Navires de guerre en train de couler

La guerre actuelle en Ukraine est une guerre inter-impérialiste. Elle témoigne d’une aggravation qualitative des contradictions de l’impérialisme mondial ainsi que de l’aiguisement des contradictions entre la bourgeoisie et le prolétariat international. Bien qu’elle se déroule sur le territoire de l’Ukraine, la guerre oppose principalement l’impérialisme américain et l’impérialisme russe en émergence. Plus largement, elle résulte de l’aiguisement des contradictions économiques et politiques entre les États-Unis – qui occupent encore la position dominante dans la chaîne impérialiste mondiale – et leurs anciens et nouveaux concurrents impérialistes; entre les vieilles puissances de l’OTAN dirigées par les États-Unis et l’alliance impérialiste émergente composée de la Russie et de la Chine; et finalement entre les États-Unis et l’Union européenne – en particulier l’Allemagne. Se situant au carrefour de toutes ces contradictions, le conflit armé en Ukraine est hautement explosif et fait planer le danger d’une Troisième Guerre mondiale au-dessus des prolétaires de tous les pays.

La guerre actuelle est une guerre réactionnaire des deux côtés. Elle ne peut pas être analysée comme une « guerre d’agression » isolée d’un pays impérialiste contre un pays dominé ou d’une nation oppressive contre une nation opprimée – c’est-à-dire de la Russie contre l’Ukraine. Elle ne se compare d’aucune manière au bombardement de la Serbie par l’Otan en 1999, à l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, ou encore aux guerres israéliennes incessantes contre la Palestine. Bien que l’Ukraine soit le théâtre des opérations militaires – et bien que ce soit le peuple multinational de ce pays qui en souffre directement –, la guerre actuelle est la continuation par d’autres moyens d’un affrontement politique se déroulant depuis des années entre pays impérialistes, affrontement résultant lui-même de la concurrence économique entre la bourgeoisie de ces différents pays. Il s’agit de la forme violente d’une lutte antérieure des États bourgeois et des monopoles privés pour acquérir ou contrôler des sphères d’influence (politiques et économiques), des parts de marchés, des routes énergétiques, des voies de transport, de la main d’œuvre, des matières premières, des opportunités d’investissements, etc. Dans ce contexte, malgré les apparences véhiculées par les médias impérialistes occidentaux, il n’est pas possible d’identifier qui est « l’instigateur » du conflit. Dire que la Russie est purement à l’offensive tandis que l’Ukraine ne fait que se défendre, c’est jouer le jeu des impérialistes de l’OTAN qui parlent d’une « guerre non provoquée » afin de se présenter hypocritement comme les champions de la liberté des peuples. C’est souffler dans la trompette de l’impérialisme américain qui cherche à légitimer la guerre totale contre la Russie.

Depuis 2014, c’est-à-dire depuis le soulèvement nationaliste « Euromaidan » et le coup d’État dirigé par l’impérialisme américain, l’Ukraine est devenue une semi-colonie des États-Unis et de l’Union européenne. Ce coup d’État violent – accompli en grande partie par des milices néo-nazies appuyées par Washington – était lui-même l’aboutissement d’un long processus de déstabilisation et d’interventions directes des États-Unis visant à faire tomber l’Ukraine dans leur zone d’influence et à en faire un front anti-russe du capital financier occidental. Les impérialistes américains ont déversé des milliards de dollars dans le pays et s’y sont ingérés de manière totalement anti-démocratique en favorisant l’émergence d’un mouvement ultra-nationaliste hostile à la Russie. Le prélude du coup d’État de 2014 a été la « Révolution orange » de 2004, mouvement réactionnaire pro-occidental alimenté par les États-Unis.

