 dans Par où commencer :

« Le journal ne borne pas cependant son rôle à la diffusion des idées, à l'éducation politique et au recrutement d'alliés politiques. Il n'est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif; il est aussi un organisateur collectif. On peut à cet égard le comparer à l'échafaudage dressé autour d'un bâtiment en construction; il ébauche les contours de l'édifice, facilite les communications entre les différents constructeurs, à qui il permet de répartir la tâche et d'embrasser l'ensemble des résultats obtenus par le travail organisé. Avec l'aide et à propos du journal se constituera d'elle-même une organisation permanente, qui ne s'occupera pas seulement d'un travail local mais aussi général et régulier, habituant ses membres à suivre de près les événements politiques, à apprécier leur rôle et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire la meilleure façon d'agir sur ces événements. »

 

Un journal central pour tout le Canada


Afin de construire un mouvement révolutionnaire vraiment unifié à l’échelle de tout le territoire canadien, le développement d’un appareil de direction idéologique unique et centralisé est absolument indispensable. C’est pourquoi l’Avant-garde communiste du Canada vise à développer un journal central pour l’ensemble du pays. Évidemment, l’expansion du mouvement révolutionnaire fera éventuellement naître une multitude de publications locales et spécialisées partout sur le territoire. Mais celles-ci devront impérativement se subordonner à l’organe central du parti prolétarien. Elles joueront le rôle de courroies de transmission servant à diffuser de manière tentaculaire les grands mots d’ordre et les grandes analyses de l’avant-garde en les appliquant à des enjeux spécifiques et locaux.

Sans le développement d’un organe central pour tout le pays, il est impossible de construire un mouvement cohérent et de marcher comme une seule armée pour vaincre la bourgeoisie. En fait, sans organe central, la propagande et l’action des militants révolutionnaires ne peuvent que demeurer étroitement locales. Elles ne peuvent pas servir à constituer le prolétariat en classe pour soi et ne peuvent pas exprimer « les intérêts du mouvement dans sa totalité ». C’est en prenant conscience de la somme des faits quotidiens révélant la lutte qui se mène entre les deux classes de la société capitaliste; c’est en adhérant aux mêmes analyses, à la même théorie et aux mêmes perspectives politiques; et c’est en répondant aux mêmes appels généraux et aux mêmes mots d’ordre révolutionnaires que les ouvriers canadiens forgeront un véritable parti communiste capable d’agir des provinces maritimes à la Colombie-Britannique et d’entraîner le prolétariat entier dans la bataille historique pour le socialisme.

Sans un journal pour tout le pays, un parti composé de militants séparés géographiquement serait éventuellement amené à se disloquer sous la pression du subjectivisme et à se scinder en organisations de nature divergente. À cet égard, l’histoire du défunt Parti communiste révolutionnaire (PCR) est riche d’enseignements. Durant la première moitié de la dernière décennie, le parti fondé en 2007 à Montréal a pris de l’expansion en Ontario et dans d’autres provinces canadiennes. Or, les fondateurs du PCR n’ont pas jugé bon de produire de manière centralisée une littérature commune et constante pour l’ensemble des régions où le parti était désormais actif. Ainsi privées de toute direction idéologique, les organisations du parti d’une ville à l’autre se lançaient dans toutes sortes d’initiatives décousues et sans liens entre elles, initiatives dont le caractère est rapidement devenu étroit et réformiste. Plus encore, les nouvelles recrues étudiantes et petites-bourgeoises du parti à l’extérieur du Québec ont eu le champ entièrement libre pour mettre de l’avant leurs idées postmodernes et libérales. C’est ainsi que les Opportunistes canadiens ont fini par gangrener l’ensemble du PCR et par en prendre le contrôle. Pour mettre fin à ce triste spectacle, l’aile gauche du parti basée à Montréal a dû mener une lutte antagonique à l’intérieur de l’organisation, ce qui a conduit à une scission en 2017.

Déterminée à ne pas répéter les mêmes erreurs que les fondateurs du PCR, l’Avant-garde communiste du Canada n’entend pas s’écarter du principe selon lequel la base de toute activité révolutionnaire et le ciment de toute expansion organisationnelle se situent dans la propagande. Cette dernière doit être rédigée centralement par les militants les plus qualifiés et diffusée de manière systématique et régulière partout où le mouvement révolutionnaire est actif. C’est seulement ainsi que sera évité le piège de l’éclectisme politique et de la fragmentation organisationnelle, et c’est également de cette manière que seront démasqués les opportunistes petits-bourgeois cherchant à parasiter notre organisation.

