Photomontage avec cercle carré A et B

À l’hiver 2022, les membres du Parti communiste révolutionnaire du Canada (PCR) ont voté à l’unanimité en faveur de la dissolution du PCR ainsi qu’en faveur de la création d’un nouveau centre d’activité politique : l’Avant-garde communiste du Canada. Cette nouvelle organisation aura pour tâche de poursuivre le travail de reconstruction entamé au sein du défunt PCR et de lutter pour doter la classe ouvrière canadienne d’un nouveau parti communiste professionnalisé apte à diriger le combat contre la bourgeoisie.

La dissolution du PCR fait suite à la démission collective et à la trahison de quatre membres fondateurs et dirigeants historiques du Parti que nous appellerons, aux fins de ce communiqué, la Direction historique.

Cet énième et ultime épisode vient clore le long morcellement du PCR qui s’étire maintenant depuis 2017. Nous ne sommes pas sans savoir que ce morcellement a des accents d’absurdité, autant pour les communistes authentiques de l’organisation, qui poursuivront leur travail honnête dans l’Avant-garde communiste du Canada, que pour les observateurs externes. Mais ce morcellement n’est rien d’autre que la conséquence de la désorganisation complète et de l’absence de direction qui ont caractérisé le PCR dès sa fondation, c’est-à-dire bien avant que nous le rejoignions. Comme nous le verrons, un parti qui n’assure pas de formation politique et idéologique, un parti qui accepte n’importe qui et n’importe quoi dans ses rangs, c’est un parti voué à connaître un triste sort.

La désintégration par étape du PCR a des prémisses qui nous précèdent, c’est-à-dire des départs par vagues que la Direction historique n’a jamais vraiment pu métaboliser, expliquer et assumer politiquement, comme s’ils s’étaient produits fortuitement. Cela dit, à partir de 2016, les départs sont devenus la conséquence de choix politiques conscients et de l’établissement, pour la première fois, d’une direction dans le Parti : la nôtre. Afin de procéder au sauvetage in extremis du Parti, il fallait d’abord l’amputer des Opportunistes canadiens, ce que nous avons fait au grand dam de la Direction historique attachée à son bazar de curiosités. Ce premier débris du PCR s’est lui-même scindé à son tour, dans les années qui ont suivi, en diverses petites organisations, soit celle des économistes (le feu de paille qu’a été le Revolutionary Workers Party); celle des gauchistes juvéniles (le Communist Workers Front); et la carcasse du Revolutionary Communist Party révisionniste. Suite à cette scission avec les Opportunistes canadiens, nous avons provoqué une épuration en 2018, laquelle a cette fois produit comme débris ceux que nous appelons les Jeunes Socialistes. Ces derniers se composent des purgés les plus influents et de leurs disciples ayant ensemble fondé une organisation connue successivement sous les noms de Jeunes Socialistes pour le Pouvoir populaire (JSPP), de Jeunesse Debout et plus récemment de Ligue 33. Ils ont d’ailleurs diffusé leurs idées sur le défunt blogue Ligne de Masse et plus récemment sur le média L’Étoile du Nord. Toutes leurs initiatives sont plus abjectes les unes que les autres.

Mais le coup de grâce a été la démission de la Direction historique du PCR qui s’est retranchée dans sa librairie, la Maison Norman Bethune (MNB), et qui, fidèle à ses vieilles habitudes, donnera libre cours à des annonces triomphales basées sur des fabulations qui n’auront jamais de portée ni même le mérite d’être réalisées avec rigueur. Voici donc comment la Direction historique nous a fait grâce de son inertie pour la suite de la lutte révolutionnaire au Canada.

À la fin de l’année 2021, les quatre membres de la Direction historique avaient été sévèrement critiqués par le reste de l’organisation pour leur attitude conciliatrice envers l’opportunisme, pour leur manque de professionnalisme et de ferveur révolutionnaire ainsi que pour leur refus de se conformer aux orientations mises de l’avant depuis 2017 par la nouvelle direction. En raison de certaines de leurs actions et prises de position récentes – actions et prises de position en dissonance avec la lutte politique menée par le PCR au cours des dernières années et contraires aux mandats adoptés par le Cinquième Congrès du Parti tenu à l’été 2021 –, il a été demandé aux quatre membres de quitter le poste qu’ils occupaient au sein du Comité central et de renoncer à tout rôle dirigeant au sein de l’organisation dans le futur. Par le fait même, il leur a aussi été demandé d’accepter qu’on leur reconnaisse désormais un statut correspondant à leur niveau d’implication réel dans la lutte révolutionnaire. En effet, les quatre membres étaient, dans les faits, presque complètement inactifs depuis des années : ils réalisaient peu de tâches utiles, s’absentaient régulièrement des réunions et n’honoraient pas leurs engagements. En réalité, ils se désintéressaient totalement du développement organisationnel et de l’activité pratique du PCR depuis longtemps.

Or, au lieu d’admettre ces faits et de faire preuve d’auto-critique, les quatre membres en question ont plutôt décidé de rompre entièrement leurs liens avec l’organisation et de tourner définitivement le dos à la lutte révolutionnaire. Annonçant d’abord à leurs anciens camarades qu’ils exploiteraient désormais la Maison Norman Bethune de manière indépendante – alors que la Maison Norman Bethune constituait pourtant un local d’organisation politique appartenant au PCR –, les quatre démissionnaires se sont empressés de dénoncer publiquement le Parti en déclarant qu’il « ne se compor[tait] plus comme une organisation digne de confiance et capable de porter vers l’avant les tâches de la révolution au Canada », et ce, sans fournir la moindre justification politique de cette accusation. Quelques semaines plus tard, ils ont annoncé la création d’une nouvelle « organisation » – portant le nom insignifiant et apolitique de « Réseau des comités de travailleurs » – sans bien sûr pouvoir expliquer en quoi cette nouvelle initiative était nécessaire pour faire avancer la lutte de classe du prolétariat canadien.

Il est déplorable de constater que les quatre démissionnaires, au lieu de reconnaître leur désengagement des dernières années, prétendent encore avoir les capacités, la volonté, et surtout la légitimité politique pour mettre sur pied et pour diriger une organisation révolutionnaire. En fait, il est clair que leur pseudo-initiative est strictement motivée par un sentiment d’orgueil petit-bourgeois ainsi que par un désir sans principes de vengeance. Elle n’a aucune raison d’être politique, outre celle de s’opposer aux partisans de la construction d’un véritable parti révolutionnaire centralisé au Canada. Le « Réseau des comités de travailleurs » n’est rien d’autre qu’une nouvelle coquille vide : c’est une pseudo-organisation sans objectif politique clair, qui ne fera aucunement avancer la lutte pour le socialisme au Canada et dont la mise sur pied constitue un recul honteux. Heureusement, si l’on considère les capacités réelles d’organisation ainsi que les intentions véritables de ses fondateurs, peu de prolétaires seront dupés par ce qu’ils font miroiter. Quoi qu’il en soit, nous dénonçons vivement cette supercherie. Quant à la Maison Norman Bethune, nous la considérons désormais comme un lieu d’agitation hostile aux communistes actifs et conséquents. Nous appelons donc à partir de maintenant à boycotter toutes les activités – y compris les activités « commerciales » – qui auront lieu dans ce local.

À vrai dire, cela faisait plusieurs années que les tendances centristes et l’absence de discipline de la Direction historique du Parti se manifestaient. Au moment de la lutte contre les Opportunistes canadiens ayant mené à la scission de 2017, les quatre membres de la Direction historique s’étaient montrés hésitants et avaient été incapables d’engager un combat résolu contre l’adversaire. Ce sont des membres relativement récents du PCR, issus d’une nouvelle génération de communistes ayant émergé à partir de 2014 au sein du Parti, qui avaient été obligés de prendre les choses en main, d’analyser et de critiquer les déviations droitières et postmodernes des Opportunistes canadiens et de mener la lutte pour remettre le Parti sur la voie révolutionnaire. C’est d’ailleurs cette nouvelle génération de communistes qui est à l’origine de la majeure partie des documents – dont le texte important « Nous sommes les continuateurs » – publiés pour dénoncer cette clique et tracer une ligne de démarcation claire entre l’opportunisme postmoderne et le marxisme authentique. Ce sont également des militants issus de cette nouvelle génération qui ont continué à mener de front la lutte politique et idéologique dans les années subséquentes et qui ont notamment écrit les textes « La Centralité ouvrière », « Le Maoïsme tel qu’en lui-même » ainsi que le livre « Le Nouvel Idéalisme » publié pour mettre en pièces les déviations idéalistes de l’époque actuelle. Ces membres ayant combattu les déviations, ce sont ceux qui relancent aujourd’hui le travail révolutionnaire sous la bannière de l’Avant-garde communiste du Canada.

