Travailleurs de la constructions tournés vers l'horizon
***Ce texte a été rédigé et publié avant la dissolution du Parti communiste révolutionnaire (PCR), par les militants ayant fondé l’Avant-garde communiste du Canada et travaillant désormais au sein de cette dernière organisation.

En ce 1er mai 2020, Journée internationale des travailleurs et des travailleuses, nous publions ce texte pour rappeler aux prolétaires du Québec et du Canada que l’avenir de leur classe ne réside pas dans la société bourgeoise actuelle, société au sein de laquelle leur valeur n’est pas reconnue, au sein de laquelle leur voix est enterrée et dans laquelle ils sont constamment foulés aux pieds par la classe dominante qui les exploite. En ce 1er mai 2020, rappelons-nous que le combat à venir, c’est le combat pour le pouvoir prolétarien!

Parmi tout ce que la « crise de la COVID-19 » a fait apparaître au grand jour, il y a le fait que la société bourgeoise repose entièrement sur le travail physique et concret du prolétariat. Plusieurs intellectuels clamaient pourtant depuis des décennies que les prolétaires et les ouvriers n’existaient plus dans les pays comme le Canada. Ces idéologues bourgeois affirmaient que l’exploitation d’une classe par une autre ne correspondait plus à la réalité contemporaine et que tout le monde se fondait désormais dans une sorte de marmelade confuse et homogène. Ils affirmaient aussi que le travail manuel avait été remplacé par le travail « immatériel » et autres inepties du même genre. Mais voilà : avec les mesures de confinement des dernières semaines, toutes ces affirmations se trouvent clairement réfutées par les faits. Dès le début de la crise, on a vu apparaître une division tangible, une division on ne peut plus nette entre les personnes qui, d’un côté, ont pu poursuivre leur occupation habituelle en faisant du « télé-travail » et celles qui, de l’autre côté, ont été privées de leur gagne-pain ou bien ont été obligées de continuer à se rendre physiquement sur leurs lieux de travail (puisqu’elles occupaient un emploi « essentiel »). Qu’est-ce que cela signifie? Cela veut dire que la division sociale du travail est encore bien réelle, mais aussi que le fonctionnement de la société repose encore et toujours sur l’action matérielle quotidienne d’une masse de prolétaires. Cette masse de travailleurs et de travailleuses compose encore, d’ailleurs, la majorité de la population (ce qui se confirme aisément lorsque l’on jette un œil aux statistiques disponibles), et ce, malgré tout le tapage que font régulièrement les artistes, les journalistes, les professeurs d’université et les « personnalités publiques » en tout genre pour nous convaincre que le cœur de la société, ce sont les gens comme eux. Le confinement a également mis en lumière la contradiction fondamentale de la société actuelle, celle entre la bourgeoisie et le prolétariat. Nous avons vu, en effet, que les événements réels qui surviennent dans la société affectent les gens d’une manière radicalement différente selon qu’ils font partie de la minorité de riches vivant de revenus tirés de leur capital et ayant en leur possession des réserves d’argent considérables, ou bien qu’ils font partie de la vaste majorité de gens modestes ou pauvres vivant du travail salarié et ayant peu ou pas d’épargne. Pour les bourgeois, qui n’ont aucune obligation de travailler pour vivre, le confinement ne représentait pas un grave problème. Pour les prolétaires, qui dépendent de leur salaire pour leur survie et qui n’ont pratiquement pas de marge de manœuvre en cas d’ennuis, le confinement signifiait l’insécurité économique, l’angoisse et l’appauvrissement.

Les faits sont difficiles à démentir (même si la petite-bourgeoisie est experte en la matière) et les idéologues qui niaient, il n’y a pas longtemps, l’existence de la classe prolétarienne et la réalité du travail physique et exploité devront se faire silencieux pendant un moment. En effet, l’actualité médiatique a été occupée pendant des jours – surtout au début de la crise – par la réalité de différents groupes de prolétaires et d’ouvriers, groupes occupant diverses fonctions au sein du grand procès social de travail qui produit la société telle qu’elle existe. L’économie constituant la base de la société, il va de soi qu’une réorganisation aussi importante de la vie sociale qu’un confinement généralisé ne pouvait pas être axée sur autre chose que sur la réorganisation des grands secteurs de la production et du travail : transport, fabrication, commerce, services publics et utilités publiques, etc. Au sein de ce vaste procès de travail, il a par exemple fallu distinguer ce qui était « essentiel » de ce qui était « non-essentiel ». Alors que les travailleurs et les travailleuses de certaines catégories ont dû cesser complètement leur activité, d’autres ont été obligés de rester en poste, par exemple pour assurer la production des aliments, pour assurer le maintien des chaînes d’approvisionnement ou encore pour faire fonctionner les hôpitaux et l’ensemble du réseau de la santé. On a bien vu que sans la continuité du travail concret de ces milliers de prolétaires, tout allait s’écrouler. On s’est d’ailleurs mis à voir plein de petits-bourgeois (lesquels, en temps normal, ne s’intéressent pas le moindrement à la réalité de la production et du grand procès de travail qui leur permet de vivre) affirmer sur les réseaux sociaux qu’ils portaient attention pour la première fois au travail des employés de magasins, des caissières, des camionneurs, des livreurs, etc. Plusieurs de ces petits-bourgeois en quête d’attention se sont mis à remercier, de manière ostentatoire, ces travailleurs et ces travailleuses. Évidemment, ce n’était que pour se donner bonne conscience et « se racheter » de les avoir ignorés pendant des années – ce qu’ils vont d’ailleurs bien vite recommencer à faire.

En temps normal, les travailleurs et les travailleuses ne font pas les manchettes et ne reçoivent pas d’éloges. En règle générale, leur réalité n’intéresse peu ou pas les médias. En effet, dans la société capitaliste, ce sont les personnalités qui ont accompli des « exploits » individuels qui sont mises sur un piédestal. Les gens qui sont encensés dans les médias, ce sont les sportifs bourgeois comme Laurent Duvernay-Tardif, les artistes fils-à-papa comme Xavier Dolan, les « entrepreneurs » à la Alexandre Taillefer, les activistes vedettes à la Dominique Champagne, les astronautes comme David Saint-Jacques, les chanteurs, les écrivains, les chercheurs universitaires, les aventuriers, etc. Si la société bourgeoise met ces personnalités de l’avant, c’est pour renforcer l’illusion que ce sont les individus qui produisent le monde et non les masses. Ainsi, la bourgeoisie cherche à véhiculer l’idée que certains individus particulièrement intelligents et talentueux ont tout bâti et ont tout construit, alors qu’en réalité, tout a été produit par le travail combiné de millions de prolétaires anonymes qui n’ont jamais demandé l’attention de personne. En fait, les « grandes personnalités » ne produisent à peu près rien du tout. Leurs « accomplissements » ne sont rien d’autre que le produit de l’activité des millions d’êtres humains qui les entourent et qui sont venus avant eux, produit qu’ils s’approprient pour briller, se construire une carrière, s’enrichir et surtout, ne pas avoir à travailler comme tout le monde. Souvent, ces personnes ont bénéficié de conditions matérielles extrêmement favorables qui leur ont permis de développer leurs « talents » et à présent, elles s’en servent pour parasiter la société, ce qui est d’ailleurs la seule chose qu’elles savent faire. En général, ces « héros » de la bourgeoisie regardent les prolétaires de haut et jugent leur vie bien trop « ordinaire » pour être digne d’intérêt. Pourtant, les véritables héros, ce sont les millions de travailleurs et de travailleuses sans histoire qui s’activent chaque jour pour apporter leur petite contribution à la vie sociale. Les vrais héros, ce sont ces millions de prolétaires qui prennent part quotidiennement au vaste processus collectif transformant le monde et améliorant le bien-être de l’humanité. En réalité, la chose la plus noble et la plus élevée qu’il soit possible d’accomplir, ce n’est pas l’obtention d’un doctorat, la réalisation d’une œuvre d’art, la victoire aux Jeux Olympiques, le fait d’être allé dans l’espace ou d’autres choses du même ordre. Au contraire, la chose la plus admirable qu’il soit possible de faire, c’est réaliser quotidiennement avec ses camarades une simple tâche parcellaire au sein du grand procès social de production et de travail qui permet à l’humanité de vivre. Prises séparément, ces tâches semblent à première vue n’avoir rien d’extraordinaire. Mais lorsqu’on les prend comme un tout, on saisit toute leur importance : on comprend que chacune d’entre elle est nécessaire à la reproduction de la société et que s’il n’y avait personne pour les accomplir humblement, la civilisation humaine s’effondrerait en un instant.

