Deux travailleurs sur un toit

À sa fondation au printemps 2022, l’Avant-garde communiste du Canada a approuvé cette déclaration d’unité politique exposant tous les éléments fondamentaux de la ligne qu’elle défend et qui guide son action. Cette déclaration constitue par le fait même la version préliminaire du programme du nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne, parti dont la mise sur pied éventuelle constitue l’objectif central auquel toute l’activité de l’Avant-garde communiste du Canada est subordonnée.

Au cours de la dernière décennie, l’appropriation de l’héritage du mouvement communiste international combinée à l’expérience directe de lutte accumulée au sein du défunt Parti communiste révolutionnaire (PCR) a permis aux militants de l’Avant-garde communiste du Canada de développer une ligne politique reflétant les conditions et les tâches de l’époque actuelle. Cette déclaration d’unité politique, qui reprend l’essence des Bases politiques adoptées lors du dernier congrès du PCR tenu en 2021, témoigne du progrès politique accompli au cours de toute une période de luttes idéologiques et organisationnelles ayant visé à doter les prolétaires canadiens d’un parti révolutionnaire défendant véritablement leurs intérêts et capable de les guider concrètement vers la révolution socialiste.

Le développement de la connaissance ne s’arrêtant jamais, l’approfondissement de toutes les questions brûlantes de la révolution prolétarienne se poursuivra de plus belle au cours des prochaines années. Mais déjà, cette déclaration fournit un grand nombre de réponses aux travailleurs qui cherchent une issue au capitalisme et qui aspirent à un monde plus harmonieux dans lequel ils cesseront d’être exploités et appauvris. Elle fournit en grande quantité les armes pour lutter contre le capital et pour repousser les assauts idéologiques des intellectuels bourgeois qui ne veulent pas voir les ouvriers s’emparer d’une conception scientifique du monde. Elle constitue la meilleure école du communisme pour les prolétaires du Canada. Nous invitons tous ceux qui s’éveillent à la réalité de la lutte des classes à s’emparer du contenu de cette déclaration, à la disséminer dans leurs milieux et surtout, à rejoindre l’Avant-garde communiste du Canada, l’organisation qui en est le porte-étendard.

Préambule

  1. Depuis plus d’un siècle, le capitalisme limite le développement et l’épanouissement de l’humanité. Alors que des savoirs, des techniques et des moyens formidables ont été accumulés par la civilisation, les grandes masses de l’humanité – des quartiers ouvriers de Montréal aux bidonvilles de Port-au-Prince, des mégalopoles du Brésil aux campagnes d’Afghanistan – continuent d’être soumises à des conditions d’existence déplorables, à des souffrances inutiles, voire à la famine et à la dévastation. Au lieu de servir à solutionner les problèmes qui affligent les peuples, les connaissances scientifiques sont mises au service des grands monopoles privés à la recherche du profit maximal. Les richesses produites par les travailleurs sont dilapidées par la bourgeoisie – gaspillées en consommation de luxe, en marketing et en dépenses militaires. Le capitalisme accroît les richesses en même temps qu’il accroît la misère. Ce n’est pas toujours apparent, mais c’est la vérité. Les travailleurs s’appauvrissent sans cesse pendant que les capitalistes accumulent des fortunes immenses. S’il en est ainsi, c’est parce que le capitalisme, comme les autres sociétés de classe qui l’ont précédé, est fondé sur l’exploitation de la majorité par la minorité.

  2. Pour libérer les travailleurs, pour libérer les forces productives et pour assurer le plein développement économique, scientifique et culturel de l’humanité, l’avènement du communisme est une nécessité. La classe ouvrière doit prendre la direction de la production; l’économie doit être planifiée rationnellement afin de satisfaire les besoins croissants des masses; la division de la société en classes sociales doit être supprimée. Le socialisme est à nos portes si nous parvenons à arracher le pouvoir à la bourgeoisie. Nous sommes au carrefour du capitalisme et du socialisme. La société bourgeoise a régné sur un long passé, se fissure dans le présent, et ne peut plus rien pour l’avenir. Comme l’a écrit Karl Marx, le capitalisme est la dernière forme contradictoire d’organisation sociale : avec sa chute « s’achève la pré-histoire des sociétés humaines ».