Ces interventions impérialistes s’inscrivaient dans la politique plus large d’intégration économique des pays d’Europe de l’Est, d’expansion de l’OTAN et d’encerclement militaire de la Russie mises en œuvre par les États-Unis et leurs alliés depuis les années 1990. Au cours des dernières décennies, les impérialistes occidentaux ont constamment violé la promesse faite à Gorbatchev au moment de la chute du mur de Berlin selon laquelle le territoire de l’OTAN « ne serait jamais déplacé, ne serait-ce que d’un pouce vers l’Est ». L’OTAN a en effet intégré par vagues la majorité des pays de l’ancien Pacte de Varsovie, se rapprochant sans cesse des frontières russes. En plus d’avoir démantelé et bombardé la Yougoslavie, les impérialistes occidentaux ont favorisé, voire organisé des « révolutions de couleur » pro-occidentales dans plusieurs pays de l’ancien Bloc de l’Est, déployé des troupes en Europe de l’Est et multiplié les provocations militaires contre la Russie. En 2019, les États-Unis se sont retirés du traité INF de 1987 sur les missiles de portée intermédiaire après l’avoir violé, menaçant directement le territoire russe avec des lance-missiles installés en Europe. En accusant la Russie de mener une « guerre non provoquée », les impérialistes de l’OTAN font donc preuve d’une hypocrisie extrême.

Depuis 2014, l’Ukraine elle-même a servi de vaste front militaire et politique de l’impérialisme américain et ses alliés. En plus d’avoir déployé leurs propres soldats sur le territoire du pays, les impérialistes occidentaux – dont le Canada – ont fourni des armes et de l’entraînement aux forces armées ukrainiennes, y compris à des groupes paramilitaires ouvertement néo-nazis tels que le bataillon Azov, afin de les préparer pour la guerre contre la Russie. Depuis le coup d’État, le gouvernement ukrainien accepte complaisamment de servir de fantassin de l’impérialisme occidental. Il adopte une politique belliqueuse contre la Russie et agit lui-même à titre de gouvernement impérialiste sous les ordres des États-Unis.

Présenté par les médias occidentaux comme un héro défendant courageusement son peuple contre l’agression russe, le président actuel Volodymyr Zelensky est un bandit réactionnaire ayant poussé le peuple de son pays à servir de chair à canon pour l’impérialisme occidental. Loin d’avoir cherché à apaiser les tensions au cours de se présidence, il les a au contraire aggravées et doit donc être considéré comme l’un des principaux responsables de la situation actuelle. Par exemple, le gouvernement Zelensky a approuvé en mars 2021 une stratégie de « réintégration » visant à « rétablir la pleine souveraineté ukrainienne sur la Crimée et la ville de Sébastopol ». La ville de Sébastopol abritant la base navale de la flotte de la mer Noire de la marine russe depuis la dissolution de l’URSS, sa reconquête par la force aurait signifié le déclenchement de la guerre contre la Russie. Aujourd’hui, Zelensky contraint par la loi les hommes de son pays à se sacrifier pour une guerre réactionnaire. Continuant à prôner l’escalade militaire au lieu de la paix, il appelle ni plus ni moins au déclenchement de la Troisième Guerre mondiale en réclamant l’établissement d’une « zone d’exclusion aérienne » par l’OTAN, laquelle signifierait l’entrée en guerre directe des États-Unis et de ses alliés contre la Russie, et potentiellement contre la Chine.

Plus encore, ayant intégré les milices fascistes dans son appareil militaire, l’État ukrainien les a utilisées à partir de 2014 comme troupes de choc pour semer la terreur et faire la guerre aux républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk s’étant formées en réponse au coup d’État et à la montée du nationalisme ukrainien anti-russe. Il faut savoir que le régime ukrainien mis en place suite au renversement violent et illégal du président élu Viktor Ianoukovytch fait la promotion d’un chauvinisme agressif, brimant les droits linguistiques de l’importante population russophone du pays ainsi que d’autres minorités nationales. En plus, ce régime encourage la glorification des collaborateurs ukrainiens de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, dont Stepan Bandera, dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B) et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) responsables de massacres de dizaines de milliers de Juifs et de Polonais pendant la guerre ainsi que de la lutte sanglante contre les partisans soviétiques antifascistes, et ce, pour le compte d’Hitler. Cherchant à effacer l’héritage soviétique de la mémoire du peuple ukrainien – héritage dont le rejet fusionne automatiquement avec le chauvinisme anti-russe en Ukraine pour des raisons historiques –, le gouvernement ultra-réactionnaire du président Petro Porochenko a fait passé en 2015 les « lois de décommunisation » interdisant les symboles et la propagande communistes, démolissant les monuments soviétiques et rendant illégales les organisations se revendiquant du communisme, dont le bien connu Parti communiste d’Ukraine. Cette vaste offensive anti-communiste s’est produite dans un contexte où, depuis 2014, des milliers de fascistes défilent ouvertement dans les rues, sèment la terreur, persécutent les Roms, commettent des actes antisémites et anti-russes et se rendent coupables de graves exactions. L’un de leurs crimes les plus abjects a été l’incendie de la Maison des syndicats d’Odessa le 2 mai 2014, événement lors duquel les milices néo-nazies ont brûlé vifs et battu à mort, dans l’impunité la plus totale, une cinquantaine de militants syndicaux, pro-communistes et anti-Maidan qui s’étaient réfugiés dans le bâtiment.