Cela dit, depuis le début de la crise, quelque chose d’anormal semble être en train de se passer. Alors que d’habitude, ce sont les « héros » de la bourgeoisie qui occupent toute la place dans les médias, on entend tout à coup parler des prolétaires et de leur rôle indispensable dans la société. Le premier ministre Legault, dès le début de l’état d’urgence sanitaire, a par exemple semblé vouloir exprimer une profonde gratitude envers les infirmières et les préposées aux bénéficiaires en se mettant à les appeler « nos anges gardiens ». Plus encore, lors de ses insupportables « remerciements du jour », il s’est mis à louer les efforts quotidiens de toutes sortes de catégories spécifiques de travailleurs et de travailleuses. Parmi les prolétaires encore au travail, presque tout le monde y est passé, du personnel des hôpitaux aux caissières de magasins, en passant par les livreurs et les camionneurs. Que s’est-il passé? Les rapports entre les classes ont-ils changé dans la société? Pas le moindrement. En réalité, la « glorification » de certaines catégories de travailleurs et de travailleuses à laquelle on a assisté dernièrement n’avait rien à voir avec une réelle reconnaissance, par la société bourgeoise, de leur contribution. La bourgeoisie, qui exploite les prolétaires à l’année longue, n’a pas commencé au mois de mars dernier à se soucier de la vie des travailleurs et des travailleuses. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que l’exécutif gouvernemental bourgeois, à travers ces remerciements et ces louanges hypocrites, cherchait simplement à favoriser l’obéissance et la soumission des prolétaires qu’il envoyait au travail malgré les risques associés au virus, un peu comme un général chante l’honneur et la gloire des soldats qu’il envoie se faire sacrifier comme de la chair à canon sur le champs de bataille. Nous pouvons être certains d’une chose, c’est que sous le gant de velours du premier ministre se cache une main de fer. D’ailleurs, parallèlement à son discours « plein de gratitude envers les prolétaires », François Legault accusait de manière à peine voilée les masses populaires d’être responsables de la propagation du virus. Il a notamment accusé gratuitement, dès les premiers jours, les jeunes prolétaires de ne pas écouter les consignes. Plus tard, il a laissé entendre de manière implicite que le chaos dans le réseau de la santé était en partie causé par l’absentéisme des travailleuses du réseau, présumant que plusieurs d’entre elles étaient parties non pas pour des raisons de santé mais simplement parce qu’elles avaient peur (ce qui serait tout de même parfaitement compréhensible et ne constituerait en rien la cause des problèmes auxquels nous assistons). Mais son mépris de classe s’est révélé de manière manifeste lorsqu’il a laissé sous-entendre que les médecins spécialistes allaient pouvoir effectuer sans aucune difficulté (et sans aucun entraînement) le travail des infirmières et des préposées aux bénéficiaires, tout en ajoutant, sur un ton plein de condescendance envers les prolétaires assurant l’entretien des installations du réseau de la santé, « [qu]’on ne leur demande pas [aux médecins spécialistes] de laver le plancher dans les CHSLD ». Ne nous méprenons pas : les remerciements de l’État bourgeois envers les travailleurs et les travailleuses ne servent à rien d’autre qu’à les encourager à se sacrifier pour sauver le Capital. Soyons assurés que la situation reviendra bien vite à la normale, que les masses laborieuses seront à nouveau ignorées par les médias et que l’ensemble des prolétaires qui auront déployé des efforts incroyables pour vaincre le virus seront complètement oubliés par le gouvernement. Comme l’a si bien résumé une camionneuse interviewée sur les ondes de Radio-Canada au début de la crise : « Avant, on était des moins que rien. Maintenant, on est devenus des héros. Mais dans pas longtemps, on va redevenir des zéros. » Tel est le sort réservé aux prolétaires sous le capitalisme : alors qu’ils constituent la majorité de la population et qu’ils sont ceux qui permettent à la société de fonctionner, ils sont méprisés et leur voix est complètement étouffée par la bourgeoisie.

C’est seulement lorsque le prolétariat détiendra le pouvoir que le mépris dont il fait l’objet prendra fin et que les travailleurs et les travailleuses seront appréciés à leur juste valeur. Sous le socialisme, le travail réalisé par les prolétaires et les ouvriers sera honoré réellement et en permanence. Cette glorification ne sera d’ailleurs pas qu’en paroles : elle se traduira aussi matériellement dans la mise en place de toutes sortes de mesures pour améliorer le bien-être des masses laborieuses et pour rendre leur vie plus facile. Des mesures seront également mises en place pour favoriser la participation du plus grand nombre de prolétaires aux décisions politiques et économiques. Les institutions qui seront érigées auront toutes pour fonction de servir le peuple. Finalement, toutes les décisions seront prises en fonction des intérêts des travailleurs et des travailleuses plutôt qu’en fonction d’une minorité de parasites comme c’est le cas sous le régime bourgeois. Cette société socialiste, elle est devant nous, elle est à venir. Il n’en tient qu’à nous, prolétaires, de lutter pour sa réalisation!

 

Bannière du Parti Communiste Révolutionnaire
***Ce texte a été rédigé et publié avant la dissolution du Parti communiste révolutionnaire (PCR), par les militants ayant fondé l’Avant-garde communiste du Canada et travaillant désormais au sein de cette dernière organisation.

Le 28 janvier dernier, des partisans et des sympathisants du PCR se sont réunis à la Maison Norman Bethune pour souligner le 13e anniversaire du parti. Lors de la soirée, un discours faisant un retour sur la dernière année de lutte a été livré avec vigueur. Les partisans ont ensuite chanté l’internationale et ont scandé à l’unisson le slogan : le seul parti de la classe ouvrière, le parti communiste révolutionnaire! C’est avec une combativité et un enthousiasme renouvelés que les militants du Parti entament maintenant la prochaine année de combat. Vive la lutte révolutionnaire pour le pouvoir prolétarien et le communisme!

Voici le discours prononcé lors de l’événement :

«Bonsoir camarades,

C’est une tradition que de se réunir chaque année, le 28 janvier, pour célébrer l’anniversaire de fondation de notre parti, le Parti communiste révolutionnaire, il y a 13 ans déjà.

Emparons-nous de cette occasion pour revenir brièvement sur l’expérience de la dernière année de travail politique.

Après que nos rangs aient été épurés de leurs restes d’opportunisme, de gauchisme et de pratiques petites-bourgeoises, nous avons entrepris de revenir à l’essence du mouvement communiste international.

Nous avons partagé le plus largement possible, à coup de milliers de journaux et grâce à un travail pratique orienté, la définition des 10 grands groupes du prolétariat qui totalisent le grand procès de production qui a cours au pays.

Notre journal ISKRA est devenu plus prolifique quant à ses analyses du mouvement ouvrier, mouvement ouvrier qui chaque semaine vient briser l’impression d’harmonie dans la société, qui chaque semaine vient révéler la contradiction travail-capital.

L’ISKRA s’est penché plus assidûment sur la production, le fondement de notre société. Il a donné à la centralité ouvrière la place qui lui revient dans notre propagande.

Et tel un véritable organisateur collectif, l’ISKRA a guidé le travail des partisans aux portes des usines, plus spécialement celles menacées de fermeture de même que celles en grève ou en lock-out.

Nous avons croisé le chemin de plusieurs travailleurs dans la province :

• les ouvriers qualifiés des raffineries VOPAK à Montréal,
• les ouvriers de l’usine de valves VELAN dans l’Est de l’Île,
• les préposées aux bénéficiaires des résidences privées un peu partout,
• les métallurgistes de GALVANO à Beloeil,
• les cheminots du Canadien National,
• les ouvriers qualifiés de la production de poids lourds PACCAR à Sainte-Thérèse,
• les ouvriers spécialisés dans le désossage de l’usine OLYMEL à Princeville et leurs supporters de l’usine Unidindon à Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville.

C’est donc dire que dans les dernières semaines, des centaines d’ouvriers ont arboré fièrement notre journal et que des milliers d’ouvriers ont pris connaissance de nos écrits en ligne et les ont partagés dans leurs réseaux.

Nous connectons avec les ouvriers du pays sur nulle autre question que celle de leur exploitation. Et c’est notre devoir de communistes de les appuyer dans leurs combats.

Nous renouons avec l’histoire de notre mouvement qui a toujours accordé une importance capitale à la liaison du parti avec la classe ouvrière.

Et force est de constater que c’est avec vivacité que les travailleurs s’emparent de la vérité, de la science qui émane de leur classe.

D’ailleurs, la bourgeoisie doit craindre que des communistes soient dans les luttes des masses tout comme il y a 13 ans, elle a commencé à craindre qu’un parti communiste s’installe d’un océan à l’autre au pays.

Nous pouvons nous réjouir du travail que nous avons entamé et de ses premiers effets. Nous progressons petit à petit. Tout nous porte à croire que nous continuerons de progresser. Notre expérience est formatrice et nous donne tout un élan.