Cela étant dit, l’Avant-garde communiste du Canada reconnaît comme une nécessité objective le développement inégal de la révolution. C’est pourquoi nous n’attendons pas d’être présents et d’avoir une activité de même intensité dans tous les coins du pays pour développer le journal Cause ouvrière. Inévitablement, le contenu du journal reflétera le développement inégal de notre mouvement d’une région à l’autre du pays, et ce, même si la forme électronique du journal permettra évidemment de compenser en partie les limites découlant de notre degré d’expansion territoriale. Aussi, les articles de Cause ouvrière seront principalement publiés en français dans un premier temps. Cela ne doit surtout pas être interprété comme un choix politique, mais plutôt comme une nécessité transitoire. L’essentiel, c’est que Cause ouvrière s’adresse politiquement à l’ensemble du prolétariat canadien, et c’est ce que fait le journal depuis sa fondation.

 

Notre tâche : organiser des révélations politiques

Le journal Cause ouvrière est un journal politique. Ce n’est pas un journal syndical se contentant de traiter du rapport immédiat entre patrons et travailleurs. Ce n’est pas un journal économiste ne faisant qu’être le miroir du mouvement ouvrier et des luttes spontanées du prolétariat. Refléter sans chercher à rien transformer, c’est ce que font tous les opportunistes qui liquident le communisme sous prétexte qu’il faudrait « laisser parler les masses ». Évitant lâchement d’assumer leur rôle d’avant-garde, ils dissimulent leurs propres opinions et abaissent leur agitation au niveau de la conscience spontanée du peuple, sombrant inévitablement dans le réformisme bourgeois. Représentant parfaitement cette tendance, les Opportunistes canadiens écrivaient il y a quelques années :

« Les révolutionnaires ont besoin de parler aux masses là où elles sont, d’une manière qui influence directement leur vie au jour le jour et en s’adressant concrètement à leurs expériences quotidiennes; actuellement, cela prend largement la forme de réformes ou de campagnes spécifiques. »

Défendant un point de vue complètement opposé à cette ligne révisionniste, l’Avant-garde communiste du Canada adhère au principe léniniste selon lequel le journal doit d’abord et avant tout servir à élever la conscience de classe des ouvriers, à les éveiller à la lutte politique pour le socialisme et à susciter leur activité révolutionnaire. Si les propagandistes et les agitateurs communistes doivent effectivement se saisir de la réalité immédiate des prolétaires, ce n’est pas pour leur expliquer ce qu’ils savent déjà, ni pour leur proposer un discours prenant « largement la forme de réformes » : c’est tout simplement pour mieux faire pénétrer la doctrine du socialisme scientifique au sein des masses et pour s’assurer qu’elles s’en emparent largement. Comme l’affirmait l’Internationale communiste lors de son 2e congrès en 1920, « tout conflit économique important peut soulever devant les ouvriers la question de la Révolution » et « il est donc du devoir des communistes de faire ressortir devant les ouvriers, dans toutes les phases de la lutte économique, que cette lutte ne saurait être couronnée de succès que lorsque la classe ouvrière aura vaincu la classe capitaliste dans une bataille rangée et se chargera, sa dictature une fois établie, de l’organisation socialiste du pays ».

Ainsi, entre le but final et les conditions immédiates, c’est le but final qui doit constituer l’aspect principal et jouer le rôle directeur dans la propagande. Dans le journal, les faits quotidiens ne doivent donc pas seulement être rapportés : ils doivent être éclairés par la théorie et les perspectives politiques. Bien sûr, les opportunistes argumentent que les masses ne seraient « pas encore prêtes » pour adhérer au communisme et qu’il faudrait donc y aller « graduellement ». Ce n’est rien d’autre que du mépris pour l’intelligence collective de la classe ouvrière, classe « qui a besoin avant et par-dessus tout de connaissances politiques étendues et vivantes, et qui est la plus capable de profiter de ces connaissances pour entreprendre une lutte active » (Lénine, Que faire, 1902).