Or, à l’époque, les agissements des nouveaux militants du Parti n’étaient pas toujours bien reçus par la Direction historique. Notamment, l’expulsion physique de trois saboteurs lors du lancement du livre « Continuité et rupture » à la Maison Norman Bethune en mars 2016, événement ayant précipité la scission avec les Opportunistes canadiens, avait été qualifiée d’« erreur » et d’« excès » par certains membres de la Direction historique, au moment où les éléments les plus droitiers du Parti se déchaînaient contre les camarades ayant procédé à cette action légitime. Par la suite, bien qu’ils se soient rangés derrière l’aile gauche du Parti, les quatre membres n’ont jamais été en mesure de faire un bilan auto-critique de leur propre expérience de travail avec les Opportunistes canadiens entre 2010 et 2016. En particulier, ils n’ont jamais fait le bilan de la manière dont cette clique a été intégrée dans le Parti et dont elle a eu le champs libre pour se hisser à la tête de l’organisation.

Or, lorsqu’on ne fait pas le bilan de nos erreurs, on continue inévitablement à agir de la même manière qu’avant. C’est bien ce qui s’est passé avec les quatre membres fondateurs du PCR. Au cours des années ayant suivi la scission de 2017, alors que le Parti progressait sur le plan politique, idéologique et organisationnel, les quatre membres ont malheureusement constitué une force d’inertie au sein de l’organisation. Ils ont très peu évolué politiquement et sont demeurés attachés à leurs vieilles manières de faire et de penser. Au fil des années, malgré des efforts patients et méthodiques entrepris par la nouvelle direction pour forger de manière démocratique l’unité du Parti, les divergences entre cette nouvelle direction et la Direction historique sont devenues de plus en plus évidentes et irréconciliables.

En mettant sur pied le soi-disant « Réseau des comités de travailleurs », les membres de la Direction historique du PCR sont restés complètement silencieux sur ces divergences. Probablement qu’ils sont incapables de les expliquer, tout comme ils sont incapables de dire précisément en quoi leur nouvelle organisation se démarquera de la nôtre. De notre côté, nous savons que les événements tels que la dissolution d’un parti prolétarien n’arrivent pas sans raison. Nous croyons aussi qu’expliquer publiquement les tenants et aboutissants des luttes internes ayant conduit à la dissolution du PCR ne peut que bénéficier à d’autres communistes qui seraient susceptibles de passer au travers d’expériences similaires.

La scission de 2017 et la lutte contre l’opportunisme au sein du PCR ont fait apparaître deux grands mots d’ordre au sein du Parti au cours des dernières années. Le premier, c’est celui de la professionnalisation. Le deuxième, c’est celui de la lutte contre le postmodernisme et les forces petites-bourgeoises. C’est derrière ces deux mots d’ordre – qui traduisent les tâches objectives qui incombent actuellement à l’avant-garde communiste au Canada – que la fraction révolutionnaire du Parti s’est regroupée pour faire avancer la lutte de classe du prolétariat au cours des dernières années. Ce sont aussi ces deux mots d’ordre qui ont conduit, en 2018, à une vague d’épuration dans le Parti. À ce moment, le Parti s’est débarrassé de nombreux militants qui, malgré le fait qu’ils avaient prétendu appuyer le combat contre les Opportunistes canadiens, n’ont pas voulu accepter les implications concrètes et immédiates de ce combat. En effet, le mot d’ordre de la professionnalisation n’appelait pas simplement à mener une lutte idéologique; il n’appelait pas simplement à faire la critique en paroles des conceptions défendues par les Opportunistes canadiens. Le mot d’ordre de la professionnalisation appelait à des transformations organisationnelles réelles qui bousculaient les militants petits-bourgeois dans leurs manières de faire et qui heurtaient inévitablement leur sensibilité. De la même manière, engager un combat réel contre le postmodernisme, cela signifiait dénoncer chacune des manifestations concrètes et particulières du postmodernisme, et non seulement faire une critique générale et superficielle derrière laquelle on peut finalement dissimuler n’importe quelle déviation. Cela signifiait donc choquer les petits-bourgeois et susciter leur hostilité. Les militants purgés n’étaient pas prêts à assumer ce combat. En fait, la plupart d’entre eux étaient eux-mêmes visés par la critique et incarnaient les travers idéologiques et organisationnels dont le Parti cherchait à se débarrasser.

Considérant l’importance des deux grands mots d’ordre ainsi que l’ampleur des changements qu’ils impliquaient au sein du Parti, il n’est pas étonnant que les principaux désaccords entre la nouvelle direction et la Direction historique aient porté principalement sur leur signification et leur application. Bien que des divergences politiques sur une panoplie d’autres questions – toutes reliées entre elles à divers degrés – aient commencé à poindre au cours des dernières années au sein des instances dirigeantes du PCR, les contradictions ayant conduit les membres de la Direction historique à tourner le dos à la lutte révolutionnaire et ayant mené à la dissolution du PCR concernent principalement 1) les méthodes de travail, d’organisation et de direction, et 2) l’évaluation à faire des forces postmodernes et petites-bourgeoises en général et de celles représentant le « maoïsme » révisionniste et anti-léniniste en particulier.

La professionnalisation de l’organisation d’avant-garde


Les Opportunistes canadiens, qui avaient réussi à prendre le contrôle du PCR avant la scission de 2017, avaient élaboré une ligne anti-léniniste qui, sous prétexte de vouloir favoriser l’initiative des masses et éviter le « dirigisme », consistait à nier le rôle dirigeant du Parti et à le dissimuler derrière un réseau d’organisations « intermédiaires » et « de masse » servant essentiellement à mener des luttes réformistes et n’assumant pas de rôle politique d’avant-garde. En plus de sous-estimer gravement l’intelligence et l’instinct de classe des prolétaires, cette ligne revenait à abaisser le niveau politique de l’avant-garde, privant ainsi la classe ouvrière de la direction dont elle a besoin et qu’elle mérite. En matière organisationnelle, il s’agissait de la justification politique de l’horizontalité et du rejet de la construction verticale du parti. Selon cette ligne révisionniste, le mouvement révolutionnaire devait ainsi se construire en prenant la forme d’un réseau plus ou moins informe de groupes autonomes et ultra-démocratiques. Appliquer cette ligne, c’était ainsi empêcher l’émergence du parti communiste en tant que forme suprême d’organisation de la classe ouvrière.

La ligne droitière développée par les Opportunistes canadiens ne sortait pas de nulle part. En fait, elle n’était que la cristallisation politique des formes d’organisation et des méthodes de travail qui apparaissent spontanément à notre époque – en particulier parmi la petite-bourgeoisie militante – dans les pays de démocratie bourgeoise avancée. Dans ces pays où la petite-bourgeoisie postmoderne impose ses idées et ses pratiques depuis plusieurs décennies, où le mouvement communiste a pratiquement cessé d’exister et où la légalité bourgeoise encourage un relâchement organisationnel destructeur, il faut faire preuve d’une fermeté particulièrement « contre-intuitive » pour empêcher que le libéralisme et les réflexes petits-bourgeois ne viennent saper les fondements de l’organisation révolutionnaire.