Et nous pouvons être sûrs qu’à partir de maintenant, les choses ne peuvent aller qu’en s’améliorant.

D’autant plus que nous nous armons à faire la lumière sur toutes les conceptions anti-marxistes portées par des prétendus révolutionnaires.

Devant nous se dressent des problèmes nouveaux auxquels notre parti s’attaque avec entrain et maturité.

Que ce soit la croyance en la disparition de la classe ouvrière.

Ou encore la redéfinition idéaliste du maoïsme par un ensemble d’organisations dans le monde.

Et plus largement, la contestation de l’évidence matérialiste historique et du marxisme par le post-modernisme, le gauchisme littéraire et l’écologisme.

Revenons au maoïsme tel qu’en lui-même. Continuons d’assumer nos positions sur la centralité ouvrière, la production et les grands groupes. Et rappelons-nous que c’est dans la pratique que le problème va se régler, que la ligne juste va triompher.

Martelons que le développement des forces productives nous a conduits aux portes du socialisme et que le progrès n’est pas destructeur, bien au contraire. Affirmons haut et fort que la dictature du prolétariat est une nécessité et qu’elle permettra de poursuivre la production dans le meilleur intérêt de l’humanité toute entière.

Continuons de nous dresser contre la dilution des fondements du mouvement qui a poussé les masses laborieuses à se défaire de l’exploitation dans l’histoire.

Devant la nécessité politique de percer les grands groupes, continuons de défoncer des portes pour aller à la rencontre des ouvriers partout où ils sont.

Poursuivons le développement de nos analyses sur la production, sur la base de la société réelle, contrairement à ceux qui accordent la primauté aux idées et à la culture. Ce qui compte d’abord et avant tout, ce sont les rapports de production et leur transformation.

Visons à un jour à former des réseaux de travailleurs qui luttent pour le renversement de la bourgeoisie et pour la collectivisation des moyens de production.

Le prolétariat a besoin de sa direction ouvrière pour prendre le pouvoir.

Alors continuons de travailler pour la lui donner! Continuons le travail de nos prédécesseurs!

Bravo à nous tous et toutes pour le chemin parcouru!

Vive le PCR!»

Photo du PCR dans une manifestation
***Ce texte a été rédigé et publié avant la dissolution du Parti communiste révolutionnaire (PCR), par les militants ayant fondé l’Avant-garde communiste du Canada et travaillant désormais au sein de cette dernière organisation.

Il y a quelques semaines, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) a célébré son douzième anniversaire. Cet événement est, à chaque année, l’occasion pour notre organisation de rassembler ses forces avant de les lancer à nouveau dans la lutte pour les prochains mois. Cette année, nous avons lancé le mot d’ordre de fracasser les plafonds du passé et de gravir les paliers historiques. Ce mot d’ordre est d’une importance capitale pour notre organisation : il fixe un objectif dont l’atteinte marquera la conclusion de la période d’activité intense, de réorganisation et de clarification politique dans laquelle le PCR s’est inévitablement engagé lorsqu’il a scissionné des opportunistes canadiens il y a deux ans.

En effet, depuis 2017, nous sommes engagés dans un processus que nous appelons la reconstruction de notre Parti. Nous parlons bien de reconstruction du PCR, car la scission avec les opportunistes canadiens a fait perdre au Parti des effectifs et du territoire. Sur bien des aspects, la scission que nous avons connue nous a forcé à faire un pas de côté. Elle nous a obligés à accepter comme un fait objectif la lutte politique traversant désormais le mouvement maoïste canadien, lutte rendant possibles une multitude de transformations pouvant nous permettre de rebondir et de regagner le chemin perdu. Cette lutte politique a ouvert une voie qui autrement aurait été inaccessible. Aussi, le fait d’accepter de mener la lutte est venu avec l’obligation, à terme, de revenir plus forts que nous l’avons été dans le passé.

L’idée de reconstruction d’un parti communiste est liée à une conception véritable reposant sur des expériences concrètes et précieuses de l’histoire de notre mouvement. Récemment, ce terme a d’ailleurs pris une importance renouvelée dans le mouvement international. Cela est normal car le mot d’ordre de la reconstruction est inspirant : il représente l’objectif et l’espoir largement partagés de revoir un essaim de partis communistes bouleverser le monde comme nous l’avons vu au 20e siècle. Il s’agit d’une sorte de cri de ralliement convoquant tous ceux et toutes celles qui ont choisi de continuer la lutte malgré tous les dangers et tous les défis. Reconstruisons! Unissons-nous sous ce mot d’ordre en nous rappelant qu’il n’y a aucun obstacle infranchissable, peu importe l’état de destruction dans lequel le camp de la révolution peut momentanément se trouver! Rangeons-nous derrière cet appel pour traverser les périodes difficiles avec patience et assurance, qualités que seul le fait de lutter pour une cause juste peut conférer!

La reconstruction dans l’histoire : continuer ou abandonner la lutte lors des moments décisifs

La notion de reconstruction est un aspect de la théorie ayant des assises variées dans l’histoire du prolétariat révolutionnaire. L’expérience qui en a fourni les bases fondamentales est sans contredit celle de la lutte contre le révisionnisme moderne. Après la Seconde Guerre mondiale, de larges fractions des partis communistes, qui ont été mis sur pied dans la foulée de la Révolution bolchévique et de la création de l’Internationale communiste, dévient lentement de la voie révolutionnaire. La lutte contre cette déviation révisionniste ouvre une période complexe pendant laquelle ont lieu de nombreuses scissions et de nombreuses expulsions dans les différents partis. À ce moment, les communistes doivent faire le choix entre nier la lutte de lignes avec la droite de leur parti ou bien l’assumer et la mener à terme. Il n’est pas rare que ceux et celles qui font ce choix difficile sont largement minoritaires. Décider de mener le combat implique donc de perdre une quantité souvent considérable d’effectifs et de gains organisationnels pour préserver les forces révolutionnaires de la liquidation de la révolution. Il s’agit parfois d’une perte monumentale. Les révolutionnaires doivent alors reprendre l’initiative et rebâtir l’organisation. La période suivant ces moments de rupture est alors habituellement qualifiée de période de reconstruction ou encore de réorganisation.

Une des expériences les plus significatives – et dont nous nous inspirons grandement dans la reconstruction de notre propre parti – est le processus de reconstruction du Parti communiste au Pérou. Dans le cas des camarades péruviens, la rupture avec la direction révisionniste du parti a lieu en 1964 (le Parti a été fondé en 1927). Elle est suivie d’une longue période de reconstruction, de réorganisation, de transformation et de préparation politique. C’est cette période, avec la vitalité et la force politique qu’elle produit, qui amène le mouvement révolutionnaire péruvien jusqu’au déclenchement de la guerre populaire en 1980. Le fait de rompre avec le révisionnisme et de se reconstruire méthodiquement sur des bases révolutionnaires est ce qui permet au Parti communiste du Pérou d’être la seule organisation qui parvient, dans la période de reflux de la révolution mondiale à la fin des années 1970, à prendre l’initiative et à ouvrir par elle-même une nouvelle voie pour les exploités.

Ainsi, dans la conception que nous tirons de ces expériences, la reconstruction du parti implique une étape de difficultés et de défis. C’est une période dans laquelle on continue la lutte, malgré la perte de gains et d’effectifs, et qui permet un retour en force, avec la possibilité d’atteindre une conjoncture plus forte et plus importante qu’au départ si le combat est bien mené. La reconstruction est une sorte de conséquence des reflux, des difficultés, des échecs relatifs et des obstacles rencontrés dans la lutte des classes. Pensons aux camarades qui essaient de réorganiser le camp de la révolution au Népal. Pensons aussi aux exemples historiques classiques où l’on n’a pas forcément employé le terme de reconstruction mais où c’est le même processus qui s’est opéré. Certains des moments politiques les plus forts dans l’histoire du mouvement communiste ont suivi les périodes les plus difficiles lors desquelles il a fallu rebâtir ce que l’on venait à peine de construire.