  3. On entend souvent dire que le communisme est une utopie. Que c’est « un bel idéal qui ne fonctionne pas dans la vraie vie ». Il s’agit d’une idée reçue, d’une fausseté propagée par la classe dominante. Le communisme n’est pas une fantaisie, une idée ou un projet. Ce n’est pas la description inventée d’une société idéale. Le communisme, c’est « le mouvement réel qui abolit l’état actuel » comme l’ont écrit Marx et Engels. C’est aussi « la théorie des conditions de la libération du prolétariat ». Ces conditions, les communistes ne les inventent pas : elles existent dans le monde matériel, indépendamment de notre conscience.

  4. Toute l’histoire de l’humanité montre que la lutte des classes est la force motrice de l’évolution des sociétés. De la Chute de l’Empire romain à la Révolution bolchevique, en passant par la Guerre civile américaine et par la Révolution française, l’étude des grands événements historiques montre que les classes exploitées et opprimées finissent inévitablement par renverser les classes dominantes et exploiteuses. Ce sont leurs soulèvements révolutionnaires qui, toujours, provoquent l’avènement de nouveaux rapports sociaux, de régimes économiques supérieurs.

  5. Issu du féodalisme, le capitalisme a fait naître deux grandes classes en lutte : la bourgeoisie et le prolétariat. Les 200 dernières années ont été marquées par d’innombrables batailles, grèves et révoltes ouvrières. De mouvement économique, le mouvement ouvrier est devenu un mouvement politique. Les prolétaires parisiens se sont soulevés pour la première fois en 1848 avec le mot d’ordre « Renversement de la bourgeoisie ! Dictature de la classe ouvrière ! », puis ont pris le pouvoir durant la Commune en 1871. Les ouvriers et les paysans russes ont fait la révolution contre le tsarisme et le capitalisme en 1917. Les masses laborieuses chinoises ont renversé les féodaux et les impérialistes en 1949. C’est une loi de l’histoire : les travailleurs déclencheront de nouvelles révolutions et le prolétariat mondial finira inéluctablement par triompher de la bourgeoisie.

  6. Par son propre développement, le capitalisme a créé la grande industrie moderne, a concentré la production, a socialisé l’organisation du travail. Il a ainsi lui-même créé les condition matérielles, économiques, pour édifier le socialisme. Depuis le 19e siècle, les forces productives immensément puissantes que la bourgeoisie a fait émerger se révoltent contre elle. Les crises de surproduction se succèdent, plus aberrantes les unes que les autres. L’anarchie économique engendre des destructions incommensurables. Les rapports sociaux capitalistes basés sur la propriété privée entrent en contradiction avec la grande production industrielle, qui réclame la propriété collective.

  7. Cherchant par tous les moyens à sauver son régime économique condamné, la bourgeoisie a déclenché d’incessantes guerres de pillage, dont deux guerres mondiales ayant broyé des dizaines de millions de vies humaines. Loin de s’être pacifié, le capitalisme continue aujourd’hui de semer les conflits armés meurtriers et réactionnaires. Le danger d’une nouvelle guerre impérialiste mondiale plane au-dessus des travailleurs de tous les pays. Comme en 1848, en 1917 ou en 1949, le communisme est aujourd’hui une nécessité vitale pour la classe ouvrière mondiale. Il est le seul moyen par lequel l’humanité entière se libérera.

  8. Le communisme est un mouvement réel. Il s’appuie sur les conditions existantes et se réalise dans la pratique. Il a mis en action des centaines de millions de personnes. Il a organisé pendant des décennies l’économie de pays entiers, rassemblant jusqu’au tiers de l’humanité après la Seconde Guerre mondiale. Ces expériences n’ont pas été des « échecs lamentables » comme on l’a martelé aux travailleurs et à leurs enfants. Si cela avait été le cas, la bourgeoisie impérialiste n’aurait pas été obligée de déclencher la guerre au communisme. Elle n’aurait pas lancé les Nazis contre l’URSS pour y exterminer 20 millions de personnes. Elle n’aurait pas massacré 500 000 communistes en Indonésie en 1965. Elle n’aurait pas fait pleuvoir des tapis de bombes sur la Corée, brûlé au napalm les paysans vietnamiens, organisé des escadrons de la mort en Amérique latine. Non, si la bourgeoisie mondiale a déchaîné autant de forces de destruction contre le communisme, c’est parce qu’il fonctionne : parce qu’il remet les richesses produites entre les mains des masses, parce qu’il améliore les conditions matérielles d’existence des travailleurs, parce qu’il met fin à la misère et à l’exploitation, parce qu’il développe les forces productives à un rythme jamais vu auparavant. Si la bourgeoisie déteste autant le communisme, c’est parce que le socialisme a montré dans la vie réelle sa supériorité en tant que régime économique.