Dans ce contexte, la population russophone du Donbass a eu parfaitement raison de se dresser contre le régime nationaliste ukrainien, et elle avait le droit de proclamer son indépendance afin que ses droits soient respectés (tout comme la population de la Crimée avait le droit de vouloir quitter l’Ukraine et de rejoindre la Fédération de Russie). Malgré le fait qu’elle a été clairement exprimée lors de référendums, la volonté démocratique du peuple du Donbass a été totalement ignorée par le gouvernement réactionnaire ukrainien ainsi que par l’influent mouvement fasciste sur lequel il s’appuie. Les nationalistes ukrainiens ont préféré soumettre la population du Donbass à une guerre meurtrière en recourant notamment à des bombardements réguliers contre les infrastructures civiles et les zones résidentielles. Entre 2014 et 2020, cette guerre a fait 14 000 morts selon l’ONU, y compris 5 650 combattants séparatistes et 3 350 civils. Le gouvernement et les fascistes ukrainiens ont par ailleurs bafoué à plusieurs reprises les Accords de Minsk de 2015 qui étaient censés mettre fin au conflit – accords d’ailleurs ignorés par les impérialistes américains souhaitant une confrontation avec la Russie.

La guerre n’a pas commencé avec l’entrée des troupes russes en territoire ukrainien. Mais l’intervention directe de l’impérialisme russe a changé son caractère et lui a fait prendre des proportions monstrueuses. Si la résistance armée du peuple du Donbass contre les fascistes ukrainiens et pour l’affirmation de son droit à l’autodétermination était légitime et juste (malgré le fait qu’elle faisait aussi la place à des tendances nationalistes réactionnaires), cette guerre s’est transformée en guerre réactionnaire contre le peuple ukrainien et pour la défense des intérêts stratégiques des monopoles russes. Utilisant le prétexte de la « dénazification » et de la « protection » des russophones, le gouvernement russe a instrumentalisé la lutte démocratique et anti-fasciste des populations du Donbass – ainsi que le puissant sentiment anti-nazi qui habite encore les masses russes depuis l’invasion allemande de 1941 – afin de déclencher une guerre visant en réalité à protéger les intérêts de la grande bourgeoisie russe en brisant l’un des fronts de son rival américain. Bien qu’il s’agisse d’une réaction à une expansion américaine agressive, il n’en demeure pas moins qu’en bombardant l’Ukraine – dont la capitale Kiev – et en y déployant ses troupes au-delà du Donbass, le gouvernement impérialiste de Vladimir Poutine cause des souffrances affreuses aux masses ukrainiennes, contribue à dresser les peuples russe et ukrainiens les uns contre les autres, aggrave les contradictions mondiales et joue un rôle majeur dans l’escalade vers la guerre mondiale.