Par exemple, les Bolcheviks, après la grande montée révolutionnaire de 1905-1906 en Russie, doivent traverser une période de reflux très difficile alors que le mouvement de masse s’estompe et que s’abat sur eux la sanglante réaction stolypienne. Dans les années qui suivent, une lutte farouche se développe au sein de la direction des Bolcheviks. Lénine et ses partisans doivent entre autres lutter contre le groupe de Bogdanov et ses alliés qui rejette ouvertement le matérialisme dialectique au profit de conceptions idéalistes. Ils doivent aussi lutter contre la nouvelle position liquidatrice, dominante chez les Mencheviks, selon laquelle l’organisation en parti est devenue encombrante, dangereuse et inutile. Pour donner une idée des conséquences de cette lutte, il n’y a pas, dans les faits, de réunion de Comité central pendant presque deux ans au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). La Conférence de Prague en 1912, qui marque pour de bon la rupture avec les Mencheviks et les courants idéalistes, rassemble de peine et de misère des délégués des organisations locales (comités de ville) de Russie. Sans adopter le terme de reconstruction, cette conférence lance un vaste travail de reconstruction du parti (relance de ses capacités de base, remplacement de sa structure organisationnelle, développement de nouveaux rayons, redéploiement des cellules, lancement d’un nouveau journal quotidien – la Pravda, reprise en charge d’une action révolutionnaire parmi les masses coordonnée) pour épouser le mouvement de masse qui se développe et le nouveau flux révolutionnaire. Cependant, les Bolcheviks ne sont pas au bout de leurs peines puisque deux ans plus tard, soit en 1914, a lieu le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le parti est alors encore grandement affaibli sur le plan organisationnel (conscription de membres du parti, intensification de la répression, contexte général difficile, destruction presque complète de certains comités, arrestations préventives de dirigeants locaux, etc.) Cette période est aussi celle de l’isolement politique des Bolcheviks, alors que la quasi-totalité des partis et organisations social-démocrates se rangent du côté de leur bourgeoisie nationale. Il n’en reste pas moins que c’est le travail de reconstruction pendant toutes ces années d’adversité qui constitue la précieuse école qui permettra aux Bolcheviks d’affronter la tempête de février à octobre 1917 et les premières années du pouvoir des Soviets.

Un autre exemple important est celui du Parti communiste chinois (PCC), qui, alors qu’il est en plein essor, subit la trahison du Kuomintang (KMT) et de la bourgeoisie nationale en 1927. Les deux organisations se sont, jusque-là, alliées dans le premier front uni afin de libérer la Chine de son état de semi-colonie et d’unifier le pays à travers l’expédition du Nord et le combat contre les seigneurs de guerre. Après la mort de son fondateur Sun Yat-Sen, le KMT, sous la nouvelle direction de Tchang Kai-chek, attaque le PCC alors que ce-dernier n’y est pas du tout préparé. Les communistes subissent alors un véritable massacre. Les choix de la direction du PCC, qui décide de tenter des insurrections perdues d’avance dans les villes, empirent la situation. Les communistes sous la direction de Mao se redéploient au Kiang-si avec l’Armée rouge. C’est ce qui leur permet d’accumuler quelques années d’expérience concrète de guerre populaire et de construction de bases d’appui, jusqu’à la cinquième campagne d’encerclement et d’anéantissement menée par le KMT en 1934. La droite oblige alors le PCC à déroger de ses pratiques militaires habituelles, ce qui entraîne une défaite monumentale. Les communistes sont obligés de faire une manœuvre excentrique (La Longue Marche) et d’abandonner leur position dans le Kiang-si, avec tous les gains qu’ils y avaient faits (les premiers pas de la république soviétique, l’expérience de transformation sociale dans la paysannerie et l’agriculture, etc.) pour se réfugier au Yenan. À ce moment, ils viennent de perdre plus de 60% de leurs forces. C’est ensuite à travers le Front uni antijaponais que les communistes lancent un habile et audacieux travail de reconstruction. Grâce à ce travail, ils parviennent à remonter la pente pour lancer ce qui deviendra le plus grand assaut que la bourgeoisie et les classes sociales exploiteuses ont eu à encaisser dans l’histoire.

Ce qu’il y a de commun dans ces deux exemples, c’est que face à des défis incroyables, les communistes ont eu le choix d’abandonner ou de continuer une expérience. Ce qui était en jeu, c’était la continuité ou la fin d’une expérience révolutionnaire. C’est cet enjeu qui constitue l’essence de la reconstruction. Des exemples comme ceux-là, il y en a partout dans l’histoire. Par exemple, l’unification des socialistes autour de la consolidation politique du marxisme après la défaite des révolutions de 1848-1850 en Europe, l’expérience combattante héroïque du KPD en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale après la destruction presque complète du parti par les nazis, ou encore le déclenchement de la Révolution culturelle en Chine alors que la droite du PCC tente d’arrêter la progression de l’expérience socialiste et d’isoler la gauche révolutionnaire. À chacun de ces moments, les révolutionnaires ont choisi de continuer la lutte. À une plus grande échelle, c’est le même type de processus qui s’opère après la mort de Mao et la restauration du capitalisme en Chine. Un rassemblement de petits groupes ML entame alors un travail de reconstruction du mouvement communiste international. Ces petits groupes s’unifient en adoptant le maoïsme, ouvrant un nouveau cycle de combats et d’affrontements.

L’essence de la reconstruction du parti : préserver le fil conducteur de l’expérience révolutionnaire

Pour bien comprendre l’enjeu de la reconstruction (continuer ou arrêter l’expérience révolutionnaire), il faut regarder dans l’histoire et se pencher sur les conséquences découlant du fait de s’arrêter, ne serait-ce que momentanément. L’un des exemples les plus proches du PCR est celui de la fin du mouvement ML au Québec. N’ayant pas de conception stratégique ferme et refusant d’initier une tentative de montée vers le pouvoir pendant une période de reflux de la révolution mondiale, les ML ont accepté de liquider leurs organisations. Lorsque les organisations communistes (En lutte, PCO) se sont dissoutes, il aurait été possible pour un groupe de se réorganiser. Il aurait certes fallu traverser une certaine période (1 ans, 2 ans, 3 ans, etc.) comportant un grand nombre de défis et sans garantie de succès, mais en jouant bien ses cartes, il aurait été possible pour ce groupe de préserver une grande partie des gains politiques accumulés. Le début du travail politique d’Action socialiste (l’ancêtre politique du PCR), remonte à l’année 1986. La fin des organisations ML a lieu en 1982-1983. 1986, ce n’est quand même que 3-4 ans plus tard, mais pourtant, il y a un fossé entre les deux. Lorsque l’expérience s’arrête complètement, il n’est plus possible de revenir aussi facilement où on était.

D’ailleurs, ce qui fait la force dirigeante des avant-gardes, c’est la persistance de leur action et de leur expérience révolutionnaire et la transmission de cette expérience. Dans notre cas, il est possible d’imaginer un monde dans lequel les camarades plus jeunes de notre Parti auraient été coupés de l’expérience accumulée par les camarades plus âgés pendant la période d’Action socialiste et pendant celle de la mise sur pied du PCR : ils formeraient alors un simple comité ou encore des cercles épars sur le territoire! Ce serait une réalité politique complètement différente. Ce qui fait que nous sommes encore ce que nous sommes (un parti communiste en reconstruction), dans une période d’adversité, c’est que nous avons continué l’expérience révolutionnaire et en avons préservé le fil conducteur. C’est avec ce fil conducteur que se construit le mouvement révolutionnaire et c’est lui qui permet de ne pas revenir sans arrêt à la case départ.

La reconstruction doit d’abord servir à préserver ce fil conducteur. Il ne s’agit pas de tout recommencer à zéro, mais au contraire de préserver les gains politiques d’un parti et d’une expérience même s’ils ont été diminués quantitativement. Cette perte quantitative est d’ailleurs inévitable dans bien des situations. Dans le cas d’une scission, l’amputation d’une partie de l’organisation est plus souvent qu’autrement le seul moyen de préserver les forces révolutionnaires accumulées. Le pari que font alors les communistes est le suivant : s’ils réussissent l’opération, en misant sur la marge de manœuvre et la force politique qu’ils ont gagnées en rompant avec l’opportunisme, il est possible pour eux de revenir encore plus forts qu’au moment précédent la scission. À chaque fois que les révolutionnaires se butent à de grands obstacles et choisissent malgré tout de poursuivre la lutte, le même phénomène se produit et cela est historiquement démontré. Au début, il y a une période d’adversité à affronter et à la fin, on se retrouve avec un potentiel politique incroyable car on est parvenu à préserver et à propulser encore plus loin les éléments fondamentaux d’une expérience. On n’a qu’à se pencher sur l’exemple des Bolcheviks et sur celui des communistes chinois pour s’en convaincre : l’histoire parle d’elle-même.