  9. Notre organisation représente les intérêts fondamentaux et historiques du prolétariat canadien : la classe sociale composée de millions de travailleurs dépourvus de moyens de production et exploités par le capital. Notre but est d’unir l’ensemble de ces prolétaires qui représentent à peu de chose près les deux tiers de la population du pays ainsi que les couches sociales qui les appuient dans une lutte commune pour renverser le pouvoir de la bourgeoisie et instaurer un nouvel État prolétarien et révolutionnaire.

  10. Pour faire la révolution, les travailleurs ont besoin d’une direction politique clairvoyante, d’une théorie révolutionnaire puissante, d’une organisation professionnelle capable d’organiser la lutte et de résister à la répression bourgeoise. Pour pouvoir déclarer la guerre au capital, ils doivent se doter d’un véritable parti communiste. La présente déclaration d’unité politique exprime la ligne générale autour de laquelle doivent se rassembler les militants qui forgeront ce parti : le nouveau parti communiste de la classe ouvrière canadienne.

  11. Cette déclaration concentre la théorie, les perspectives, les objectifs politiques et l’analyse dont les prolétaires canadiens ont besoin pour mener jusqu’au bout la lutte pour le communisme.

Le capitalisme et les classes sociales au Canada

  1. Le Canada est un pays capitaliste. Son économie se caractérise par la propriété privée des moyens de production et par l’exploitation de la classe ouvrière, dont la force de travail constitue une marchandise achetée par les bourgeois dans le but d’extraire la plus-value qu’elle génère. Au Canada, comme dans tous les pays capitalistes, le but et le moteur de la production est la recherche du profit maximum. À l’échelle sociale, la production s’organise de manière anarchique à travers la concurrence et les échanges marchands.

  2. Malgré le fait que subsistent encore certaines formes de petite production (par exemple dans le secteur de la pêche), le Canada est un pays où règne la grande industrie moderne. Dans un premier temps, cela se vérifie dans la variété et l’étendue des différents secteurs de la grande production industrielle canadienne : l’extraction minière; la production énergétique; les transports; le génie et la construction; les industries agricoles et alimentaires; la production d’automobiles, de véhicules et de matériel roulant; l’industrie de l’aluminium et des autres métaux; le secteur du vêtement; etc. On pourrait poursuivre cette liste longtemps encore tellement est développée l’industrie capitaliste canadienne.

  3. L’importance de la grande industrie canadienne se confirme également lorsqu’on la compare à celle des autres pays. Sous cet angle, les statistiques économiques disponibles montrent d’ailleurs que la puissance industrielle du Canada ne date pas d’hier. Entre 1860 et 1980, le Canada a grimpé au dixième rang mondial pour l’importance de sa production manufacturière. En mesurant la valeur de la production industrielle au prorata de la population, le Canada se situait en 1980 au 4e rang mondial. Et contrairement à l’idée trompeuse propagée par de nombreux intellectuels selon laquelle le pays se serait « désindustrialisé » au cours des dernières décennies, la puissance de l’industrie canadienne s’est maintenue à un niveau relativement élevé jusqu’à aujourd’hui. En effet, en 2011-2012, le Canada occupait le 7e rang quant à la production industrielle au prorata de la population. Plus encore, en 2015, malgré sa population peu nombreuse, le pays occupait encore le 14e rang mondial en ce qui concerne sa production manufacturière en valeur absolue.

  4. La grande industrie canadienne constitue la base matérielle du socialisme au pays. La concentration de masses d’ouvriers au sein de vastes unités de production a fait émerger historiquement la lutte collective des prolétaires contre le capital, lutte qui doit nécessairement aboutir à la prise de possession des moyens de production par la classe ouvrière. Le caractère social des forces productives rend nécessaire la propriété sociale des moyens de production et rend possible la planification économique. Le fait que le Canada soit un pays hautement industrialisé crée des conditions particulièrement favorables pour passer directement au socialisme. Lorsque le prolétariat prendra le pouvoir au pays, il n’aura pas à réaliser la tâche d’abolir la petite production agricole et artisanale et d’étendre la portée de la grande industrie : il n’aura qu’à supprimer la propriété privée capitaliste et qu’à développer les nouveaux rapports de production socialistes.