Aujourd’hui, dans un pays comme le Canada, l’élément le plus difficile à mettre en place au sein de l’organisation communiste est le centralisme. Il s’agit d’un grave problème, car sans le centralisme, il est absolument impossible pour une organisation révolutionnaire de s’émanciper des formes de travail artisanales et d’atteindre un stade supérieur de développement. Sans le centralisme, une organisation communiste finit inévitablement par stagner et par se désagréger. Elle ne parvient jamais à mettre en place l’infrastructure et les rapports internes nécessaires pour développer sa capacité combative, mobiliser la classe ouvrière et faire progresser la lutte de classe. Elle demeure non seulement hors d’état d’accomplir la révolution, mais ne parvient même pas à exister en tant que force politique véritable au sein d’un pays donné.

Selon les principes léninistes, le centralisme est toujours l’aspect principal du centralisme démocratique. Mais selon les situations et les contextes, le degré et les formes exactes avec lesquelles le centralisme et la démocratie se manifestent au sein du parti prolétarien peuvent varier. À certains moments dans l’histoire du mouvement communiste, c’est l’aspect démocratique du parti qu’il a fallu renforcer. Aujourd’hui, au Canada, c’est tout le contraire. En raison de l’influence démesurée de la petite-bourgeoisie et de la nouvelle idéologie postmoderne ainsi qu’en l’absence de toute base organisationnelle communiste déjà établie (c’est-à-dire en l’absence de toute organisation révolutionnaire professionnelle ayant une ampleur et un rayonnement appréciables), il faut insister principalement sur le centralisme pour faire contrepoids aux défauts spontanés induits par ces conditions.

Depuis sa fondation, le PCR a été marqué par le manque – voire par l’absence – de centralisme. C’est donc dire que la ligne droitière des Opportunistes canadiens n’était pas seulement le reflet des tendances dominantes de l’époque actuelle : elle s’est développée sur la base des formes de travail et d’organisation artisanales qui existaient dans le Parti avant l’arrivée de cette clique opportuniste.

En fait, lorsque la plupart d’entre nous avons commencé à militer auprès du Parti à Montréal, nous avons pris la mesure de l’état lamentable dans lequel il se trouvait. L’amateurisme et la désorganisation régnaient en maître.

D’abord, aucune propagande écrite et centralisée sur les enjeux de notre époque n’était produite par la Direction historique et les partisans qu’elle avait recrutés. La progression de la ligne politique du Parti était soumise à l’improvisation et à l’aléatoire afin que la Direction historique puisse s’autoriser à proposer une faible analyse. Toutes les idées énoncées étaient mises à l’épreuve dans une sorte de débat sur la place publique. Seule la propagande orale était employée, permettant ainsi de ne pas assumer ce qui était dit et de manquer de rigueur. La validation des idées s’effectuait grâce à l’absence de point de vue adverse solide. L’errance idéologique était tolérée sous promesse d’un approfondissement à venir, mais qui ne venait jamais. Ce vide sidéral laissait d’ailleurs toute la place à l’usage des réseaux sociaux, terreau fertile du subjectivisme. Par exemple, la page Facebook Communism 101 avait le pouvoir, pour certains, de dicter une ligne comme s’il s’agissait de résolutions d’une Internationale communiste.

Ensuite, le Parti avait donné naissance, même à Montréal, à une surabondance de « petits mouvements » (Mouvement étudiant révolutionnaire (MER), Front rouge des jeunes (FRJ), Front féministe prolétarien révolutionnaire (FFPR), Mouvement révolutionnaire ouvrier (MRO)), des coquilles vides qui, au fond, renfermaient les membres du Parti, se substituaient à ses cellules dysfonctionnelles, introduisaient des pratiques petites-bourgeoises (libre expression sur les réseaux sociaux, mise sur pied de garderies et de distributions de nourriture, recours à la « justice transformatrice », animation féministe de réunions, etc.), menaient des campagnes futiles, et cultivaient une obsession pour la lutte anti-fasciste pseudo-radicale et à la mode.

Le FFPR est un excellent exemple du bourbier dans lequel le PCR se trouvait. La notion de « féminisme prolétarien et révolutionnaire », qui était présente dès la fondation du Parti, a d’ailleurs aidé les Opportunistes canadiens dans leur promotion agressive d’une ligne postmoderne consolidée et dans leur tentative de transformer complètement le Parti en un groupe « anti-oppressif » petit-bourgeois. Cette notion erronée, qui était en fait une concession au féminisme tout court, a été introduite dans le programme lorsqu’il a été adopté, et ce, sans que la Direction historique n'y voit de risque de dérapage.

Or, la création du Front féministe prolétarien révolutionnaire (FFPR) a éventuellement eu pour effet d’attirer des militantes étudiantes féministes dans l’orbite du PCR, contribuant ainsi à l’introduction d’éléments anti-marxistes dans le maoïsme canadien. Aujourd’hui, il convient de reconnaître qu’il s’agit du seul effet possible de la création d’une organisation appelant à lutter contre l’oppression des femmes au Canada à l’époque actuelle, une question ayant déjà été résolue dans le cadre du capitalisme. Plus encore, dans le contexte de la montée du grand mouvement postmoderne dans les pays impérialistes, le FFPR devait nécessairement dégénérer et s’écarter de ses propres objectifs prolétariens et internationalistes pour devenir le lieu de débats ultra-idéalistes sur « l’identité de genre », la « transphobie », etc. Le réseau pan-canadien de groupes « FFPR », créé dans les années 2010, a d’ailleurs constitué l’un des principaux canaux grâce auxquels s’est organisée l’offensive débridée des Opportunistes canadiens.

Aux yeux de ces petits-bourgeois, un militant donnant simplement une consigne à une militante pouvait par exemple devenir coupable d’une « micro-agression » sexiste. Ces idéologues postmodernes concevaient l’activité militante non pas comme une lutte politique, mais comme une lutte constante entre les membres de l’organisation, lutte visant à changer la forme de leurs interactions et à « purifier » intérieurement les camarades soi-disant imprégnés par le « sexisme inconscient ». Ils organisaient des séances de « rééducation » postmoderne et paralysaient le travail politique avec des fausses accusations, allant jusqu’à inventer de toutes pièces une grave histoire d’abus sexuel. Évidemment, les opportunistes postmodernes, qui étendaient « l’oppression des femmes » à celle des personnes « trans » et « non binaires », faisaient également éclater des scandales ridicules liés à l’usage des « mauvais » pronoms, faisant perdre un temps précieux aux militants sérieux de l’organisation. Tout ce cirque était toléré par la Direction historique, bien qu’elle n’en était pas elle-même l’instigatrice, et ce, jusqu’à ce que nous gagnions la direction de l’organisation.

En fait, la Direction historique brillait par son absence. Elle n’exerçait aucune direction sur l’organisation et ne cherchait pas à redresser l’activité. Certains de ses membres se complaisaient surtout à tenir la permanence d’une librairie et à donner leur avis de manière informelle à celui qui voulait bien passer par-là. D’ailleurs, à propos de la librairie, la Maison Norman Bethune était conçue par la Direction historique comme un commerce apolitique, une fin en soi, rejetant la mission de local d’organisation politique, la seule qui soit véritablement pertinente. La tâche de mettre autant d’ardeur sur la tenue d’une librairie était donc tout simplement folklorique. Elle servait aussi à masquer l’inaction véritable des fondateurs du Parti cachés derrière un comptoir de vente. Elle témoignait finalement de leur volonté de rejoindre des petits-bourgeois qui n’ont qu’une adhésion intellectuelle au communisme.

Aussi, l’abandon de la classe ouvrière avait conduit le Parti à principalement rejoindre des marginaux, des originaux, voire des gens dérangés et inorganisables. C’est donc dire que la librairie avait parfois des allures d’hôpital psychiatrique.