Dans le cas de notre Parti, le PCR, nous avons scissionné avec les opportunistes canadiens pour préserver le fil conducteur de notre expérience révolutionnaire. C’est ce même genre de fil conducteur qui a été préservé par la conférence de Prague des Bolcheviks et par la Longue marche des communistes chinois. C’est également pour se saisir à nouveau de ce fil conducteur que les révolutionnaires péruviens ont lutté avec acharnement pour revenir au sentier lumineux de Mariategui, le fondateur de leur parti. Il s’agissait à chaque fois d’une question de vie ou de mort. Reconstruire le parti au Canada, c’est avant tout préserver le fil conducteur de l’expérience de ceux et celles qui ont refusé l’attentisme de la période de reflux de la révolution mondiale. Aujourd’hui, dans bien des endroits, c’est ce fil qui a été brisé. C’est ce qui rend si difficile le travail révolutionnaire. Reconstruire, pour beaucoup de camarades, c’est reconstruire des partis qui sont tombés il y a longtemps. Partout, il s’agit d’une lutte pour remplacer les chaînons historiques manquants : rebâtir le parti historique du pays et assimiler le fil conducteur de l’expérience internationale (le maoïsme). Dans le cas du Canada, il s’agissait de revenir aux conceptions fondamentales du parti (la Guerre populaire prolongée, le Parti communiste complet, la centralité ouvrière, les quatre formes objectives d’action révolutionnaire, l’initiative de l’avant-garde) et de laisser parler les actions découlant de l’application de ces conceptions.

Finalement, si nous parlons de la reconstruction du parti pour préserver ce fil conducteur, c’est parce que c’est le parti qui est le cadre de l’expérience révolutionnaire. C’est lui qui permet qu’il y ait suffisamment de continuité dans le temps et dans l’espace pour que l’on puisse parler de la même expérience. Même si plusieurs années s’écoulent ou si des centaines de kilomètres séparent les différents combats, le parti permet de préserver l’expérience et de la transmettre. C’est ce qui s’est produit en Russie : dans ce cas, le fil conducteur reliant le moment de la prise du pouvoir à l’époque antérieure où les militants commençaient à apprendre l’ABC de l’agitation politique a été préservé par le Parti bolchévik. En assurant la continuité et la persistance de l’expérience, les bolchéviks ont réussi à faire progresser le mouvement révolutionnaire de la naissance des premiers cercles social-démocrates jusqu’à la fondation de la république soviétique!

L’objectif de la reconstruction : fracasser les plafonds du passé et gravir les paliers historiques

Vers quoi doit mener la reconstruction? Dans notre cas, nous considérons qu’elle doit amener notre Parti à devenir un véritable parti de révolutionnaires professionnels. Cette expression, il ne faut surtout pas la prendre à la légère. Son emploi exige au contraire que l’on en assume toutes les implications pratiques. L’objectif de la professionnalisation n’en est pas simplement un parmi d’autres, fixé sans grande réflexion. Il s’agit d’un objectif décisif pour les avant-gardes contemporaines. La conscience de la nécessité, plus grande que jamais, de réussir cette opération (la professionnalisation) est un précieux enseignement de la lutte des dernières années au Canada. Les chaînons historiques manquants, ici comme ailleurs, font en sorte que cet objectif est plus important encore que par le passé. C’est donc dans la lutte politique pour réaliser cet objectif que s’est engagé notre Parti.

Bien que nous venons de souligner à grands traits l’importance de se baser sur l’expérience historique du mouvement communiste, la conception que nous défendons est un enseignement de la pratique récente, plus encore qu’un enseignement du passé. En effet, la pratique révolutionnaire actuelle ne fait que confirmer avec plus de netteté tout ce que les victoires et les défaites du passé nous ont appris sur le centralisme, sur la discipline et sur la nécessité d’un parti de révolutionnaires professionnels. L’objectif de la professionnalisation est ce qu’exige la pratique actuelle, commune, des différentes avant-gardes révolutionnaires et de celles des pays impérialistes en particulier. La raison en est que depuis les années 1970, au sein des pays impérialistes, s’est développé un palier historique que les révolutionnaires ont du mal à gravir, un plafond objectif à abattre sous peine de ne plus jamais parvenir à relancer des tentatives de montée vers le pouvoir. Les communistes doivent prendre conscience du défi concret consistant à franchir ce palier et leurs réflexions doivent servir à surmonter cette difficulté. Cette prise de conscience est d’autant plus nécessaire que c’est cette difficulté à laquelle se butent toutes les vagues révolutionnaires récentes qui produit et encourage les conceptions opportunistes proposant des détours stratégiques liquidateurs, comme celles que nous avant rencontrées au Canada.

D’ailleurs, c’est pour faire face à ce grand défi que les différentes organisations s’influencent, s’émulent et espèrent voir un parti frère avancer. Une fois le plafond brisé, tous devront s’engouffrer dans la brèche qui viendra d’être ouverte. Chaque organisation devra, à sa façon, trouver le moyen de développer, dans le combat, la force politique et l’expérience nécessaires pour se transformer en une authentique organisation de révolutionnaires professionnels, à la hauteur des tâches qui sont devant elle. Face à la difficulté de notre époque et à l’état de faiblesse relative du mouvement communiste, nous n’avons surtout pas besoin de davantage de laisser-aller et de mollesse; nous avons au contraire besoin du plus haut niveau politique et organisationnel. La lutte politique pour la professionnalisation, c’est la lutte contre tous les courants opportunistes, contre toute la confusion et contre toutes les conceptions erronées qui engendrent et renforcent le relâchement, l’indiscipline et l’absence de méthode. Cette lutte politique ne fait que commencer!

Vive la reconstruction du Parti communiste révolutionnaire!

Luttons partout pour continuer, préserver et renforcer l’expérience révolutionnaire!

Le marxisme-léninisme-maoïsme et la guerre populaire prolongée sont le fil conducteur de notre mouvement!

Fracassons les plafonds du passés et gravissons les paliers historiques!

Les défis de l’époque exigent des révolutionnaires professionnels!


Les déclarations de la rédaction de l’ISKRA servent de point de communication entre le Parti et le prolétariat révolutionnaire. Il s’agit simplement de parler sans filtres, de faire comprendre la conjoncture, d’expliquer l’étape de travail actuelle avec ses défis, de présenter les objectifs d’une initiative et les pas qui doivent être franchis dans la progression du Parti. Lorsque le PCR impulse un mouvement et lance une offensive, ses perspectives et ses objectifs politiques sont présentés dans ces déclarations.

 

Graffiti du PCR pour le premier mai 2019
***Ce texte a été rédigé et publié avant la dissolution du Parti communiste révolutionnaire (PCR), par les militants ayant fondé l’Avant-garde communiste du Canada et travaillant désormais au sein de cette dernière organisation.

Cette année, le 1er mai revêt une signification spéciale pour le prolétariat canadien. Il coïncide avec le centenaire d’un événement dont le souvenir demeure à jamais gravé dans sa mémoire, un événement qui, à l’époque, lui a permis de tirer des enseignements fondamentaux et surtout de forger des armes indispensables lui servant encore aujourd’hui dans sa lutte contre les capitalistes: la Grève générale de Winnipeg.

Le 1er mai 1919, les ouvriers de la construction de Winnipeg – suivis le lendemain par ceux de la métallurgie – ont déclenché une grève dans le but d’obtenir de meilleurs salaires, des journées plus courtes ainsi que la reconnaissance syndicale. Deux semaines plus tard, suite au refus catégorique des patrons de négocier avec les ouvriers, le Conseil des métiers et du travail de Winnipeg a annoncé, après consultation de ses membres, le déclenchement d’une grève générale en appui aux travailleurs de la construction et aux métallurgistes. Plus de 30 000 travailleuses et travailleurs syndiqués et non-syndiqués – sur une population de 200 000 personnes – ont entamé un débrayage qui allait paralyser l’économie capitaliste dans la ville pendant six semaines. Un Comité de grève a été mis en place et a pris en charge l’administration des services municipaux essentiels, tels que la livraison de nourriture et la distribution d’eau. Des grèves de solidarité ont été déclenchées dans une vingtaine de villes partout au pays, de la Colombie-Britannique à la Nouvelle-Écosse. À Montréal, une assemblée populaire réunissant des prolétaires anglophones, francophones et immigrants a adopté une motion en appui au mouvement. Sous l’impulsion des travailleurs et des travailleuses de Winnipeg, le pays s’est littéralement embrasé, ébranlant la bourgeoisie et les fondements de son régime d’exploitation.

Alors que certains commémoreront les 100 ans de la Grève générale de Winnipeg de façon purement intellectuelle, en étant complètement déconnectés de la lutte des classes actuelle, voire en niant son existence, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) appelle à souligner dans le combat politique contre les capitalistes de notre époque cet anniversaire dont la charge symbolique ne peut et ne doit servir qu’à inspirer les travailleurs et les travailleuses d’aujourd’hui pour leurs batailles à venir et surtout à renforcer leur volonté de renverser une fois pour toutes la société bourgeoise. Notre parti appelle donc à descendre dans la rue le 1er mai et à prendre d’assaut le centre financier et commercial de la bourgeoisie impérialiste canadienne à Montréal, un des quartiers au pays où se concentrent de nos jours les richesses produites par la classe ouvrière et dont elle continue d’être spoliée. Le rassemblement est prévu à 18 h 30 au Square Phillips. Nous appelons les masses à passer à l’offensive, à affronter les capitalistes et leur appareil de répression dans la rue et à cibler les intérêts bourgeois, en mettant à l’avant-plan l’unité du prolétariat et sa volonté de prendre le pouvoir pour transformer la société et abolir l’exploitation.