Au moment du déclenchement de son « opération militaire spéciale », Poutine a d’ailleurs justifié son offensive en faisant appel au chauvinisme grand-russe et en niant ouvertement le droit de la nation ukrainienne à l’auto-détermination, déclarant que Lénine avait eu tort de reconnaître le droit à la séparation des peuples non-russes conformément aux justes principes bolchéviques quant à la question nationale. Salissant la mémoire de l’URSS en calomniant Lénine et Staline et en s’attaquant au bilan de la propriété collective, Poutine, que les médias occidentaux présentent faussement comme un continuateur de Staline qui aurait pour objectif de restaurer l’URSS, cherche à effacer, tout comme les nationalistes ukrainiens, le passé soviétique de la Russie et de l’Ukraine, allant jusqu’à prôner une « décommunisation » plus conséquente que celle mise en œuvre par le gouvernement ukrainien. En dépit de ce qu’affirment, d’une part, les bourgeois russes voyant l’histoire de l’URSS comme un échec sanglant, et d’autre part, les bourgeois ukrainiens faisant la promotion de mythes nationalistes et nazis tels que « l’Holodomor », les peuples ukrainiens et russe ont vécu dans l’amitié et dans la paix sous le pouvoir des soviets et sous le régime de la propriété collective. Garantissant l’égalité des langues et des nations, les Bolchéviks dirigés par Lénine et Staline ont permis à la nation ukrainienne de s’émanciper de l’oppression nationale. Loin d’avoir été « russifiée » de force par Staline comme plusieurs l’affirment mensongèrement, la nation ukrainienne a pu, dans les années 1920 et 1930, développer sa langue et sa culture nationale comme jamais auparavant avec la reconnaissance de la langue ukrainienne dans l’appareil d’État, avec l’alphabétisation massive de la population ainsi qu’avec la création d’un grand nombre de journaux, d’écoles, de livres, de théâtres, etc. Il faut également mentionner le développement industriel prodigieux qu’a connu l’Ukraine grâce à la planification économique soviétique. Le 17 mars 1991, malgré 35 ans de politiques révisionnistes et de destruction de l’économie socialiste initiées par le traître Khrushchev en 1956, les Ukrainiens ont voté à plus de 70% en faveur du maintien de l’Union soviétique lors d’un référendum, témoignant ainsi de l’attachement profond des masses populaires à l’héritage communiste du pays. Si les Ukrainiens et les Russes avaient encore fait partie d’un même État socialiste multinational comme le souhaitaient les masses, la guerre actuelle n’aurait jamais pu éclater.

Alors que les impérialistes et les traîtres avaient proclamé en 1991 que la disparition de l’Union soviétique inaugurerait une nouvelle ère de paix en Europe et dans le monde, les événements actuels prouvent de manière éclatante qu’ils avaient tort. En fait, la restauration du capitalisme entamée par Khrushchev et « finalisée » par Eltsine n’a fait qu’apporter des souffrances aux masses de l’ancienne URSS en plus de semer la division et d’attiser la haine nationale. La guerre actuelle prouve également la thèse de Lénine, reprise et défendue par Staline jusqu’à sa mort, thèse selon laquelle la guerre entre les pays capitalistes est inévitable et selon laquelle la seule manière de supprimer l’inévitabilité des guerres est de supprimer l’impérialisme. Pour atteindre la paix durable, l’unique solution réside dans l’établissement de nouvelles républiques soviétiques, en Europe et partout dans le monde, républiques qui, une fois constituées, s’uniront pour former une seule et même République soviétique universelle afin d’avancer vers le communisme mondial. Sans l’instauration du socialisme partout sur la planète, le monde continuera d’être une vaste poudrière susceptible d’exploser à tout moment.