Enfin, alors que la dégénérescence petite-bourgeoise était entamée au sein du Parti depuis bien avant 2016, la Direction historique poursuivait son travail de collaboration avec les Opportunistes canadiens. À vrai dire, la majorité de la Direction historique ne voyait aucun problème aux orientations idéologiques et organisationnelles des Opportunistes canadiens. Même, elle se réjouissait de leur ascension dans le Parti. Le chef de la Direction historique était le seul membre du quatuor qui se montrait méfiant envers les Opportunistes canadiens. Pourtant, il s'en remettait à un débat hypothétique avec les adversaires, dans un avenir indéterminé, débat où la ligne juste finirait par triompher comme par magie, grâce à l'incontestabilité de sa justesse. Mais devant l’inapplicabilité de cette victoire « naturelle » contre les Opportunistes canadiens, ce membre influent de la Direction historique avait jeté l’éponge et avait abandonné le combat jusqu’à ce que nous le convainquions de remonter dans le ring.

C’est dans ce désordre que nous nous sommes constitués en force motrice pour déclencher et mener jusqu’au bout le combat de 2016 et 2017 contre les Opportunistes canadiens qui opéraient à partir de l’Ontario. Cependant, vue l’incompétence et le relâchement qui caractérisaient l’activité de Montréal, nous n’avions aucun mal à comprendre comment les Opportunistes canadiens avaient pu prendre le contrôle de l’organisation pan-canadienne en moins d’une demi-décennie. La Direction historique accumulait pourtant une expérience de lutte politique depuis 1986, date à laquelle l’ancêtre du PCR, le groupe Action socialiste, avait été fondé.

Pour mener jusqu’au bout la critique de la ligne révisionniste des Opportunistes canadiens et de leurs émules, il fallait opérer une transformation organisationnelle profonde afin d’éliminer les méthodes de travail anti-léninistes. Il fallait aussi développer une nouvelle ligne organisationnelle afin de remplacer les conceptions erronées liées à ces méthodes de travail qui avaient été entretenues jusque-là par la Direction historique du PCR. Quoi qu’il en soit, nous étions résolument tournés vers l’avenir, défaits de toutes illusions sur le passé de l’organisation, sans amertume vis-à-vis la déconfiture politique de la Direction historique, prêts à mettre les bouchées doubles pour restituer la seule option révolutionnaire au pays.

C’est ainsi que l’appel à la professionnalisation du Parti a été lancé. Au départ, voici comment la professionnalisation avait été définie par la nouvelle direction du PCR :

« La professionnalisation est le processus consistant à débarrasser notre Parti de toutes les méthodes artisanales, spontanées, non-reproductibles et anarchisantes héritées de sa période de genèse, à transformer un parti encore marqué par l’horizontalité en un véritable parti d’avant-garde centralisé, composé de spécialistes de l’action révolutionnaire et ayant à sa tête un groupe dirigeant solide et unifié. La professionnalisation doit amener notre Parti à être capable d’obéir aux règles les plus strictes de l’activité secrète, à être capable de déployer un travail systématique et scientifiquement contrôlé, à être capable de convertir sa ligne politique en force matérielle, et à être capable d’assimiler progressivement toutes les formes de lutte et les moyens d’action – légaux et illégaux – nécessaires à la préparation concrète de la guerre populaire. »

Nous affirmions également que la professionnalisation découlait d’un processus interne objectif et qu’elle était rendue nécessaire pour permettre au Parti de pérenniser son initiative révolutionnaire, de poursuivre sa progression et de dépasser le palier auquel il se trouvait. Ce palier – que l’on peut identifier à une certaine quantité de militants, de capacités et de moyens d’action –, aucune organisation révolutionnaire ne parvient à le dépasser depuis des décennies au sein des principaux pays impérialistes. C’est pourquoi nous avions affirmé que la professionnalisation cherchait à répondre aux problèmes de la période historique actuelle et en particulier aux problèmes liés au centralisme :

« Le renforcement du centralisme est l’aspect fondamental de la professionnalisation, tout comme il est une condition fondamentale à l’organisation en parti. Par renforcement, nous entendons le renforcement de la capacité d’organisation du centralisme, tout comme son autorité et sa force politique à l’interne. Ce renforcement est une rectification nécessaire face aux difficultés persistantes et tenaces rencontrées dans l’application du centralisme dans le Parti lors des dernières années. […] Le centralisme est un terrain fertile et complexe permettant de générer des formes d’organisation supérieures. »


Comme tout mot d’ordre ancré dans la réalité, l’appel à la professionnalisation impliquait l’accomplissement de diverses tâches particulières et concrètes. Voici comment nous avons défini les tâches de la professionnalisation pour notre Parti – tâches qui sont par ailleurs toujours à l’ordre du jour aujourd’hui :

  • Construction verticale de l’organisation; développement et consolidation de la direction unique; mise en place de la chaîne organisationnelle nécessaire pour permettre au centre de diriger l’activité; soumission des instances inférieures aux instances supérieures et des individus au Parti; cloisonnement des cellules;

  • Respect du centralisme démocratique; respect des plans et des orientations adoptés par l’organisation; respect des fonctions et des postes des membres de l’organisation;

  • Développement d’un système nerveux fonctionnel permettant la circulation fluide et sécuritaire de l’information entre le centre et les instances de base ainsi que la mise en action efficace des forces de l’organisation sous les directives du centre; mise en place d’une division du travail efficace entre les instances et entre les membres;

  • Développement de rapports formels et hiérarchisés entre les membres de l’organisation;

  • Renforcement général de la discipline organisationnelle; participation constante de tous les membres sans exception aux tâches nécessaires à la construction et à la vie de l’organisation; rehaussement de la rigueur et de la fiabilité dans la réalisation des tâches fixées par l’organisation; participation constante de tous les militants des instances de base au travail d’agitation, de diffusion, de ralliement et d’organisation vers les masses; développement de la capacité de l’ensemble des militants de l’organisation d’agir à l’unisson; fin de l’insubordination et développement de la capacité des militants d’exécuter promptement les directives dans l’action;

  • Développement d’une activité reproductible et scientifiquement contrôlée; systématisation du travail et des formes de lutte déployées par l’organisation; développement d’une activité communiste soutenue tournée en permanence vers l’extérieur;

  • Renforcement général des mesures de sécurité; application du principe de la discrétion et développement d’un travail secret; protection de l’identité des membres et des informations secrètes;

  • Développement d’un style de travail et de lutte bien démarqué; combativité vis-à-vis de l’ennemi dans toutes les circonstances; rehaussement de la qualité de nos actions et de nos interventions vers l’extérieur.

Évidemment, l’ensemble de ces injonctions entraient, à divers degrés, en contradiction avec la manière dont le PCR avait toujours fonctionné ainsi qu’avec un bon nombre de conceptions erronées portées par la Direction historique. Elles visaient notamment à mettre fin à leurs tendances ultra-démocratiques consistant à défendre une forme de « centralisme démocratique allant de bas en haut », à ne jamais appliquer de direction centralisée, à laisser chacun se prononcer constamment sur tout et penser ce qu’il veut, voire même à tolérer la présence d’une ligne opportuniste dans le Parti sous prétexte qu’il faudrait accepter l’existence d’une lutte permanente entre les deux lignes.

Il n’était évidemment pas exclu au départ que la Direction historique accepterait de se corriger et de progresser politiquement avec le reste de l’organisation. Les membres fondateurs s’étaient après tout ralliés, bien que timidement, au combat contre la fraction opportuniste de droite du Parti. C’est pourquoi les membres de la nouvelle direction se sont efforcés d’effectuer un travail commun avec eux afin de développer une unité politique nouvelle – notamment basée sur une ligne organisationnelle rectifiant les erreurs et les défaillances du passé. Les membres fondateurs, dont la plupart faisaient partie du centre dirigeant du Parti, ont d’ailleurs appuyé le mot d’ordre de la professionnalisation et ne l’ont jamais contesté ouvertement par la suite. Or, malgré cet appui formel, il est maintenant clair qu’ils n’y ont jamais vraiment adhéré. Loin d’avoir été rectifiés, leurs penchants néfastes et leurs idées erronées n’ont jamais cessé de se manifester et sont devenus de plus en plus contradictoires avec la volonté et l’activité du reste de l’organisation.