Aujourd’hui, alors que la nécessité du socialisme devient de plus en plus pressante avec la crise de longue durée dans laquelle le capitalisme mondial est plongé depuis des décennies, alors que la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie s’aiguise dans tous les pays, y compris le nôtre – on n’a qu’à penser aux récentes attaques contre les masses laborieuses telles que la loi spéciale du gouvernement Trudeau visant à forcer le retour au travail des employés de Postes Canada –, alors que les conditions de vie du peuple se détériorent et que les feux brûlent partout dans la société, les travailleurs et les travailleuses doivent impérativement renouer avec les traditions de lutte de leur classe et s’emparer à nouveau des moyens d’action qu’elle a historiquement développés au cours de ses nombreux combats contre les capitalistes.

En ce moment, les perspectives émancipatrices pour toute la classe font défaut au sein du prolétariat canadien, tandis qu’avec ses puissantes forces productives et les richesses incroyables qu’il contient, le pays est mûr depuis longtemps pour la collectivisation des moyens de production et la prise en charge par les masses de l’organisation de la société. Il est donc urgent de se saisir des formes d’action qui favorisent l’unité de l’ensemble des prolétaires, qui permettent de mettre de l’avant les besoins fondamentaux de notre classe et, surtout, qui font progresser la lutte révolutionnaire pour renverser le pouvoir bourgeois et le remplacer par le pouvoir ouvrier. En somme, il faut développer notre initiative et, en nous servant de l’expérience accumulée historiquement par la classe ouvrière et les masses populaires, construire le camp de la révolution communiste!

Les manifestations prolétariennes combatives constituent l’une de ces formes de lutte faisant depuis longtemps partie de l’arsenal de combat du prolétariat canadien et international, une forme de lutte percutante aujourd’hui employée par les masses presque partout dans le monde – notamment à l’occasion du 1er mai – et qui doit se généraliser ici afin de placer la bourgeoisie sur la défensive et faire progresser le mouvement révolutionnaire. C’est aussi l’une des formes de lutte que la Grève générale de Winnipeg de 1919 a mises de l’avant. Le 21 juin 1919, lors d’une importante manifestation des grévistes près de l’hôtel de ville de Winnipeg, les manifestants et les manifestantes ont attaqué un tramway opéré par des briseurs de grève, l’ont renversé et y ont mis le feu – une action qui fut immortalisée par une photo célèbre qui symbolise désormais cette grève historique.

Malheureusement, les grévistes n’étaient pas suffisamment préparés à la dureté de la répression qui allait suivre ce jour-là, aujourd’hui connu sous le nom de «Samedi sanglant»: après la lecture par le maire de la ville de la Loi contre les émeutes, les policiers à cheval de la Gendarmerie Royale du Nord-Ouest (l’ancêtre de la GRC) ont chargé les manifestants, les ont frappés à coups de matraques et ont tiré sur la foule, tuant deux grévistes et en blessant des dizaines d’autres. Les grévistes en déroute ont ensuite été pourchassés et tabassés à travers les rues de la ville, avant que celles-ci ne soient finalement occupées par l’armée. Malgré que les manifestants aient résisté tant bien que mal à l’assaut des forces répressives, réussissant à causer quelques dégâts dans le camp adverse, ils n’ont pas pu tenir le coup longtemps.

Loin de signifier, comme pourraient le penser certains pacifistes, que les grévistes n’auraient pas dû faire usage de la violence, cet épisode démontre au contraire qu’il aurait fallu user d’une violence plus grande et mieux organisée afin de répliquer à la violence réactionnaire et repousser les attaques des capitalistes. Il est à noter que la répression – incluant la formation d’une milice de fiers-à-bras équipés de battes de baseball, le déploiement de militaires armés de mitrailleuses, une charge brutale le 10 juin contre une foule pacifique rassemblée pour écouter un discours ainsi que l’arrestation et la détention de plusieurs dirigeants de la grève le 17 juin – avait débuté avant les événements du Samedi sanglant, ce qui montre que la bourgeoisie, qui voyait ses profits menacés par la grève, avait l’intention dès le départ de mater le mouvement par la force.

La Grève générale de Winnipeg – ainsi que le mouvement de grève qui a déferlé à travers tout le pays sous son impulsion – a marqué un point tournant dans la lutte des classes au Canada. Elle a marqué l’entrée décisive de la classe ouvrière sur la scène politique en tant que classe indépendante, sur la base de ses revendications légitimes et de son aspiration au socialisme. Elle s’est caractérisée pendant toute sa durée par une confrontation intense entre les travailleurs et les travailleuses d’un côté et les capitalistes et leur État de l’autre, et c’est pourquoi elle a fait bondir la conscience de classe du prolétariat au pays.

Elle a renforcé, comme ne l’avait fait aucun événement auparavant, l’unité du prolétariat à travers tout le Canada, amenant hommes et femmes, canadiens d’origine et immigrants, anglophones et francophones à marcher comme une seule armée et à lutter côte-à-côte contre la bourgeoisie, et ce, en dépit des appels racistes de cette dernière à combattre les «ordures étrangères», pointées du doigt comme étant les responsables du mouvement. Elle a établi comme composantes fondamentales du mouvement ouvrier canadien des revendications essentielles et des moyens de lutte incontournables. C’est elle qui a mis de l’avant la lutte pour la journée de huit heures, le droit à la reconnaissance syndicale et à la négociation collective. Elle a frayé la voie à l’essor du syndicalisme industriel – en opposition au syndicalisme de métier – dans les décennies suivantes, ce qui, à l’époque, marquera un réel progrès dans l’organisation de la classe ouvrière. Surtout, elle a permis au prolétariat canadien de s’emparer d’une nouvelle forme de lutte, la grève générale, une arme dont il faudra bien qu’il se serve à nouveau dans les années à venir.

La Grève de Winnipeg a contribué à faire prendre conscience à un grand nombre de prolétaires que la lutte économique des travailleurs demeure vaine si elle ne se transforme pas en une lutte politique pour renverser le pouvoir des exploiteurs et instaurer le socialisme. Plusieurs leaders ouvriers de l’époque, y compris certains dirigeants de la grève de 1919, partageaient déjà ce point de vue avant les événements.

En mars 1919, soit quelques semaines avant la grève, avait eu lieu à Calgary un congrès du travail – la Conférence ouvrière de l’Ouest canadien – auquel avaient pris part des représentants du Conseil des métiers et du travail de Winnipeg. Lors de ce congrès avaient été adoptées des résolutions appelant à l’abolition du capitalisme ainsi qu’au soutien à la révolution bolchévique qui venait d’avoir lieu en Russie deux ans plus tôt. L’une de ces résolutions spécifiait même que le but du mouvement ouvrier canadien devait être la dictature du prolétariat au Canada: «Le congrès déclare son acceptation complète du principe de “dictature du prolétariat” comme étant absolu et efficace pour transformer la propriété privée capitaliste en une richesse collective et envoie ses souhaits fraternels au gouvernement soviétique russe. […]» Lors d’une allocution devant le jury qui le jugeait pour son rôle dans la grève, John Queen, l’un des principaux dirigeants du mouvement, a fait une déclaration démontrant ses prises de position radicales: «Finalement, la contestation de la classe ouvrière ne pourrait pas se limiter à des améliorations venant de l’intérieur de la structure du système économique existant; si elle veut se libérer de façon permanente, elle est obligée de combattre le capitalisme lui-même. Ainsi est né le socialisme moderne… et le mouvement ouvrier se fond avec le socialisme…»

C’est précisément le sens du slogan «luttons pour le socialisme et nos revendications» que notre Parti met de l’avant: les travailleurs et les travailleuses ne doivent pas se contenter de lutter isolément les uns des autres pour leurs revendications spécifiques et immédiates; ils et elles doivent au contraire s’unir et combattre pour les intérêts fondamentaux et à long terme de toute la classe, c’est-à-dire chercher à étendre ces luttes revendicatives au renversement de la société bourgeoise dans son ensemble. Car sans le socialisme, la satisfaction de leurs revendications demeure toujours partielle et éphémère.