  1. Sous le mode de production capitaliste, la classe ouvrière est exploitée par la bourgeoisie. Cela signifie qu’une partie plus ou moins grande du temps de travail fourni par les ouvriers est accaparée gratuitement par les propriétaires du capital. Les capitalistes prétendent que les salaires qu’ils versent aux travailleurs correspond à la valeur de leur travail. En vérité, la valeur des marchandises que les ouvriers produisent est bien plus grande que la valeur qu’ils reçoivent en salaires. Cela est possible car en fait, c’est la force de travail – et non le travail lui-même – des ouvriers que les capitalistes achètent afin d’en disposer à leur guise pendant une période de temps donnée. Comme c’est le cas pour la valeur de toute marchandise, la valeur de cette force de travail correspond au temps de travail socialement nécessaire pour la produire, c’est-à-dire à la valeur des moyens de subsistance permettant aux ouvriers de vivre, de se reproduire et de retourner travailler chaque jour. Une fois que les ouvriers ont cédé leur force de travail aux capitalistes, ils sont aliénés du fruit de leur propre labeur. Les capitalistes en profitent pour les faire travailler pendant plus de temps qu’il n’en faut pour produire, dans les conditions sociales actuelles, les marchandises que leur salaire permet d’acheter. C’est ce temps de travail non payé qui permet aux capitalistes d’extraire la plus-value, de réaliser des profits et de s’enrichir de manière parasitaire.

  2. Presque tous les travailleurs ont une perception spontanée et immédiate de la production de plus-value. On peut nommer cela l’intuition de l’exploitation. Nous produisons, nous construisons, nous transportons, nous servons, mais une part énorme du produit de tout ce travail est accaparée par la bourgeoisie.Toutes nos actions dans le prolétariat doivent avoir pour but de transformer l’intuition de l’exploitation en certitude, et cette certitude en une puissance matérielle pour la révolution et le socialisme.

  3. Il faut rejeter l’idée abusive et trompeuse selon laquelle l’amélioration observable des conditions d’existence des travailleurs depuis le 19e siècle les aurait fait passer de la misère à l’aisance et serait le signe de la disparition de l’exploitation. D’abord, il est évident qu’avec le perfectionnement des forces productives du travail ainsi qu’avec la reproduction élargie du capital (c’est-à-dire la répétition nécessaire du processus de production dans des proportions de plus en plus étendues), le volume global de la production augmente constamment. La société dans son ensemble dispose de moyens de production et d’objets de consommation en quantité et en qualité croissantes. De la même manière, il est évident que le progrès des sciences et des connaissances, progrès qui ne peut jamais s’arrêter complètement malgré le fait qu’il soit désormais entravé par le capitalisme, est à l’origine d’améliorations dans les conditions de vie générales prévalant dans la société. Or, rien de tout cela ne permet de proclamer la disparition de l’exploitation qui, rappelons-le, consiste dans le fait qu’une classe sociale improductive accapare une partie – tendant toujours à s’accroître – de la valeur produite par la classe ouvrière.

  4. Plus encore, aucun progrès ne bénéficie aux prolétaires sans que ceux-ci ne doivent lutter contre le capital pour maintenir à un certain niveau le prix de leur force de travail. Les rapports de production capitalistes ne tendent pas à améliorer les conditions de vie des masses : ils conduisent au contraire à la paupérisation du prolétariat. C’est seulement en menant une lutte économique permanente et organisée que la classe ouvrière est parvenue au fil des décennies à empêcher ses conditions d’existence de se dégrader à un niveau extrême. Mais malgré tous ses succès, cette lutte économique constante n’a pas fait disparaître l’exploitation, ni la misère sociale qu’elle engendre.

  5. La misère doit être évaluée en fonction du niveau de civilisation et de progrès atteint par la société dans son ensemble à une époque donnée. C’est pourquoi Marx affirmait qu’il y a un aspect historique dans la valeur de la force de travail, laquelle, en plus de l’élément purement physiologique, est déterminée dans chaque pays par un « standard de vie traditionnel » qui « ne consiste pas seulement dans l’existence physique, mais dans la satisfaction de certains besoins naissant des conditions sociales dans lesquelles les hommes vivent et ont été élevés. » Autrement dit, le fait que les travailleurs aient aujourd’hui accès à des téléphones intelligents ou à d’autres commodités qui n’existaient pas avant ne change absolument rien à leur situation sociale.