En pratique, les conceptions ultra-démocratiques des membres fondateurs du PCR les ont paradoxalement conduits à se comporter eux-mêmes, à maintes occasions, de manière anti-démocratique en tant que dirigeants. Alors que les membres de la nouvelle direction ont toujours travaillé de manière ouverte et démocratique avec eux, les membres fondateurs se sont trop souvent placés en dehors du centralisme démocratique dans le but de faire cavaliers seuls. En effet, les membres fondateurs du PCR ont toujours eu une forte propension à opérer de manière individuelle plutôt qu’en tant que membres du Parti soumis à ses décisions collectives. Au fil des années, leurs méthodes de travail générales se sont caractérisées par un manque de communication et de transparence, par le maintien d’une forme d’activité séparée ou encore par une absence de vérification et de validation politiques (tester son opinion auprès de ses camarades, forger son point de vue dans la discussion collective, s’assurer que l’on développe véritablement des conceptions communes et que l’on adhère tous aux mêmes idées, etc.).

Le départ et la trahison de la Direction historique découle en grande partie de son désaccord inavoué avec la conception du centralisme et de la professionnalisation défendue par les membres de la nouvelle direction du défunt PCR. En réaction aux critiques adressées à l’endroit des membres fondateurs du PCR – critiques ciblant notamment leur absence de discipline, leur individualisme et leur non respect du centralisme démocratique –, ces derniers ont accusé les membres de la nouvelle direction de faire preuve de « formalisme » et de « dogmatisme ». Ces accusations – qui sont semblables, voire identiques à celles émises par tous les adversaires de la fraction révolutionnaire du PCR depuis la scission de 2017 –, montrent bien de quel côté ont décidé de se ranger les quatre membres fondateurs. Soyons clairs : nous sommes farouchement opposés à toute forme de formalisme, c’est-à-dire à la déviation consistant à remplacer la lutte politique par des mesures bureaucratiques détachées de la vie réelle et ne tenant pas compte de ses aspects particuliers et de ses subtilités. De la même manière, nous sommes opposés à toute forme de dogmatisme, c’est-à-dire à la déviation consistant à remplacer l’analyse des situations concrètes par l’utilisation de formules figées et sans contenu ainsi que par l’incapacité à tenir compte de l’évolution du monde matériel. Nous avons d’ailleurs mené, au cours des dernières années, une ferme lutte idéologique et politique contre l’idéalisme dogmatique notamment représenté par le courant « principalement maoïste » existant aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine. Cela dit, pour des militants de notre époque attachés à des méthodes de travail horizontales et anarchistes, toute application conséquente du centralisme apparaîtra nécessairement comme un excès et comme une forme de « bureaucratisme ». Or, le renforcement de la capacité d’organisation du centralisme ainsi que la mise en place d’une discipline organisationnelle unique ne constituent d’aucune manière des mesures « bureaucratiques » lorsqu’elles s’accompagnent des explications adéquates et d’un travail permanent d’éducation politique. Seuls les militants petits-bourgeois adeptes de l’anarchisme de grand seigneur s’opposent à ces mesures et à ces méthodes d’organisation.

En fait, notre application du centralisme n’est rien d’autre que l’application des principes d’organisation léninistes élémentaires dans les conditions concrètes qui sont les nôtres. Mais les militants qui sont imprégnés par les réflexes libertaires, postmodernes et démocratiques bourgeois et qui n’ont pas la volonté de changer leurs idées et leurs méthodes de travail ne supportent aucune forme de centralisation et de discipline collective. C’est en grande partie ce qui explique pourquoi le PCR a été obligé de passer, comme nous l’avons déjà dit, au travers d’un processus d’épuration en 2018-2019. Au cours de l’été 2018, soit un peu plus d’un an après la scission avec les Opportunistes canadiens, la nouvelle direction du PCR avait organisé une Conférence interne afin de définir les objectifs de la reconstruction du Parti et de lancer de manière explicite les appels à la professionnalisation et à la lutte conséquente contre le postmodernisme. L’un des objectifs sous-jacents de la Conférence était de mettre un terme à l’insubordination et au manque de discipline de plusieurs militants de l’organisation ainsi qu’aux activités de sape menées par un nouveau groupe d’opportunistes qui était en train de se constituer dans le Parti. Ce petit groupe, qui s’était initialement rangé derrière le combat contre les Opportunistes canadiens, était en train de relancer au sein du l’organisation les propositions et les méthodes de la fraction révisionniste avec laquelle le Parti avait scissionné un an et demi plus tôt. En réaction aux appels de la Conférence, le petit groupe d’opportunistes, loin de jeter les armes et d’accepter les rectifications demandées, a initié un véritable contre-mouvement interne au sein du Parti afin de contester les objectifs politiques fixés par la nouvelle direction. Ce contre-mouvement, s’appuyant sur le libéralisme spontané et la confusion politique de plusieurs militants, s’est cristallisé dans une opposition ouverte à la professionnalisation du Parti. Il a pris la forme d’attaques politiques et d’activités fractionnelles et s’est finalement soldé par des démissions en bloc ainsi que par la création d’une organisation opportuniste adverse, celle des Jeunes Socialistes.

En réponse au contre-mouvement, la direction révolutionnaire a appelé à ne rien lâcher, à ne faire aucun compromis et à assumer pleinement les conséquences immédiates du combat pour la professionnalisation et contre le postmodernisme. Elle a notamment appelé à concevoir les démissions de manière positive, malgré leurs effets négatifs à court terme, en mettant de l’avant le principe léniniste selon lequel « le parti se fortifie en s’épurant des éléments opportunistes ». Or, cette prise de position tranchante a provoqué d’autres démissions parmi des militants qui souhaitaient apaiser artificiellement les contradictions au lieu de les accepter et de les résoudre dans la réalité. Souhaitant empêcher à tout prix que le Parti ne s’affaiblisse numériquement (car ne voyant pas que cet affaiblissement temporaire était le prix à payer pour permettre au Parti de développer sa capacité combative), ces militants s’opposaient eux aussi de manière directe à la professionnalisation du Parti. En effet, ils contestaient l’épuration elle-même, la jugeant contre-productive pour une organisation de petite taille. Or, l’épuration était justement une initiative professionnelle. Elle n’était rien d’autre que la conséquence immédiate et nécessaire du fait que le Parti commençait à se professionnaliser.

Les adversaires de la professionnalisation considèrent que cette dernière ne peut pas être mise en œuvre au sein d’une organisation de taille réduite. Lorsqu’ils la reconnaissent en paroles, ils considèrent qu’elle ne pourra s’appliquer qu’à une étape ultérieure de développement de l’organisation communiste, c’est-à-dire seulement une fois que le Parti prolétarien possédera une certaine quantité de militants et de capacités. Nous affirmons au contraire que c’est seulement en luttant dès le départ pour la professionnalisation, en développant dès le départ une organisation centralisée et disciplinée et en combattant dès le départ les tendances au libéralisme, et ce, peu importe le nombre de militants appartenant au premier noyau de révolutionnaires s’étant constitué, que l’on pourra passer à un stade de développement supérieur et faire émerger un Parti possédant de nombreux militants et de nombreuses capacités combatives. Sans professionnalisation, sans renforcement du centralisme, il est impossible de faire face aux difficultés et aux problèmes qui apparaissent nécessairement avec la croissance quantitative d’une organisation communiste. Sans professionnalisation, cette croissance finit ainsi par provoquer une désorganisation complète, par mettre l’organisation hors d’état d’accomplir ses tâches révolutionnaires et par la saper de l’intérieur. Les tendances spontanées au libéralisme finissent par submerger complètement l’organisation. Il devient alors impossible de mettre en place les dispositifs nécessaires pour atteindre un rayonnement plus élevé au sein de la classe ouvrière ainsi qu’une réelle capacité d’organisation des masses prolétariennes.