La Grève de Winnipeg a également permis au prolétariat canadien de faire l’expérience des limites de la grève générale comme moyen de renverser le capitalisme si elle n’est pas subordonnée à la lutte armée pour vaincre les forces répressives de la bourgeoisie. Les événements du Samedi sanglant sont d’ailleurs venus confirmer ce que Lénine avait déjà entrevu quelques années plus tôt, en s’appuyant sur l’expérience du mouvement révolutionnaire en Russie, à savoir que les capitalistes, lors d’une grève générale paralysant l’économie, sont presque inéluctablement poussés à recourir à la violence pour relancer le procès de production et l’accumulation de profits: «Dans ces conditions, la grève peut devenir – bien plus: dans la plupart des cas, il est inévitable qu’elle devienne – une collision directe et immédiate avec les forces armées.» Cela signifie que sans une préparation suffisante pour faire face à la contre-attaque organisée de la bourgeoisie, sans l’armement du prolétariat et la prise en charge de l’affrontement militaire avec l’État bourgeois, la grève générale, si elle ne s’estompe pas d’elle-même, est vouée à être écrasée par la réaction. Dans le futur, afin de ne pas répéter les erreurs du passé et de surmonter les insuffisances de l’expérience de 1919, les grèves générales que le mouvement révolutionnaire fera émerger seront intégrées dans une forme de combat supérieure: la guerre populaire prolongée.

Finalement, la Grève générale de Winnipeg a contribué à faire prendre conscience aux ouvriers et aux ouvrières avancés de la nécessité de former un parti politique prolétarien indépendant afin de diriger et de mener à terme la lutte contre la bourgeoisie et elle a préparé le terrain à la création, deux ans plus tard, d’un tel parti – le Parti communiste du Canada (PCC). Ce parti, dont ont été membres un bon nombre de grévistes du mouvement de 1919, a constitué pendant deux décennies, avant de dégénérer et d’abandonner la voie révolutionnaire dans les années 1940, l’organisation d’avant-garde dont la classe ouvrière canadienne avait besoin et qui avait fait défaut lors de la Grève de Winnipeg.

Aujourd’hui, le mouvement communiste au pays renaît de ses cendres: un nouveau parti prolétarien d’avant-garde, le PCR, se bâtit en reprenant le flambeau du PCC d’autrefois afin de préparer la lutte armée et de diriger la révolution contre la bourgeoisie impérialiste canadienne. Les partisans et les partisanes du PCR représentent aujourd’hui les véritables continuateurs du combat historique du prolétariat canadien pour son émancipation. C’est en ayant à l’esprit la nécessité de préserver le fil conducteur de cette longue et formidable expérience qu’ils et elles manifesteront le 1er mai à Montréal et rendront un puissant hommage aux ouvriers et aux ouvrières ayant participé au mouvement de grève historique de 1919!

Travailleurs, travailleuses, prenez part au mouvement pour abolir le capitalisme et l’exploitation! Joignez-vous à la manifestation du 1er mai dans le centre financier de la métropole! Rassemblons-nous à 18h30 au Square Phillips! Montrons-nous à la hauteur des combats passés du prolétariat: osons affronter la bourgeoisie et ses forces répressives dans la rue! Nous sommes les Continuateurs!

 

Grève de Winnipeg 1919
***Ce texte a été rédigé et publié avant la dissolution du Parti communiste révolutionnaire (PCR), par les militants ayant fondé l’Avant-garde communiste du Canada et travaillant désormais au sein de cette dernière organisation.

Cette année, le 1er mai revêt une signification spéciale pour le prolétariat canadien. Il coïncide avec le centenaire d’un événement dont le souvenir demeure à jamais gravé dans sa mémoire, un événement qui, à l’époque, lui a permis de tirer des enseignements fondamentaux et surtout de forger des armes indispensables lui servant encore aujourd’hui dans sa lutte contre les capitalistes: la Grève générale de Winnipeg.

Le 1er mai 1919, les ouvriers de la construction de Winnipeg – suivis le lendemain par ceux de la métallurgie – ont déclenché une grève dans le but d’obtenir de meilleurs salaires, des journées plus courtes ainsi que la reconnaissance syndicale. Deux semaines plus tard, suite au refus catégorique des patrons de négocier avec les ouvriers, le Conseil des métiers et du travail de Winnipeg a annoncé, après consultation de ses membres, le déclenchement d’une grève générale en appui aux travailleurs de la construction et aux métallurgistes. Plus de 30 000 travailleuses et travailleurs syndiqués et non-syndiqués – sur une population de 200 000 personnes – ont entamé un débrayage qui allait paralyser l’économie capitaliste dans la ville pendant six semaines. Un Comité de grève a été mis en place et a pris en charge l’administration des services municipaux essentiels, tels que la livraison de nourriture et la distribution d’eau. Des grèves de solidarité ont été déclenchées dans une vingtaine de villes partout au pays, de la Colombie-Britannique à la Nouvelle-Écosse. À Montréal, une assemblée populaire réunissant des prolétaires anglophones, francophones et immigrants a adopté une motion en appui au mouvement. Sous l’impulsion des travailleurs et des travailleuses de Winnipeg, le pays s’est littéralement embrasé, ébranlant la bourgeoisie et les fondements de son régime d’exploitation.

Alors que certains commémoreront les 100 ans de la Grève générale de Winnipeg de façon purement intellectuelle, en étant complètement déconnectés de la lutte des classes actuelle, voire en niant son existence, le Parti communiste révolutionnaire (PCR) appelle à souligner dans le combat politique contre les capitalistes de notre époque cet anniversaire dont la charge symbolique ne peut et ne doit servir qu’à inspirer les travailleurs et les travailleuses d’aujourd’hui pour leurs batailles à venir et surtout à renforcer leur volonté de renverser une fois pour toutes la société bourgeoise. Notre parti appelle donc à descendre dans la rue le 1er mai et à prendre d’assaut le centre financier et commercial de la bourgeoisie impérialiste canadienne à Montréal, un des quartiers au pays où se concentrent de nos jours les richesses produites par la classe ouvrière et dont elle continue d’être spoliée. Le rassemblement est prévu à 18 h 30 au Square Phillips. Nous appelons les masses à passer à l’offensive, à affronter les capitalistes et leur appareil de répression dans la rue et à cibler les intérêts bourgeois, en mettant à l’avant-plan l’unité du prolétariat et sa volonté de prendre le pouvoir pour transformer la société et abolir l’exploitation.

Aujourd’hui, alors que la nécessité du socialisme devient de plus en plus pressante avec la crise de longue durée dans laquelle le capitalisme mondial est plongé depuis des décennies, alors que la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie s’aiguise dans tous les pays, y compris le nôtre – on n’a qu’à penser aux récentes attaques contre les masses laborieuses telles que la loi spéciale du gouvernement Trudeau visant à forcer le retour au travail des employés de Postes Canada –, alors que les conditions de vie du peuple se détériorent et que les feux brûlent partout dans la société, les travailleurs et les travailleuses doivent impérativement renouer avec les traditions de lutte de leur classe et s’emparer à nouveau des moyens d’action qu’elle a historiquement développés au cours de ses nombreux combats contre les capitalistes.

En ce moment, les perspectives émancipatrices pour toute la classe font défaut au sein du prolétariat canadien, tandis qu’avec ses puissantes forces productives et les richesses incroyables qu’il contient, le pays est mûr depuis longtemps pour la collectivisation des moyens de production et la prise en charge par les masses de l’organisation de la société. Il est donc urgent de se saisir des formes d’action qui favorisent l’unité de l’ensemble des prolétaires, qui permettent de mettre de l’avant les besoins fondamentaux de notre classe et, surtout, qui font progresser la lutte révolutionnaire pour renverser le pouvoir bourgeois et le remplacer par le pouvoir ouvrier. En somme, il faut développer notre initiative et, en nous servant de l’expérience accumulée historiquement par la classe ouvrière et les masses populaires, construire le camp de la révolution communiste!

Les manifestations prolétariennes combatives constituent l’une de ces formes de lutte faisant depuis longtemps partie de l’arsenal de combat du prolétariat canadien et international, une forme de lutte percutante aujourd’hui employée par les masses presque partout dans le monde – notamment à l’occasion du 1er mai – et qui doit se généraliser ici afin de placer la bourgeoisie sur la défensive et faire progresser le mouvement révolutionnaire. C’est aussi l’une des formes de lutte que la Grève générale de Winnipeg de 1919 a mises de l’avant. Le 21 juin 1919, lors d’une importante manifestation des grévistes près de l’hôtel de ville de Winnipeg, les manifestants et les manifestantes ont attaqué un tramway opéré par des briseurs de grève, l’ont renversé et y ont mis le feu – une action qui fut immortalisée par une photo célèbre qui symbolise désormais cette grève historique.