Le journal Cause ouvrière vise la fusion du mouvement ouvrier et du socialisme. Il cherche à propager les perspectives révolutionnaires parmi la classe ouvrière et à lui révéler son but historique : l’abolition de l’exploitation capitaliste et l’instauration d’une société sans classes. Il sert au développement d’un fort courant communiste dans le mouvement ouvrier, courant qui devra, à terme, transformer le mouvement et en prendre la direction pour guider les travailleurs vers la prise du pouvoir. Comme l’a expliqué Lénine dans Les objectifs immédiats de notre mouvement , le rôle du communisme « n’est pas de servir passivement le mouvement ouvrier à chacun de ses stades, mais de représenter les intérêts de l’ensemble du mouvement, de lui indiquer son but final et ses objectifs politiques, de sauvegarder son indépendance politique et idéologique. Coupé de la social-démocratie [du communisme], le mouvement ouvrier dégénère et s’embourgeoise inévitablement : en se cantonnant dans la lutte économique, la classe ouvrière perd son indépendance politique, se traîne à la remorque d’autres partis, trahit la grande devise : L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (1900)

Ainsi, la fonction principale de Cause ouvrière est de générer des révélations politiques quotidiennes aux prolétaires canadiens. Par révélations politiques, nous entendons le type d’idées et d’explications qui amènent les travailleurs à développer une compréhension plus élevée de l’exploitation capitaliste, qui rehaussent leur volonté de lutter contre la bourgeoisie et qui les conduisent à appuyer la révolution socialiste. Afin d’entraîner le plus grand nombre de prolétaires à lutter pour la collectivisation des moyens de production, le contenu du journal doit être lié à la réalité concrète et vivante de la lutte des classes. L’une des tâches prioritaires du journal est donc de parler de manière révolutionnaire des luttes économiques spontanées des travailleurs. Le journal doit également diffuser en grand nombre des connaissances sur la production et l’économie capitaliste. Afin de favoriser l’action, le journal doit aussi traiter des questions organisationnelles et des moyens pratiques de la lutte révolutionnaire en les rendant accessibles et intéressantes pour les larges masses. Il doit expliquer non seulement pourquoi, mais aussi comment l’on doit se battre contre la bourgeoisie.

En plus d’accomplir les tâches expliquées ci-dessus, Cause ouvrière doit consacrer une partie de ses articles à la dénonciation de l’impérialisme et du pillage des pays dominés, en ayant notamment pour objectif de favoriser l’indignation des masses populaires du Canada devant les crimes de la bourgeoisie impérialiste canadienne à l’étranger. Le journal doit aussi faire la promotion des mouvements et des révoltes populaires légitimes émergeant partout dans le monde, et ce, dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien et du slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! ». Les analyses des contradictions de l’impérialisme et de la conjoncture internationale publiées par le journal doivent être celles d’une organisation clairvoyante se distinguant des petits partis économistes limités du genre IWW. Les travailleurs sont avides d’explications sur les grands événements internationaux, sur les rapports de force entre les différentes puissances impérialistes, sur le sort des pays pauvres, etc. Le journal doit satisfaire pleinement cette soif d’explications existant au sein du prolétariat, soif d’explications que les grands médias bourgeois, évidemment, ne satisfont pas.

Finalement, la ligne éditoriale de Cause ouvrière est ouvertement anti-postmoderne. Le journal doit être un bastion de rationalité, de vérité objective, de scientificité et de matérialisme. Une partie des articles du journal seront consacrés à dénoncer les diverses manifestations de l’idéalisme postmoderne dans la société bourgeoise contemporaine ainsi qu’à mettre en lumière le programme postmoderne de la bourgeoisie à travers des exemples tirés de l’actualité. La lutte soutenue du journal contre le postmodernisme sera celle d’une organisation à caractère résolument prolétarien se distinguant radicalement de la pseudo-gauche actuelle. Le journal ne fera jamais aucune concession à la bourgeoisie et aux tendances petites-bourgeoises : sa ligne éditoriale sera toujours fermement opposée à l’économisme, à l’opportunisme de droite, à l’ultra-gauchisme, à l’anarchisme, au postmodernisme, à l’écologisme, au féminisme, et ce, sous toutes leurs formes.