  6. Si l’on tient compte du niveau actuel de développement de la société au lieu de comparer de manière abstraite des époques séparées par plus de 100 ans, la classe ouvrière canadienne se trouve encore dans une situation misérable aujourd’hui. Les salaires sont bas et les conditions de travail sont difficiles. Un grand nombre de prolétaires vivent d’une paie à l’autre et ont du mal à subvenir aux besoins de leurs familles. Certaines sections du prolétariat habitent dans des logements miteux et insalubres. Malgré le fait que le Canada compte parmi les pays les plus riches du monde, environ 1 Canadien sur 8 déclarait avoir connu l’insécurité alimentaire en 2017-2018 selon une enquête de Statistique Canada. Pendant ce temps, les bourgeois se vautrent dans le luxe le plus total et gaspillent les richesses de la société. Il ne faut donc pas les écouter lorsqu’ils prétendent que les travailleurs d’aujourd’hui n’ont pas à se plaindre. Ils affirmaient d’ailleurs la même chose au 19e siècle lorsque les ouvriers vivaient et travaillaient dans des conditions que tout le monde regarde avec horreurde nos jours.

  7. Selon la loi générale de l’accumulation capitaliste découverte par Marx, l’accroissement et le perfectionnement des forces productives engendrent une armée industrielle de réserve et conduisent inévitablement à la paupérisation du prolétariat. La concurrence oblige les capitalistes à perfectionner sans cesse leurs méthodes de production pour ne pas être évincés du marché par leurs compétiteurs.

    Ils doivent se doter constamment de machines plus efficaces qui rendent le travail plus productif. Il en résulte qu’avec le développement de la production capitaliste à l’échelle sociale, la partie du capital existant sous la forme de moyens de production (notamment les machines) tend à la longue à augmenter plus rapidement que la partie du capital servant à l’achat de la force de travail. La demande de travail diminue ainsi relativement à l’accroissement du capital et à l’augmentation du nombre de prolétaires. Le processus d’accumulation capitaliste génère donc une surpopulation relative d’ouvriers n’arrivant pas à vendre leur force de travail, ou du moins n’arrivant pas à la vendre à sa valeur réelle et dans des conditions « régulières ». Au Canada, l’armée industrielle de réserve se compose non seulement des chômeurs et des assistés sociaux, mais également des prolétaires exclus de la production industrielle et travaillant, souvent à temps partiel, dans des secteurs tels que le commerce et la restauration, où les salaires – qui s’approchent du minimum légal – sont nettement inférieurs à la valeur réelle de la force de travail. Une partie de l’armée industrielle de réserve est aussi forcée de travailler « au noir » dans des conditions encore plus misérables et hasardeuses.

  8. L’existence de cette armée industrielle de réserve, en créant une offre de travail surabondante, exerce une pression à la baisse décisive sur les salaires des ouvriers actifs. Cela se constate empiriquement au Canada. Selon une étude publiée par Statistique Canada en 2018, les revenus des hommes de 25 à 54 ans ont diminué de 5% (et ceux de l’ensemble des hommes de 8%) en tenant compte de l’inflation entre 1976 et 2015 dans l’ensemble du pays. Certes, les revenus des femmes ont beaucoup augmenté pendant la même période – compensant les pertes chez leurs homologues masculins –, mais cela est principalement dû au fait qu’elles se sont mises à travailler davantage. D’autres données fournies par Statistique Canada montrent que les salaires horaires médians des hommes âgés de 25 à 34 ans travaillant à temps plein ont baissé de 4% entre 1981 et 2012 (et même de 6% si l’on exclut les provinces productrices de pétrole) à l’échelle nationale. Et il faut souligner que cette diminution générale des salaires réels s’est produite malgré la résistance et les luttes – souvent fructueuses – du mouvement ouvrier.

  9. En même temps qu’il permet à d’immenses richesses de s’accumuler à un pôle de la société, le capitalisme conduit ainsi à l’accroissement de la misère au pôle opposé. La paupérisation du prolétariat prend notamment la forme d’une diminution de la part de la classe ouvrière dans le montant global du revenu national s’accompagnant d’un accroissement de la part de la classe bourgeoise. Par exemple, selon une fiche technique publiée en 2019 par l’Institut de recherche en économie contemporaine, la part du PIB correspondant à la « rémunération du travail » au Québec est passée de 58,4% en 1981 à moins de 53% en 2017, alors que la part correspondant aux « profits des entreprises » est passée de 22,1% à près de 25% pendant la même période. Aussi, selon un rapport soumis en 2020 par le Bureau du directeur parlementaire du budget, le 1% des Canadiens les plus fortunés détenait environ 25,6% de la richesse nationale, soit environ 3 000 milliards de dollars.