Suite au démembrement et à la destruction de l’URSS, la Russie dirigée par le sous-fifre Eltsine s’est trouvée écrasée sous la botte de l’impérialisme américain. Les privatisations, encouragées et dirigées par les États-Unis, ont conduit à un véritable désastre économique et humanitaire dans les années 1990. Pendant que la nouvelle bourgeoisie russe bradait le bien public au capital international et accumulait, à une vitesse fulgurante, des fortunes honteuses, les masses russes étaient soumises à une diminution brutale de leur niveau de vie, incluant une baisse dramatique de leur espérance de vie. Tout cela se passait sous le regard satisfait des impérialistes américains, qui entretenaient alors de bonnes relations avec leur protégé Eltsine. L’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir au début des années 2000 a représenté un tournant. Poutine représentait la fraction « éclairée » du capital russe, celle défendant ses intérêts stratégiques contrairement à la fraction bourgeoise ayant préféré, dans les années 1990, sacrifier ses propres intérêts stratégiques au profit d’un enrichissement ultra-rapide. Poutine a redressé l’économie russe et affirmé les ambitions impérialistes de la bourgeoisie de son pays. Aujourd’hui, bien que la bourgeoisie russe soit encore faible sur le plan économique par rapport à la bourgeoisie américaine (et même par rapport à la bourgeoisie de puissances impérialistes occidentales secondaires comme le Canada), elle détient entre ses mains les leviers capitalistes du pays, les monopoles russes étant principalement contrôlés par le capital national et non par le capital étranger. Aussi, la bourgeoisie russe cherche à accroître son exportation de capitaux, à étendre ses sphères d’influence et se développe indéniablement en bourgeoisie impérialiste montante. Actuellement, la faiblesse économique relative de l’impérialisme russe est par ailleurs compensé par ses énormes capacités militaires, la Russie constituant la deuxième puissance militaire après les États-Unis et détenant le deuxième arsenal nucléaire dans le monde. Cette puissance militaire confère à la bourgeoisie russe une capacité de projection et d’extension internationales, comme on l’a vu au cours de la dernière décennie avec son intervention militaire en Syrie, pays où la Russie détient des investissements dans le secteur énergétique.

Il n’en demeure pas moins que pendant une période de plus d’une décennie suite à la dislocation de l’URSS, les États-Unis et les pays de OTAN sous leur direction, sortis vainqueur de la Guerre froide, se sont retrouvés dans une position de domination complète, sans concurrent impérialiste ouvertement hostile à affronter (la Chine n’étant pas encore devenue une puissance impérialiste bien que le capitalisme y avait été restauré depuis la fin des années 1970). Les impérialistes américains ont d’ailleurs constitué la force la plus agressive et la principale source d’instabilité et de violence dans le monde (y compris en Europe) au cours des trois dernières décennies. Ayant fait des millions de victimes – principalement au Moyen-Orient – seulement depuis le début des années 2000, les États-Unis et l’OTAN n’ont absolument aucune leçon de morale à donner à la Russie ou à quiconque. Mais la domination absolue des États-Unis et de l’OTAN ne pouvait pas se maintenir éternellement. En effet, le développement économique inégal de l’impérialisme empêche toute forme de stabilité ou d’équilibre à l’intérieur du système mondial du capitalisme. Il fait toujours entrer de nouveaux compétiteurs et de nouveaux groupements hostiles d’États impérialistes dans l’arène mondiale. Ainsi, la montée, relativement récente, de nouveaux concurrents impérialistes – soit la Chine et la Russie – ont quelque peu modifié le rapport des forces à l’échelle internationale. Ce changement a poussé l’impérialisme américain, toujours dominant, à adopter une politique agressive pour « endiguer » ces deux pays et maintenir sa suprématie. La rivalité entre l’impérialisme américain et le « bloc » sino-russe en émergence cristallise en ce moment les contradictions de l’impérialisme mondial et constitue la source de l’aggravation de ces contradictions.