 

Le centre de gravité actuel : la propagande et l’agitation

Avec le lancement du site internet de Cause ouvrière, l’Avant-garde communiste du Canada entame une initiative propagandiste permanente qui fera rayonner à nouveau le matérialisme historique au sein de la classe ouvrière canadienne et qui permettra de bâtir les fondations du nouveau parti communiste que nous visons à construire. Pendant toute la période de reconstruction de l’état-major de la révolution prolétarienne au Canada, et probablement pendant plus longtemps encore, la propagande et l’agitation constitueront le centre de gravité de l’activité communiste. Même par la suite, pendant tout le processus révolutionnaire devant mener à la prise du pouvoir, à l’instauration de la dictature du prolétariat et à la construction du socialisme, la propagande et l’agitation continueront de jouer le rôle de « système sanguin » du parti et de ses organisations.

Cela ne signifie pas, bien entendu, que la propagande et l’agitation journalistiques seront les seules formes de lutte employées pendant la période de reconstruction. Mais cela signifie que le développement de l’appareil de propagande sera le nerf de la guerre et que les autres aspects du développement du parti seront presque entièrement déterminés par les progrès effectués dans ce domaine. Pendant un temps, la majeure partie des efforts des communistes doivent être consacrés, avant toute autre chose, à développer leur organe central et l’ensemble de leur système de propagande, c’est-à-dire à faire progresser la clarté de la ligne politique qu’ils défendent, à élaborer des explications justes sur toutes les grandes questions de la lutte des classes mondiale; à produire du matériel de propagande et d’agitation de grande qualité et en quantité croissante; à le diffuser de manière systématique au sein du mouvement ouvrier et finalement à l’utiliser pour le ralliement, le recrutement et l’organisation des éléments avancés du prolétariat.

Dans le système de propagande que nous devons construire (système qui inclut non seulement le journal, mais également la revue théorique, les livres, les tracts, etc.), la propagande et l’agitation jouent des rôles complémentaires. La propagande fournit des explications approfondies et détaillées sur toutes les questions brûlantes de la lutte des classes et de la révolution. Elle sert à générer une forte adhésion idéologique aux perspectives défendues par l’avant-garde. L’agitation, quant à elle, part du même contenu politique et le dissémine immédiatement au plus grand nombre sous une forme accessible. Elle sert à susciter l’action des ouvriers, c’est-à-dire leur contribution active aux organisations communistes, leur participation aux manifestations révolutionnaires contre la bourgeoisie, etc. À l’intérieur du système de propagande, la revue théorique joue principalement le rôle de propagandiste, tandis que le journal joue principalement le rôle d’agitateur au sein des masses. Évidemment, le journal n’a pas un caractère purement agitateur : son contenu a également un aspect propagandiste. Pour présenter les choses simplement, on peut dire que le journal constitue la forme « supérieure » du matériel agitationnel, la forme « inférieure » étant constituée par les tracts, les affiches, les interventions orales, etc. Bref, le journal sert à la fois d’organisateur collectif et d’éducateur collectif. Dans tous les cas, ce sont la clarté théorique et la justesse de la ligne politique qui doivent guider la production de toute littérature communiste.

Au cours des dernières décennies, il y a eu un recul majeur, voire une disparition de la propagande communiste au Canada. Il en découle aujourd’hui un urgent besoin d’éducation politique et théorique, de révélations journalistiques, d’analyses des événements nationaux et internationaux, d’éclaircissements sur l’économie capitaliste, etc. Si l’on ne répond pas au plus vite à cet urgent besoin, toute reconstruction du mouvement communiste est vouée à l’échec. La direction historique du défunt PCR, qui a été pendant vingt longues années le pôle de l’activité révolutionnaire au pays, n’a jamais été capable d’accomplir cette tâche primordiale. Ayant fait reposer le critère de la radicalité dans l’action militante en elle-même, tout en ayant en même temps privilégié des initiatives idéologiques isolées et coupées de la pratique réelle, la direction historique du PCR n’a jamais pris en charge la tâche de développer un vrai appareil de propagande servant à alimenter la lutte de manière continue et à diriger l’activité des militants révolutionnaires. Pendant de longues années, elle a même abandonné la production de toute propagande écrite ou presque, se contentant d’une propagande orale improvisée s’adressant principalement à elle-même et à un petit cercle de curieux, privant le parti de toute possibilité de rayonnement auprès de la classe ouvrière.