  10. La sociologie et les sciences économiques, les médias et les universités livrent un superbe cadeau à la bourgeoisie en imposant depuis des décennies la notion frauduleuse de « classe moyenne », notion reprise par tous les politiciens bourgeois. En réalité, dans la production capitaliste, la classe moyenne n’existe pas. Il existe certes des classes et des couches intermédiaires qui, contrairement à la bourgeoisie, ne possèdent pas les moyens de production et ne disposent pas de richesses démesurées. Mais contrairement au prolétariat, ces couches – par ailleurs minoritaires – ne sont pas exploitées, ne participent pas au travail productif et n’accomplissent pas de tâches d’exécution. Elles servent d’auxiliaires du capital et n’appartiennent pas à la même classe sociale que les travailleurs. Ainsi, fondre au sein d’une même classe, par la variable du revenu, une large majorité de la « population active », isolant en bas les très pauvres et en haut les très riches, indépendamment du rôle qu’exercent les gens dans l’organisation de la production, c’est le tour de magie tant recherché par l’économie bourgeoise : dissimuler l’exploitation du Travail par le Capital. C’est aussi masquer l’écart de richesses immense qui existe entre le prolétariat et la bourgeoisie. En effet, si l’on prend la mesure de la part des richesses sociales dont elle dispose, la prétendue « classe moyenne », loin de se situer « au milieu », se rapproche des couches les plus pauvres de la société. En même temps, un gouffre absolument infranchissable la sépare de l’oligarchie capitaliste qui domine la société. Au Canada, qu’un prolétaire ait un revenu de 20 000, de 40 000 ou de 80 000 dollars par année, cela n’est toujours rien en comparaison des milliards et des milliards de dollars que les bourgeois tiennent entre leurs mains – sommes d’argent gigantesques qui proviennent, rappelons-le, du labeur des ouvriers eux-mêmes.

  1. Pour faire une véritable analyse de classe, il faut s’intéresser d’abord et avant tout à la production au lieu de se borner à faire des constatations empiriques sur la répartition des revenus, laquelle n’est qu’une conséquence de la manière dont la société organise la production de ce qui est nécessaire à l’existence humaine. Au sein des modes de production dans lesquels règnent l’exploitation, il existe toujours deux grandes classes luttant entre elles : une classe exploiteuse détenant la propriété des moyens de production et une classe exploitée qui est séparée de cette propriété. Au Canada, où règne le mode de production capitaliste, la classe exploiteuse est la bourgeoisie, tandis que la classe exploitée est le prolétariat.

  2. Une fois qu’on a identifié les principales classes en lutte, on peut s’intéresser aux diverses couches sociales qui composent ces classes ou qui existent à côté d’elles au sein de la formation sociale. Au Canada, la bourgeoisie comme le prolétariat se décomposent en diverses couches qui se distinguent par leur fonction spécifique dans la production, par leurs revenus et leurs avoirs, etc. Il existe également des couches intermédiaires et petites-bourgeoises qui ne font partie ni du prolétariat, ni de la classe capitaliste. En résumé, la société canadienne se divise en trois grandes classes et couches sociales : 1) le prolétariat, 2) la bourgeoisie, 3) la petite-bourgeoisie et les couches intermédiaires.

  3. La classe sociale majoritaire est le prolétariat. Elle représente un peu plus de 65% de la population totale. Elle est composée de tous les travailleurs qui ne possèdent pas de moyens de production, qui doivent vendre leur force de travail à des capitalistes (ou encore à l’État bourgeois) pour pouvoir survivre et qui ne jouent qu’un rôle d’exécution dans le procès de production. Elle inclut également les familles de ces travailleurs ainsi que les prolétaires sans emploi. C’est le prolétariat qui constitue la force principale de la révolution puisqu’il rassemble la majorité exploitée.