En arrière plan de la guerre actuelle en Ukraine se trouvent ainsi les contradictions économiques opposant les monopoles des États-Unis et des pays de l’OTAN aux monopoles russe et chinois, mais aussi les contradictions économiques opposant les États-Unis (et le Canada) à l’Union européenne. L’un des enjeux économiques les plus immédiats et les plus apparents de la guerre actuelle concerne l’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel. Il faut savoir qu’avant la guerre, environ 45% des importations de gaz naturel de l’Union européenne provenaient de la Russie, faisant de ce pays le principal fournisseur de l’Europe. Dans le cas de l’Allemagne, c’est 55% de l’approvisionnement en gaz qui était assuré par les monopoles russes dont Gazprom. L’alimentation de l’Europe en gaz russe se fait à travers quatre grandes voies d’approvisionnements : les gazoducs passant par l’Ukraine, le Yamal-Europe passant par la Biélorussie, le Blue Stream et le Turk Stream passant par la Turquie, ainsi que le Nord Stream 1 reliant directement la Russie et l’Allemagne via la Mer Baltique. Un deuxième gazoduc suivant ce dernier tracé – le Nord Stream 2 – a été achevé à l’automne 2021. Ce projet de 11 milliards de dollars fortement appuyé par l’Allemagne et par la Russie était dénoncé depuis longtemps par les États-Unis, inquiets de voir se renforcer les relations entre les deux pays et désireux de vendre leur propre gaz de schiste aux Européens. Le projet, qui allait permettre à la Russie d’augmenter ses possibilités de livraison sans passer par l’Ukraine – pays ayant eu de nombreux « conflits gaziers » avec son voisin au cours des deux dernières décennies –, était également dénoncé par la bourgeoisie ukrainienne craignant de perdre les revenus tirés du transit du gaz russe. Sous la pression de l’impérialisme américain, l’Allemagne a finalement décidé d’interrompre le projet en réponse à la reconnaissance par la Russie des républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk. Depuis, les Américains poursuivent leur offensive pour s’emparer du marché détenu par la Russie en Europe. Le 25 mars dernier, les États-Unis ont conclu une entente prévoyant l’augmentation des livraisons de gaz naturel liquéfié américain vers l’Union européenne et visant à remplacer au moins 15 milliards de mètres cubes de gaz russe en 2022. Des secteurs de la bourgeoisie canadienne salivent également devant le chaos économique européen et s’activent pour que les autorités accélèrent le développement d’infrastructures qui permettraient de liquéfier et d’exporter le gaz naturel canadien vers l’Europe.

Les contradictions entourant le marché et les voies de transport du gaz sont un exemple important de contradictions économiques alimentant le conflit actuel. Mais elles ne sont pas les seules. En dernière analyse, c’est la somme de toutes les contradictions opposant les monopoles américains, canadiens, européens, russes et chinois qui est à l’origine de la guerre impérialiste actuelle en Ukraine, et ce, même si toutes ces contradictions n’en constituent pas nécessairement la source directe et consciente. Il faut également mentionner que la militarisation de l’économie et la conduite de guerres impérialistes font partie des principaux moyens pour assurer le profit maximum aux monopoles, permettant aux grands capitalistes de s’enrichir grâce aux commandes de matériel militaire payées à même le budget des États bourgeois. Tout comme l’inflation, la guerre est aussi un moyen utilisé par la bourgeoisie pour surmonter temporairement les crises économiques et en transférer le poids sur les masses populaires de tous les pays. La militarisation et la guerre ne constituent pas un accident : elles sont une composante nécessaire du capitalisme monopoliste.

Évidemment, les divers gouvernements impérialistes masquent ces faits et déploient tous les efforts propagandistes possibles pour convaincre les masses que la guerre qu’ils mènent est juste; que leur ennemi est coupable de tous les crimes et qu’il doit être combattu par tous les moyens. Actuellement, on tente de présenter la guerre contre la Russie comme étant une guerre de la « démocratie » contre la « dictature ». Il s’agit d’une pure hypocrisie. Tout d’abord, personne ne peut ignorer que les démocraties bourgeoises comme les États-Unis et le Canada ont appuyé et appuient certains des régimes les plus autocratiques à travers le monde, comme par exemple la monarchie saoudienne – qui mène d’ailleurs présentement, sous les ordres directs des États-Unis, une guerre dévastatrice au Yémen dans le silence presque complet des médias impérialistes occidentaux. Les impérialistes occidentaux, Américains à leur tête, ont renversé une panoplie de gouvernements démocratiquement élus (Mossadegh en Iran en 1956, Allende au Chili en 1973, Aristide en Haïti en 2004, etc.) dans le passé pour les remplacer par des régimes souvent dictatoriaux servant leurs intérêts. En ce qui concerne l’Ukraine, les impérialistes occidentaux ont approuvé le renversement illégal d’un président élu – dont le parti a été interdit et démantelé –, appuyé et armé un mouvement fasciste et néo-nazi, et soutenu un gouvernement faisant passer des lois répressives et anti-démocratiques, notamment contre les minorités linguistiques. Récemment, le « grand démocrate » Zelensky a banni 11 partis d’opposition (principalement de gauche) accusés d’entretenir des liens avec la Russie.