La direction historique du PCR a par ailleurs défendu une conception ultra-démocratique et anti-léniniste de la propagande. Au lieu de chercher à développer un véritable organe central, c’est-à-dire un journal soumis au contrôle du groupe dirigeant et rédigé par les meilleurs propagandistes, elle a prôné la création de journaux de type « babillard » et la mise sur pied de comités de rédaction ouverts et autonomes. À la fondation du PCR-co en 2001, les fondateurs de l’organisation appelaient par exemple, dans leur Plan d’implantation, à former une équipe « techniquement et formellement séparée du PCR-co » pour diriger la publication du journal Drapeau rouge!. Privilégiant la quantité aux dépens de la qualité, la direction historique a permis et encouragé la participation de rédacteurs incompétents et d’éléments non communistes, sans jamais s’assurer que la ligne politique défendue était adéquate. En ce qui concerne les présentations orales dans lesquelles la direction historique s’est finalement « spécialisée » après avoir abandonné la propagande écrite, elles étaient organisées parallèlement à l’activité du parti et leur contenu n’était pas dirigé par le centre de l’organisation, sans parler du fait qu’elles n’étaient jamais préparées avec rigueur et professionnalisme.

Il faut rejeter aujourd’hui ces déviations majeures ayant eu pour effet de priver les travailleurs pendant vingt ans des connaissances politiques et théoriques dont ils ont besoin et ayant empêché le mouvement communiste de se reconstruire. En négligeant la qualité de la propagande, l’on ne parvient pas à convaincre les travailleurs d’adhérer à la cause révolutionnaire, l’on n’éclaircit aucune question et l’on donne plutôt mauvaise réputation aux communistes. En prônant l’ultra-démocratisme, l’on ne parvient pas à unifier l’activité du parti sous une même direction idéologique, et l’on ne parvient pas non plus à rendre systématique et à pérenniser la production de la littérature communiste (puisque les initiatives sans direction sombrent inévitablement dans la désorganisation et connaissent toujours une fin rapide).

Contrairement à la direction historique du défunt PCR, l’Avant-garde communiste du Canada défend la vraie conception léniniste de la propagande. Nous reconnaissons que la mise en place d’un appareil de propagande centralisé, professionnel et permanent constitue la première nécessité pour bâtir un véritable parti communiste. Parmi les 21 Conditions d’admission des Partis dans l’Internationale communiste adoptées lors du 2e congrès de l’organisation en 1920, la première condition stipulait d’ailleurs que « [t]ous les organes de la presse du Parti doivent être rédigés par des communistes sûrs, ayant prouvé leur dévouement à la cause du prolétariat. […] La presse périodique ou autre et tous les services d’éditions doivent être entièrement soumis au Comité central du Parti, que ce dernier soit légal ou illégal. Il est inadmissible que les organes de publicité mésusent de l’autonomie pour mener une politique non conforme à celle du Parti. » Dans les Thèses sur la structure, les méthodes et l’action des partis communistes adoptées lors du 3e congrès en 1921, on peut lire que « [l]a presse communiste doit être développée et améliorée par le Parti avec une infatigable énergie. […] Le Parti doit s’efforcer bien plus d’avoir de bons journaux que d’en avoir beaucoup. Tout parti communiste doit avant tout avoir un organe central autant que possible quotidien. » Ces injonctions sont toujours valides aujourd’hui et l’Avant-garde communiste du Canada y adhère entièrement.

Nous allons donc nous consacrer, dans la période qui s’amorce, avec rigueur et professionnalisme, au développement de l’organe central et de l’appareil de propagande du prochain parti communiste de la classe ouvrière canadienne. Le journal Cause ouvrière est la pièce centrale de ce vaste édifice à construire. Ne perdons plus un instant et développons le journal du prolétariat révolutionnaire! Mettons en place dès maintenant le dispositif nécessaire pour répandre les idées communistes dans le mouvement ouvrier et soulever devant les masses la question de la révolution! Soyons fidèles à ce qu’ont énoncé Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste en 1847 : « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé »!

1.Initialement mis sur pied par le Parti communiste révolutionnaire du Canada à l’automne 2021, le journal Cause ouvrière est devenu l’organe central de l’Avant-garde communiste du Canada suite à la dissolution du Parti à l’hiver 2022.