  4. Par ailleurs, au cœur du prolétariat se trouve la force dirigeante de la révolution : la classe ouvrière. Cette dernière regroupe d’abord et avant tout les travailleurs actifs dans la grande industrie, c’est-à-dire dans les secteurs de l’agriculture et de l’extraction des ressources naturelles, de la fabrication en usines, du transport et de l’entreposage ainsi que de la construction. La classe ouvrière inclut également l’ensemble des travailleurs manuels produisant généralement de la plus-value et disséminés dans toutes sortes de secteurs à travers le pays : la restauration, l’hôtellerie, l’entretien des bâtiments, les services publics et privés, etc. Certains idéologues petit-bourgeois clament depuis des décennies que la classe ouvrière aurait disparu dans les pays capitalistes développés. En réalité, les ouvriers représentent aujourd’hui environ 25% des personnes ayant un revenu d’emploi au Canada – ce qui en fait une force sociale imposante. Outre son nombre encore très élevé, la classe ouvrière joue un rôle central dans l’économie capitaliste canadienne.

  5. La classe ouvrière constitue le fer de lance de la révolution socialiste parce qu’elle qui est liée aux forces productives les plus avancées; parce qu’elle produit directement les richesses utiles à l’ensemble de la société; parce qu’elle se trouve au cœur de l’exploitation en générant par son travail le gros de la plus-value accaparée par les capitalistes; et parce que ce sont les moyens de production qu’elle met en œuvre (usines, sites d’extraction de ressources naturelles, chantiers de construction, réseaux de transport, etc.) que la révolution vise d’abord et avant tout à collectiviser et à mettre au service des masses populaires.

  1. Dans son ensemble, le prolétariat est composé de dix grands groupes : 1) les prolétaires « inactifs », 2) les prolétaires « irréguliers », 3) les manœuvres et les journaliers, 4) les opérateurs et les ouvriers spécialisés, 5) les employés d’exécution dans le secteur privé, 6) les employés d’exécution dans le secteur public, 7) les ouvriers qualifiés dans les services publics, 8) les ouvriers qualifiés dans la construction, 9) les ouvriers qualifiés dans la production, et finalement 10) les techniciens dans la production et les services publics. Tous ces grands groupes forment une seule et même classe sociale exploitée par la bourgeoisie et dont les intérêts fondamentaux sont indivisibles. Chacun de ces groupes doit être mobilisé par l’avant-garde communiste.

  2. La petite-bourgeoisie et les couches intermédiaires composent aujourd’hui un peu moins de 30% de la population canadienne. Il s’agit de la couche sociale la plus hétérogène et la plus instable. Elle regroupe les petits propriétaires et artisans, les artistes et les intellectuels, les professionnels salariés qui conservent un certain contrôle sur leur travail, les travailleurs autonomes, les fonctionnaires subalternes du capital, les gestionnaires, les cadres intermédiaires, les superviseurs, les agents de répression, etc. Certains secteurs de ce vaste ensemble social peuvent éventuellement être ralliés à la révolution prolétarienne; d’autres secteurs doivent être considérés comme fondamentalement hostiles au prolétariat.

  3. Les petits propriétaires et les artisans qui n’exploitent pas de travailleurs salariés (par exemple, les propriétaires de dépanneurs, les chauffeurs de taxi, les pêcheurs, les plombiers indépendants, etc.) et dont l’activité économique ne permet pas l’accumulation du capital peuvent être gagnés à la révolution. Certes, leur statut de propriétaires autonomes les pousse spontanément vers l’individualisme. Mais en revanche, leurs conditions d’existence les rapproche davantage du prolétariat que les autres couches de la petite-bourgeoisie. Leur propension spontanée à l’individualisme peut ainsi être facilement contrecarrée par la direction du prolétariat. Par ailleurs, leur participation au travail et leur position dans l’économie les rend d’emblée moins idéalistes que les intellectuels. Finalement, leur influence sociale est presque aussi faible que celle du prolétariat. Bien qu’il s’agisse d’une couche instable, elle fait partie du peuple et devra impérativement être mobilisée dans le cadre du front uni contre le pouvoir capitaliste.

  4. Une bonne partie des professionnels salariés n’occupant pas une fonction idéologique ou d’encadrement et jouant le rôle de « semi-exécutants » devra être ralliée à la révolution et intégrée au front uni. C’est le cas, notamment, de plusieurs professionnels de la santé et des « services sociaux ». Ces éléments font souvent partie du mouvement syndical et sont affectés, jusqu’à un certain point, par les mesures anti-populaires de la bourgeoisie, ce qui facilitera leur mobilisation.