Pour toutes ces raisons, nous considérons que l’épuration ayant eu lieu au sein du PCR a été un épisode de lutte politique particulièrement important et riche d’enseignements. Or, la Direction historique du PCR ne voit pas les choses de la même manière. Au moment où se déroulait l’épuration, l’organe dirigeant du Parti n’était pas uni sur la manière dont il fallait se positionner par rapport au contre-mouvement interne ainsi que par rapport à ses répercussions à l’extérieur du Parti (sur lesquelles nous reviendrons plus loin). Comme cela avait été le cas au moment de la scission, la Direction historique a fait preuve d’hésitation et a penché vers une position conciliatrice. Des actions inavouées ont été posées en coulisses pour tenter d’interrompre le processus d’épuration au lieu de le laisser arriver à terme. Des tentatives de compromis avec des éléments hostiles à l’extérieur du Parti ont également été faites. Comme cela est maintenant clair aujourd’hui, ces agissements découlaient de conceptions erronées n’ayant jamais été corrigées par la suite – les enseignements politiques de l’épuration n’ayant malheureusement jamais été assimilés par la Direction historique du PCR comme en témoignent d’ailleurs ses actions récentes.

L’attitude à adopter face aux forces petites-bourgeoises

L’un des enseignements des luttes politiques ayant traversé le PCR au cours des dernières années est le suivant : ce sont les petits-bourgeois opportunistes et postmodernes qui ont le plus attaqué l’avant-garde communiste et qui ont le plus entravé la construction du Parti dans la dernière décennie, bien avant les forces policières ou d’autres forces réactionnaires « classiques ». L’opportunisme petit-bourgeois et postmoderne est un ennemi insidieux qui sait s’infiltrer dans nos rangs dès qu’on baisse la garde. Comme nous l’avons vu, il a le potentiel de saboter le développement du Parti en développant un contre-mouvement interne, bien avant que le Parti ne soit la cible d’une véritable répression de la part de l’État bourgeois. C’est le principal poison qui guette l’organisation d’avant-garde révolutionnaire à ce stade-ci de son développement.

Si la nouvelle direction et ses partisans n’avaient pas agi de la manière la plus ferme et la plus énergique contre les opportunistes et les militants postmodernes au sein du Parti, ce dernier aurait perdu tout caractère révolutionnaire et se serait transformé en un réseau informe de collectifs postmodernes. C’est notre lutte implacable contre les opportunistes petits-bourgeois et notre intransigeance vis-à-vis d’eux qui ont permis de sauvegarder et de développer la ligne révolutionnaire du Parti au cours des dernières années. Sans l’épuration provoquée par l’affirmation explicite de notre appel à la professionnalisation du Parti et de notre ligne contre le postmodernisme, le processus de démarcation politique entrepris avec la scission de 2017 aurait été renversé et nous serions retournés à la case départ. De graves contradictions se seraient développées dans l’organisation et auraient sapé son unité de l’intérieur. Malgré la petite taille de l’organisation, tous les départs survenus lors de l’épuration étaient nécessaires.

Pour ne pas répéter éternellement les mêmes combats, l’avant-garde communiste doit faire preuve d’une méfiance organisée vis-à-vis des petits-bourgeois intellectuels et artistiques qui se mettent à graviter autour d’elle (ainsi que des intellectuels prétendant avoir fait un « suicide de classe » et revendiquant politiquement leur appartenance personnelle à la classe ouvrière). Elle doit s’assurer de recruter principalement au sein du prolétariat et des masses populaires afin de ne pas être submergée à nouveau par le mouvement spontané petit-bourgeois. Elle doit repousser loin de ses rangs, sans aucune complaisance, les militants postmodernes consolidés – et à plus forte raison ceux qui sont organisés – qui cherchent à la parasiter.

Un autre enseignement important à tirer des événements des dernières années est que la lutte idéologique contre l’idéalisme petit-bourgeois a une extension dans l’action réelle. Notre combat conséquent et sans compromis contre le postmodernisme ainsi que contre l’ensemble des sous-mouvements qui le constituent (c’est-à-dire le féminisme, la culture queer et trans, le post-colonialisme ainsi que l’écologisme) ont nécessairement alimenté l’hostilité ouverte de « l’extrême-gauche » et des forces militantes petites-bourgeoises à notre égard. Ces forces opposées à la rationalité et adeptes du nouvel idéalisme perçoivent évidemment notre ligne anti-postmoderne comme étant l’expression d’une dérive « conservatrice » à combattre. En raison de sa ferme défense du matérialisme historique, le PCR a ainsi été la cible d’attaques physiques, d’intimidation, de sabotage, de campagnes de désinformation et de manigances. Devant cette situation, l’avant-garde est placée devant deux alternatives : abandonner sa ligne politique et se fondre dans le mouvement postmoderne, ou bien résister aux attaques et y répondre par les moyens correspondant à la nature de celles-ci. À moins d’opter pour la première option, les affrontements entre l’avant-garde communiste et les forces « d’extrême-gauche » vont fort probablement continuer à se produire. Sans entrer elle-même dans une « guerre physique » offensive contre les forces petites-bourgeoises – ce qui la ferait dévier de ses véritables tâches révolutionnaires et ne mènerait nulle part –, l’organisation communiste doit refuser de se soumettre aux agressions ouvertes comme aux magouilles plus subtiles et doit y riposter énergiquement. Elle doit briser la volonté de ses ennemis de l’attaquer en leur faisant comprendre que le prix à payer est trop élevé.


Au fil des années, l’antagonisme grandissant entre les forces militantes petites-bourgeoises et le PCR a profondément modifié les rapports que le Parti avait entretenus jusque-là avec plusieurs organisations « anti-capitalistes », « progressistes » et anarchistes canadiennes. Alors que « l’extrême-gauche » a continué à dégénérer et est devenue plus pourrie et idéaliste que jamais au cours de la dernière décennie, le PCR, de son côté, a rejeté fermement les dérives postmodernes et a clarifié sa ligne dans le sens opposé. La scission de 2017 a provoqué une vague d’hostilité sans précédent au sein de « l’extrême-gauche ». Sans surprise, les militants anarchistes et postmodernes se sont spontanément rangés du côté des Opportunistes canadiens (des communistes acceptables à leurs yeux!) en dénonçant « l’autoritarisme » et le « sectarisme » du PCR. Le contre-mouvement interne de 2018 a ensuite généré une deuxième vague d’hostilité, encore plus importante que la précédente. Le contre-mouvement interne s’est transformé en contre-mouvement externe, faisant apparaître une sorte de « front anti-PCR » spontané composé des anarchistes, des Jeunes Socialistes ainsi que des Opportunistes canadiens.

Alors que la nouvelle direction du PCR appelait ses partisans à assumer entièrement les nouveaux rapports antagoniques entre le Parti et « l’extrême-gauche , la Direction historique du PCR a eu beaucoup de mal à accepter ces changements, lesquels bouleversaient les relations qu’elle avait établies pendant sa vie militante entière. Ces changements remettaient aussi en question la tactique de construction qu’elle avait prônée depuis la création du PCR, tactique consistant à se construire au sein des « milieux radicaux » et du mouvement étudiant pour tenter de gagner « des groupes et des militants d’avant-garde aux thèses maoïstes défendues par [le] Parti » et de les rallier. À plusieurs moments au cours des dernières années, la Direction historique a protesté – sans succès – contre les décisions de la nouvelle direction visant à changer de tactique et à mettre un terme à la collaboration avec diverses organisations « anti-capitalistes ». Aussi, lorsque des mensonges éhontés ont été propagés par les ennemis du Parti issus de « l’extrême-gauche », la Direction historique a donné du crédit à ces mensonges. Pire encore, en 2018, lorsque des militants du PCR se faisaient constamment harceler par des anarchistes ayant adopté des tactiques d’intimidation physique quasi-fascistes, l’un des quatre membres fondateurs du PCR s’est permis de « négocier » et de faire des compromis avec ces brutes anti-communistes sans consulter les autres membres de la direction. Les membres de la nouvelle direction ainsi que les militants sous leur responsabilité ont été accusés à demi-mot d’être eux-mêmes responsables des attaques que subissait le Parti. Pourtant, comme cela a été exposé plus haut, notre ligne de conduite concernant les confrontations avec les militants anarchistes et postmodernes a toujours été claire : nous prônons la défense active des membres de l’organisation communiste (c’est-à-dire la riposte à toutes les actions entreprises contre elle), mais nous n’avons aucun intérêt à initier des actions offensives contre ces militants. Cela dit, contrairement à la Direction historique du PCR, nous acceptons comme une nécessité de la lutte des classes le fait que le développement d’une organisation révolutionnaire authentique fait nécessairement émerger des forces qui se dressent pour la combattre. Nous croyons donc qu’une organisation communiste doit absolument se préparer à cette éventualité et nous ne sommes pas scandalisés lorsque des collisions ont lieu. Au contraire, il faut avoir conscience du fait que les confrontations gagnent en intensité à mesure que l’organisation révolutionnaire prend de l’expansion et devient plus dérangeante pour la bourgeoisie.