Mais surtout, l’État russe actuel ne se distingue pas fondamentalement des démocraties bourgeoises en place aux États-Unis, au Canada et dans l’Union européenne, malgré certaines particularités. Contrairement à ce que clament les idéologues impérialistes occidentaux, Vladimir Poutine n’est pas un fasciste, et la guerre qu’il mène n’est pas la réédition des guerres d’annexion et d’extermination hitlériennes. Poutine est simplement un politicien bourgeois impérialiste, tout comme le sont Joe Biden et Justin Trudeau.

De la même manière, la guerre menée par la Russie n’est pas une guerre anti-fasciste et progressiste. Même s’il est vrai que l’armée russe livre bataille aux milices néo-nazies ukrainiennes, et même si l’intervention russe peut avoir un effet bénéfique à court terme en affaiblissant ou détruisant militairement certaines organisations fascistes, elle ne peut qu’alimenter, à long terme, les conditions ayant favorisé l’émergence de ces organisations en attisant le nationalisme ukrainien anti-russe. L’escalade militaire et les crimes commis contre les masses ukrainiennes ne peuvent conduire à aucune solution susceptible de maintenir la paix. L’éradication effective du mouvement fasciste ukrainien dans son ensemble ne pourra être accomplie que par la mobilisation de la classe ouvrière multinationale d’Ukraine.

Que ce soit aux États-Unis, au Canada, en Ukraine ou en Russie, les prolétaires n’ont aucun intérêt dans cette guerre impérialiste. Dans chaque pays, les travailleurs doivent lutter contre « leur » propre gouvernement réactionnaire et refuser d’appuyer le bellicisme de « leur » bourgeoisie. Dans le cas du prolétariat ukrainien, cela signifie s’opposer à Zelensky, aux Forces armées de l’Ukraine, aux milices néo-nazies et à la guerre contre les Russes. Cela signifie promouvoir la paix et l’amitié entre les peuples, mettre de l’avant le slogan de l’égalité absolue des langues et des nations et exiger le respect des droits des minorités nationales, y compris le droit du peuple russophone du Donbass à former des républiques séparées. Dans le cas du prolétariat russe, cela signifie s’opposer au gouvernement de leur pays, s’opposer à la guerre impérialiste et exiger le retrait des troupes russes de l’Ukraine. Cela signifie combattre le nationalisme russe et exiger le respect du droit de la nation ukrainienne à l’auto-détermination. Dans le cas du prolétariat des pays de l’OTAN comme le Canada, cela signifie s’opposer aux livraisons d’armes et à l’envoi de mercenaires en Ukraine, s’opposer à l’appui accordé à Zelensky et aux combattants nationalistes ukrainiens, s’opposer aux déploiements de troupes de l’OTAN en Europe de l’Est et s’opposer à la frénésie militariste de la bourgeoisie. Cela signifie aussi s’opposer aux sanctions économiques contre la Russie, au bannissement des médias russes, à l’hystérie anti-russe générale qui contribue à créer un climat favorable à la guerre contre la Russie.

Nous assistons présentement à une véritable escalade vers la Troisième Guerre mondiale, laquelle, si elle est déclenchée, opposerait pour la première fois des puissances nucléaires entre elles et pourrait ainsi conduire à un niveau de destruction jamais connu dans l’histoire de l’humanité. Tous les gouvernements impérialistes, au lieu de chercher l’apaisement et les méthodes diplomatiques, choisissent d’attiser les tensions et adoptent une attitude de plus en plus hostile envers leurs concurrents. Un peu partout, on assiste à une course aux armements et à une militarisation accrue. Pour la première fois dans son histoire, l’Union européenne a décidé de se doter d’une force militaire propre pour mener des « opérations de combat », censée être opérationnelle d’ici 2025. Plusieurs pays européens ont également annoncé des augmentations importantes de leurs budgets militaires, notamment l’Allemagne, la Belgique, la Norvège et le Danemark. Dans le cas de l’Allemagne, les dépenses militaires atteindront cette année le montant record de 50 milliards d’euros, auxquels s’ajoute en plus une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d’euros qui seront utilisés sur plusieurs années pour moderniser l’armée. En plus de livrer des armes de guerre en quantité massive au gouvernement ukrainien, l’OTAN a déployé 40 000 soldats en Europe de l’Est en prévision d’un affrontement direct éventuel avec la Russie. À eux seuls, les États-Unis ont déployé 100 000 soldats en Europe. Les prolétaires de tous les pays doivent s’opposer à toutes ces actions et se dresser contre le danger de guerre mondiale.