Malheureusement, les grévistes n’étaient pas suffisamment préparés à la dureté de la répression qui allait suivre ce jour-là, aujourd’hui connu sous le nom de «Samedi sanglant»: après la lecture par le maire de la ville de la Loi contre les émeutes, les policiers à cheval de la Gendarmerie Royale du Nord-Ouest (l’ancêtre de la GRC) ont chargé les manifestants, les ont frappés à coups de matraques et ont tiré sur la foule, tuant deux grévistes et en blessant des dizaines d’autres. Les grévistes en déroute ont ensuite été pourchassés et tabassés à travers les rues de la ville, avant que celles-ci ne soient finalement occupées par l’armée. Malgré que les manifestants aient résisté tant bien que mal à l’assaut des forces répressives, réussissant à causer quelques dégâts dans le camp adverse, ils n’ont pas pu tenir le coup longtemps.

Loin de signifier, comme pourraient le penser certains pacifistes, que les grévistes n’auraient pas dû faire usage de la violence, cet épisode démontre au contraire qu’il aurait fallu user d’une violence plus grande et mieux organisée afin de répliquer à la violence réactionnaire et repousser les attaques des capitalistes. Il est à noter que la répression – incluant la formation d’une milice de fiers-à-bras équipés de battes de baseball, le déploiement de militaires armés de mitrailleuses, une charge brutale le 10 juin contre une foule pacifique rassemblée pour écouter un discours ainsi que l’arrestation et la détention de plusieurs dirigeants de la grève le 17 juin – avait débuté avant les événements du Samedi sanglant, ce qui montre que la bourgeoisie, qui voyait ses profits menacés par la grève, avait l’intention dès le départ de mater le mouvement par la force.

La Grève générale de Winnipeg – ainsi que le mouvement de grève qui a déferlé à travers tout le pays sous son impulsion – a marqué un point tournant dans la lutte des classes au Canada. Elle a marqué l’entrée décisive de la classe ouvrière sur la scène politique en tant que classe indépendante, sur la base de ses revendications légitimes et de son aspiration au socialisme. Elle s’est caractérisée pendant toute sa durée par une confrontation intense entre les travailleurs et les travailleuses d’un côté et les capitalistes et leur État de l’autre, et c’est pourquoi elle a fait bondir la conscience de classe du prolétariat au pays.

Elle a renforcé, comme ne l’avait fait aucun événement auparavant, l’unité du prolétariat à travers tout le Canada, amenant hommes et femmes, canadiens d’origine et immigrants, anglophones et francophones à marcher comme une seule armée et à lutter côte-à-côte contre la bourgeoisie, et ce, en dépit des appels racistes de cette dernière à combattre les «ordures étrangères», pointées du doigt comme étant les responsables du mouvement. Elle a établi comme composantes fondamentales du mouvement ouvrier canadien des revendications essentielles et des moyens de lutte incontournables. C’est elle qui a mis de l’avant la lutte pour la journée de huit heures, le droit à la reconnaissance syndicale et à la négociation collective. Elle a frayé la voie à l’essor du syndicalisme industriel – en opposition au syndicalisme de métier – dans les décennies suivantes, ce qui, à l’époque, marquera un réel progrès dans l’organisation de la classe ouvrière. Surtout, elle a permis au prolétariat canadien de s’emparer d’une nouvelle forme de lutte, la grève générale, une arme dont il faudra bien qu’il se serve à nouveau dans les années à venir.

La Grève de Winnipeg a contribué à faire prendre conscience à un grand nombre de prolétaires que la lutte économique des travailleurs demeure vaine si elle ne se transforme pas en une lutte politique pour renverser le pouvoir des exploiteurs et instaurer le socialisme. Plusieurs leaders ouvriers de l’époque, y compris certains dirigeants de la grève de 1919, partageaient déjà ce point de vue avant les événements.

En mars 1919, soit quelques semaines avant la grève, avait eu lieu à Calgary un congrès du travail – la Conférence ouvrière de l’Ouest canadien – auquel avaient pris part des représentants du Conseil des métiers et du travail de Winnipeg. Lors de ce congrès avaient été adoptées des résolutions appelant à l’abolition du capitalisme ainsi qu’au soutien à la révolution bolchévique qui venait d’avoir lieu en Russie deux ans plus tôt. L’une de ces résolutions spécifiait même que le but du mouvement ouvrier canadien devait être la dictature du prolétariat au Canada: «Le congrès déclare son acceptation complète du principe de “dictature du prolétariat” comme étant absolu et efficace pour transformer la propriété privée capitaliste en une richesse collective et envoie ses souhaits fraternels au gouvernement soviétique russe. […]» Lors d’une allocution devant le jury qui le jugeait pour son rôle dans la grève, John Queen, l’un des principaux dirigeants du mouvement, a fait une déclaration démontrant ses prises de position radicales: «Finalement, la contestation de la classe ouvrière ne pourrait pas se limiter à des améliorations venant de l’intérieur de la structure du système économique existant; si elle veut se libérer de façon permanente, elle est obligée de combattre le capitalisme lui-même. Ainsi est né le socialisme moderne… et le mouvement ouvrier se fond avec le socialisme…»

C’est précisément le sens du slogan «luttons pour le socialisme et nos revendications» que notre Parti met de l’avant: les travailleurs et les travailleuses ne doivent pas se contenter de lutter isolément les uns des autres pour leurs revendications spécifiques et immédiates; ils et elles doivent au contraire s’unir et combattre pour les intérêts fondamentaux et à long terme de toute la classe, c’est-à-dire chercher à étendre ces luttes revendicatives au renversement de la société bourgeoise dans son ensemble. Car sans le socialisme, la satisfaction de leurs revendications demeure toujours partielle et éphémère.

La Grève de Winnipeg a également permis au prolétariat canadien de faire l’expérience des limites de la grève générale comme moyen de renverser le capitalisme si elle n’est pas subordonnée à la lutte armée pour vaincre les forces répressives de la bourgeoisie. Les événements du Samedi sanglant sont d’ailleurs venus confirmer ce que Lénine avait déjà entrevu quelques années plus tôt, en s’appuyant sur l’expérience du mouvement révolutionnaire en Russie, à savoir que les capitalistes, lors d’une grève générale paralysant l’économie, sont presque inéluctablement poussés à recourir à la violence pour relancer le procès de production et l’accumulation de profits: «Dans ces conditions, la grève peut devenir – bien plus: dans la plupart des cas, il est inévitable qu’elle devienne – une collision directe et immédiate avec les forces armées.» Cela signifie que sans une préparation suffisante pour faire face à la contre-attaque organisée de la bourgeoisie, sans l’armement du prolétariat et la prise en charge de l’affrontement militaire avec l’État bourgeois, la grève générale, si elle ne s’estompe pas d’elle-même, est vouée à être écrasée par la réaction. Dans le futur, afin de ne pas répéter les erreurs du passé et de surmonter les insuffisances de l’expérience de 1919, les grèves générales que le mouvement révolutionnaire fera émerger seront intégrées dans une forme de combat supérieure: la guerre populaire prolongée.

Finalement, la Grève générale de Winnipeg a contribué à faire prendre conscience aux ouvriers et aux ouvrières avancés de la nécessité de former un parti politique prolétarien indépendant afin de diriger et de mener à terme la lutte contre la bourgeoisie et elle a préparé le terrain à la création, deux ans plus tard, d’un tel parti – le Parti communiste du Canada (PCC). Ce parti, dont ont été membres un bon nombre de grévistes du mouvement de 1919, a constitué pendant deux décennies, avant de dégénérer et d’abandonner la voie révolutionnaire dans les années 1940, l’organisation d’avant-garde dont la classe ouvrière canadienne avait besoin et qui avait fait défaut lors de la Grève de Winnipeg.

Aujourd’hui, le mouvement communiste au pays renaît de ses cendres: un nouveau parti prolétarien d’avant-garde, le PCR, se bâtit en reprenant le flambeau du PCC d’autrefois afin de préparer la lutte armée et de diriger la révolution contre la bourgeoisie impérialiste canadienne. Les partisans et les partisanes du PCR représentent aujourd’hui les véritables continuateurs du combat historique du prolétariat canadien pour son émancipation. C’est en ayant à l’esprit la nécessité de préserver le fil conducteur de cette longue et formidable expérience qu’ils et elles manifesteront le 1er mai à Montréal et rendront un puissant hommage aux ouvriers et aux ouvrières ayant participé au mouvement de grève historique de 1919!

Travailleurs, travailleuses, prenez part au mouvement pour abolir le capitalisme et l’exploitation! Joignez-vous à la manifestation du 1er mai dans le centre financier de la métropole! Rassemblons-nous à 18h30 au Square Phillips! Montrons-nous à la hauteur des combats passés du prolétariat: osons affronter la bourgeoisie et ses forces répressives dans la rue! Nous sommes les Continuateurs!