L’attitude conciliatrice de la Direction historique vis-à-vis des forces petites-bourgeoises s’est manifestée à nouveau dans les semaines ayant suivi le Cinquième Congrès du Parti tenu à l’été 2021. Or, pour la première fois, elle a pris la forme de prises de position formelles et explicites, obligeant l’ensemble du Parti à réagir et à critiquer ouvertement les quatre membres fondateurs.

Rejetant pour de bon l’ancienne tactique du Parti, le Cinquième Congrès s’est prononcé en faveur d’un plan d’action s’appuyant sur un « domaine d’exclusion » qui écartait désormais explicitement toute forme d’ouverture envers des forces soi-disant « anti-capitalistes » ou « maoïstes » canadiennes. Or, peu de temps après le Congrès, les membres fondateurs du Parti, élus au sein du Comité central, ont agi de manière complètement contradictoire avec la volonté du Congrès.

À ce moment, il a été porté à notre connaissance qu’un processus d’unification des « maoïstes » canadiens était en cours. Ce processus, initié et dirigé par les Jeunes Socialistes, visait à réunir quatre organisations au sein d’un même mouvement : leur propre organisation, la carcasse du Revolutionary Communist Party (RCP), l’organisation « maoïste » postmoderne Revolutionary Initiative (RI), ainsi que le PCR. Pour la majorité des membres du PCR, il était évidemment hors de question de participer à un processus de réunification avec les éléments révisionnistes que le Parti avait rejetés quelques années auparavant, éléments défendant toujours des positions inconciliables avec la lutte véritable pour le communisme. La Direction historique a pourtant refusé de condamner fermement ce processus opportuniste et a même laissé la porte ouverte à une collaboration éventuelle avec les organisations pseudo-maoïstes canadiennes, provoquant un affrontement politique ouvert au sein du Comité central.

Niant complètement la lutte politique ayant eu lieu au cours des dernières années au sein du Parti dont ils sont issus, les Jeunes Socialistes ont cherché à effacer artificiellement des contradictions objectives pour pouvoir imposer leurs conceptions révisionnistes. Au lieu d’assumer leur origine politique, ils se sont présentés comme des militants communistes apparus spontanément et cherchant à faire l’unité. Mais les conceptions qu’ils représentent n’ont rien de nouveau. Ces pseudo-communistes ont notamment repris la méthode des paravents réformistes développée par les Opportunistes canadiens, méthode de construction révisionniste que nous avons critiquée et rejetée il y a déjà plusieurs années. Ils ont même radicalisé cette méthode en faisant disparaître entièrement de leur activité propagandiste et politique toutes références au communisme et à la révolution. Se dissimulant derrière des écrans ridicules tels que la « Ligue 33 », une pseudo organisation communautaire prônant des principes douteux et se consacrant à vendre (!) des services minables à des jeunes prolétaires, ou encore « l’Étoile du Nord », un média de qualité médiocre qui ne fait rien d’autre que refléter les mouvements spontanés sans chercher à produire la moindre révélation politique, ils cachent aux gens leur allégeance et leurs motivations réelles sous prétexte d’appliquer la « ligne de masse ». Ce ne sont rien d’autre que des manipulateurs de bas étage. L’absence d’initiative politique et l’opportunisme avancé des Jeunes Socialistes les ont même fait dégénérer au point d’appuyer le « Convoi de la liberté », un mouvement libertarien d’extrême-droite prônant l’infection massive des travailleurs à un virus extrêmement nocif pour la santé humaine. Ils se sont ainsi transformés en une organisation purement réactionnaire s’appuyant sur les éléments les plus arriérés des masses.

Cet automne, la porte ouverte laissée par la Direction historique à des organisations indignes a constitué une trahison impardonnable. Mais il faut admettre qu’elle n’en était pas à sa première conciliation. À sa fondation, le PCR a vu naître, à ses côtés, l’organisation Revolutionary Initiative (RI), une organisation minable défendant une ligne opportuniste et postmoderne. D’ailleurs, RI prône depuis toujours la méthode dont s’inspirent aujourd’hui les Jeunes Socialistes, soit celle de la dissimulation politique. Quoi qu’il en soit, la Direction historique a passé les années postérieures à 2007 à tenter de rapatrier cette organisation concurrente qui lui avait pourtant tiré dans le pied alors que le PCR tentait d’émerger comme seul parti communiste légitime au pays. À son 3e Congrès en 2014, le PCR a atteint des sommets d’avilissement en entérinant un processus d’unité avec RI qui n’aura jamais abouti faute d’intérêt de la part de la partie adverse. Force est aujourd’hui de constater que la Direction historique, à l’automne 2021, a été conséquente avec ses tendances conciliatrices d’autrefois et qu’elle n’a jamais vraiment cessé d’espérer fusionner avec n’importe quel groupe d’opportunistes petits-bourgeois.

À une époque où le communisme est pratiquement disparu, le fait de ne pas déployer tous ses efforts pour lui redonner une existence politique ouverte est tout simplement criminel pour des militants qui se disent « communistes ». De la même manière, générer des contre-mouvements afin de donner libre cours au subjectivisme et de mettre de l’avant des préoccupations petites-bourgeoises telles que « l’identité de genre » ou la « question trans », au moment où la situation mondiale est marquée par un aiguisement de la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie ainsi que par une aggravation dramatique des contradictions inter-impérialistes, cela revient tout simplement à faire du sabotage et à travailler pour la réaction bourgeoise. Les forces pseudo-communistes qui correspondent à cette description n’appartiennent tout simplement pas au même mouvement que le nôtre. De la même manière qu’il est hors de question pour nous de participer au grand mouvement postmoderne et de collaborer avec les forces qui le composent, il est hors de question de nous réunifier avec les forces pseudo-communistes canadiennes contre lesquelles nous avons lutté et contre lesquelles nous continuerons de lutter jusqu’à leur écrasement complet. Comme nous l’avons écrit dans notre Le Nouvel Idéalisme :

« [L]es communistes doivent s’éloigner le plus possible des organisations faussement d’extrême-gauche opposées au progrès de l’humanité et servant dans les faits la démocratie bourgeoise. La collaboration actuelle avec ces organisations petites-bourgeoises et anti-ouvrières ne peut rien apporter de bon, à moyen terme, à la cause de la révolution prolétarienne. Aujourd’hui, il convient plutôt de s’en démarquer radicalement dans la pratique. C’est seulement ainsi qu’il sera possible de gagner la confiance des masses à nouveau. Il faudra révéler par l’action que le mouvement communiste et le mouvement postmoderne luttent pour des objectifs complètement opposés, l’un cherchant à renverser le pouvoir bourgeois et l’autre cherchant au contraire à le consolider pour pérenniser l’exploitation capitaliste ».

La Direction historique dira que la lâcheté se trouve dans notre intransigeance envers les petits-bourgeois opportunistes, intransigeance qu’elle qualifie de refus du débat. Au contraire, nous défendons que la lâcheté se trouve dans les défilements aux allures d’unité, dans le refus de défendre une ligne politique en tant qu’organisation, et dans le fait de se réfugier derrière le plus petit dénominateur commun, et ce, à une époque où le communisme est liquidé, même par ceux qui prétendent lutter pour lui. Certes, la Direction historique a su défendre les idées communistes tant qu’elles demeuraient des abstractions, mais devant l’adversité, alors qu’il fallait les appliquer dans la réalité de la lutte politique, elle a préféré leur faire perdre leur tranchant. En somme, la Direction historique a empêché la reconstruction du Parti telle qu’elle était prévue en s’opposant à ses artisans et en essayant de tirer le processus vers l’arrière. La Direction historique s’est opposée aux transformations à chaque fois qu’elles se manifestaient concrètement dans la réalité. Les « débats » qu’elle prônait n’auront été qu’une mascarade.