Le Canada, pays membre de l’OTAN, participe pleinement à cette grande escalade guerrière. Après avoir eu une présence militaire directe en Ukraine – 33 000 soldats ukrainiens ayant été formés sur place par le Canada depuis 2015 dans le cadre de l’Opération UNIFIER –, le Canada fournit désormais de l’équipement militaire (armes antichars, fusils de précision, gilets pare-balles, etc.) en quantité massive aux forces armées ukrainiennes, alimentant la guerre contre les Russes au lieu de chercher à encourager une résolution pacifique du conflit. Le Canada a également renforcé sa présence militaire en Europe de l’Est en déployant des centaines de soldats supplémentaires. Présentement, environ 1 375 membres des Forces armées canadiennes sont actuellement déployées en Europe centrale et en Europe de l’Est dans le cadre de l’opération REASSURANCE de l’OTAN, y compris 500 marins à bord de deux frégates, 695 militaires dirigeant « un groupement tactique » en Lettonie, 140 membres de l’Aviation royale canadienne et six avions de chasse CF-18 participant aux « activités de police aérienne renforcées » de l’OTAN. De plus, 3 400 membres des Forces armées canadiennes sont en état d’alerte et peuvent être déployés au besoin au sein de la Force de réaction de l’OTAN. Et c’est sans parler des plus de 1 000 combattants volontaires canadiens que le gouvernement a autorisé complaisamment à rejoindre la « résistance » armée en Ukraine contre la Russie. Lors du dépôt du budget 2022, le gouvernement Trudeau a également annoncé une augmentation de 2 milliards de dollars par année de ses dépenses militaires en plus d’une aide militaire supplémentaire de 500 millions de dollars à l’Ukraine. À cette occasion, la ministre des finances Chrystia Freeland a déclaré que « les démocraties du monde – y compris la nôtre – ne seront en sécurité que lorsque le tyran russe et ses armées auront été entièrement vaincus », témoignant de l’excitation belliciste qui anime présentement les représentants de la bourgeoisie canadienne.

Les travailleurs canadiens doivent s’opposer avec vigueur à toutes les actions de « leur » gouvernement impérialiste ayant pour effet de contribuer à l’escalade militaire en Europe, en exigeant notamment le rapatriement immédiat de toutes les troupes canadiennes déployées à l’étranger, la cessation immédiate des livraisons d’armes à l’Ukraine, l’interdiction des combattants volontaires canadiens et le démantèlement complet de l’OTAN. Ils doivent s’opposer à toute forme de soutien à la « résistance » armée ukrainienne contre l’armée russe, « résistance » qui constitue automatiquement une participation à la guerre impérialiste sous la bannière de l’OTAN. Ils doivent refuser de répondre aux mots d’ordre de la bourgeoisie canadienne, lutter contre le patriotisme bourgeois et refuser catégoriquement de se ranger derrière le drapeau ukrainien, symbole d’un mouvement national réactionnaire servant à renforcer l’impérialisme occidental et constituant l’étendard d’une guerre injuste. Ils doivent s’opposer aux sanctions du gouvernement canadien contre la Russie, sanctions qui affectent les prolétaires russes innocents et qui contribuent à aggraver les contradictions inter-impérialistes. Ils doivent s’opposer à la guerre contre la Russie et à toute guerre impérialiste dans laquelle participe la bourgeoisie canadienne, en se rappelant que seule la classe ouvrière de chaque pays peut lutter contre « sa » propre classe dominante et la renverser. Surtout, les prolétaires du Canada doivent lutter pour la révolution socialiste afin de supprimer la cause des guerres et d’instaurer la paix mondiale définitive.