Le PCR cède la place à l’Avant-garde communiste du Canada


La démission et la trahison des membres fondateurs du PCR nous oblige à tourner la page sur l’expérience qu’ils ont initiée il y a près de quarante ans.

L’histoire du PCR a été marquée par des lacunes majeures ainsi que par de nombreux errements et déviations l’ayant empêché de s’élever à un stade de développement politique et organisationnel supérieur. Ces défauts – que les ennemis du PCR chérissaient et voulaient voir se renforcer – auront finalement eu raison de l’organisation. Au bout du compte, l’expérience du PCR, malgré de nombreux apports positifs ayant servi de tremplin aux luttes à venir et ayant permis l’émergence d’une nouvelle génération de communistes, s’est soldée par un échec général.

Durant son existence, le PCR a néanmoins constitué une organisation authentiquement révolutionnaire – la seule organisation luttant sincèrement pour le communisme au Canada sans sombrer dans le légalisme et le révisionnisme. Les forces opportunistes, anarchistes et petites-bourgeoises qui l’ont attaqué dans les dernières années ont combattu en première ligne pour empêcher le développement de l’avant-garde du prolétariat canadien.

Les fondateurs du PCR ont eu le mérite d’avoir relancé, sur des bases anti-révisionnistes, la lutte révolutionnaire pour le communisme au Canada dans la période de reflux de la révolution mondiale et d’abandon du marxisme par les forces « anti-capitalistes » dans les pays impérialistes. Ils ont eu le mérite d’affirmer que la guerre populaire prolongée subsumait l’insurrection comme forme de lutte et stratégie pour prendre le pouvoir et qu’elle était applicable, sous une forme adaptée aux conditions matérielles, dans un pays comme le Canada. Ils se sont démarqués des organisations révisionnistes en développant une forme de travail illégal et en faisant notamment émerger des formes de lutte combatives dans la rue. Ils ont mis de l’avant la notion de formes objectives de l’action révolutionnaire en énonçant les quatre formes que sont la propagande classique, l’action révolutionnaire parmi les masses, la propagande armée et la guerre populaire. Cet héritage positif, nous continuerons à le défendre et à le développer.

Mais aujourd’hui, il est venu le temps de rompre pour de bon avec les nombreux aspects négatifs de l’expérience de la Direction historique. Entre autres, nous rejetons l’ultra-démocratisme et les méthodes d’organisation quasi-anarchistes qui ont caractérisé le PCR pendant la majeure partie de son existence et que sa Direction historique n’a jamais voulu abandonner. Dans cette lignée, nous dénonçons le maoïsme s’écartant du léninisme, maoïsme conçu comme étant plus démocratique que le marxisme-léninisme, comme ayant rompu avec le parti monolithique, et comme favorisant davantage la liberté d’expression, le débat, la direction politique et l’éducation idéologique. Les communistes ont toujours été en faveur de la direction politique et idéologique. Penser que le maoïsme est à l’origine de ces principes revient à calomnier le léninisme et à prôner une forme d’anarchisme.

Nous rejetons également la tactique ayant consisté à cantonner le Parti dans « l’extrême-gauche » tout en abandonnant dans les faits le travail de mobilisation vers la classe ouvrière – abandon politiquement motivé, par ailleurs, par une ligne anti-syndicale gauchiste (de 1986-2016) ayant eu pour effet de couper le Parti des luttes économiques spontanées du prolétariat. Nous avons d’autres réserves par rapport à l’incapacité d’avoir fait coexister un système de propagande dirigé et une activité révolutionnaire qui en découle, ce qui a donné lieu à l’action auto-suffisante, à la surenchère d’initiatives idéologiques isolées, au refus d’assumer les conséquences matérielles de la lutte idéologique, et à l’incapacité d’agir de manière conséquente avec les perspectives énoncées. Nous critiquons aussi l’interprétation empiriste qu’a fait la Direction historique de l’idée selon laquelle le critère de vérité se situe dans la pratique, interprétation qui conduit à penser qu’une ligne juste débouche nécessairement sur un succès immédiat.

La tâche d’aujourd’hui est de surmonter les lacunes importantes du PCR, de ne plus répéter les mêmes erreurs politiques et de mener de l’avant la lutte pour construire un véritable parti centralisé et professionnalisé capable de mener à terme le combat pour renverser la bourgeoisie. La Direction historique du PCR n’entendait pas s’acquitter de cette tâche. Elle a constitué, dans les dernières années, une force retardataire s’accrochant au passé. Par conséquent, elle s’est disqualifiée en tant que direction politique révolutionnaire. Refusant de reconnaître ses torts et de se retirer dignement de l’avant-scène, elle est finalement passée dans le camp des forces ouvertement hostiles à la construction du parti d’avant-garde centralisé au Canada.

En tournant le dos à la révolution, les membres fondateurs du PCR ont décidé de donner libre cours à leurs pires penchants au lieu de chercher à corriger leurs défauts. D’ailleurs, à présent qu’ils sont libres de développer leur propre activité, ils adoptent des points de vue complètement aberrants et anti-prolétariens. Par rapport à la pandémie de COVID-19, ils s’opposent désormais à la position que le Parti a défendue depuis le début de l’année 2020 : ils donnent de la légitimité au « Convoi de la liberté » et ils appuient la politique de « laisser-aller » et de contamination massive appliquée par l’État bourgeois. Pire encore, concernant la guerre actuellement en cours en Ukraine, ils ont adopté, à l’instar d’un grand nombre d’organisations anarchistes occidentales, une position s’alignant sur celle des impérialistes de l’OTAN. Ces prises de position complètement droitières témoignent du fait que les fondateurs du PCR ne sont pas à la hauteur des tâches qui incombent à l’avant-garde communiste et ne sont plus dignes d’être considérés comme des militants révolutionnaires.

En plus d’être motivée par la nécessité politique de tourner la page sur l’héritage le plus négatif du PCR, la dissolution du Parti a également été motivée par le constat que notre organisation ne possède tout simplement plus les éléments organisationnels requis pour être considérée comme un véritable parti prolétarien. C’est un fait objectif et il faut présenter les choses telles qu’elles sont. La scission de 2017 a entamé un long processus de reconstruction devant mener à remettre sur pied une véritable organisation révolutionnaire centralisée et à faire renaître le mouvement communiste au pays. L’Avant-garde communiste du Canada poursuivra ce long travail de reconstruction jusqu’à ce que les conditions requises pour la création d’un nouveau parti prolétarien soit atteintes.

La dissolution du PCR et la fondation d’une nouvelle organisation ne constituent pas pour nous un recul, bien au contraire. Débarrassés d’un boulet au pied, nous poursuivrons le travail propagandiste que nous avons entamé avec sérieux en plus de poursuivre notre action révolutionnaire. Forts de notre expérience de direction et de redressement des dernières années, nous nous sommes dotés d’un organe central, le journal Cause ouvrière, qui produira des révélations politiques à la classe ouvrière et qui agira comme un organisateur collectif.

En choisissant le nom d’Avant-garde communiste du Canada, nous choisissons d’assumer pleinement le rôle que les révolutionnaires doivent jouer auprès des masses ouvrières, rôle que refusent précisément d’embrasser les pseudo-communistes qui abaissent leur activité au niveau des masses « intermédiaires » et « arriérées » et qui consacrent leurs énergies à mettre sur pied des « réseaux » informes et apolitiques. Nous choisissons d’assumer fièrement l’histoire de notre mouvement et son héritage. Nous choisissons d’assurer la continuation de l’expérience historique du prolétariat et de mener une lutte ouverte et déclarée contre la société bourgeoise!


Poursuivons la lutte pour la professionnalisation de l’organisation révolutionnaire!
Bâtissons le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne!
Continuons avec détermination la lutte pour le communisme au Canada!