  5. Les artistes et les intellectuels composent la couche la plus influente de la petite-bourgeoisie sur le plan idéologique. Cette couche importante (qui regroupe les universitaires, les journalistes, les écrivains, les cinéastes, les musiciens, etc.) a été domestiquée par la grande bourgeoisie et sert aujourd’hui de rempart important au capitalisme. La grande bourgeoisie l’a chargée de développer l’idéologie dominante de l’époque actuelle – le postmodernisme – et de défendre la démocratie bourgeoise. En raison de son rôle actuel, cette couche doit être considérée à court et à moyen terme comme étant hostile à la révolution. Cela dit, avec le développement de la lutte révolutionnaire et la montée du prolétariat vers le pouvoir, des éléments de plus en plus nombreux seront éventuellement amenés à se ranger dans le camp du socialisme, bien qu’ils le feront souvent en important des idées erronées dans le mouvement et en développant une interprétation confuse et idéaliste du marxisme. Tout en considérant ces éléments comme des alliés et des membres du front uni, il faudra donc veiller à ce que leurs conceptions demeurent dominées par la direction prolétarienne et à ce que leur idéalisme ne gagne pas d’influence importante dans le mouvement. Aussi, il faudra empêcher les idéologues incorrigibles, les révisionnistes, les carriéristes et les opportunistes de rejoindre l’organisation d’avant-garde. Après la prise du pouvoir, la majeure partie de la couche artistique et intellectuelle sera neutralisée pacifiquement et devra se soumettre à la révolution. Les éléments qui jouent aujourd’hui le rôle le plus actif dans l’élaboration et la promotion de l’idéalisme anti-prolétarien doivent cependant être considérés comme des agents irrécupérables de la bourgeoisie.

  6. Les gestionnaires, les cadres et les superviseurs dont le rôle est précisément d’organiser l’exploitation des prolétaires doivent également être considérés comme appartenant à une catégorie de la petite-bourgeoisie hostile aux masses populaires, surtout avant la prise du pouvoir.

  7. Finalement, les agents de répression (notamment les policiers et les soldats) constituent des ennemis du peuple et de la révolution : ils devront être entièrement liquidés en tant que force organisée.

  8. La bourgeoisie forme la classe dominante au Canada. C’est elle qui détient les principaux moyens de production, qui possède les banques, qui est à la tête des grandes entreprises et qui contrôle l’appareil d’État. Il s’agit d’une vaste classe sociale représentant un peu plus de 5% de la population. Elle se divise en plusieurs couches allant de la moyenne bourgeoisie à la grande bourgeoisie et se décompose en plusieurs sections : elle est rentière, bancaire, financière, foncière, industrielle ou commerciale. À sa tête se trouve un noyau solide de grands bourgeois impérialistes qui concentrent entre leurs mains la plus grosse part du capital monopoliste. À ce noyau principal de la bourgeoisie se greffent l’ensemble des petits et moyens capitalistes qui possèdent des moyens de production et exploitent une main-d’œuvre salariée. La bourgeoisie est la classe hostile à la révolution prolétarienne.

  9. La bourgeoisie regroupe également les fonctionnaires du capital. Certains idéologues affirment que le capitalisme se régule par lui-même grâce aux forces spontanées du libre marché. En réalité, rien n’est plus faux. Pour se maintenir, le capitalisme a besoin d’un immense appareil bureaucratique servant à organiser l’exploitation et la distribution, de même qu’à assurer la circulation du capital. Même si les idéologues bourgeois associent généralement la bureaucratie à l’État, ce vaste appareil est en grande partie privé. En effet, il se compose notamment des conseils d’administration, de la direction et des ressources humaines des entreprises; des grandes firmes privées de comptabilité; des grandes firmes privées de publicité, de relations publiques, de sollicitation et de marketing; des grands bureaux d’avocats; des grandes compagnies d’assurance; des bureaux de planification financière; des grandes firmes privées d’ingénieurs et d’architectes; etc. Les fonctionnaires du capital, en tant que membres de la bourgeoisie, forment la couche supérieure du personnel œuvrant au sein de ce vaste appareil : les cadres supérieurs; les directeurs et les administrateurs des firmes; les avocats associés au sein des grands bureaux; les ingénieurs et les architectes haut placés; les administrateurs des grands appareils de communication et de relations publiques; les directeurs d’usines, etc. Les fonctionnaires du capital regroupent également la couche supérieure du personnel de l’État bourgeois : les juges; les administrateurs et les cadres supérieurs des entreprises publiques; la haute fonction publique aux niveaux fédéral, provincial et municipal; les officiers supérieurs dans l’armée et la police; les diplomates; les dirigeants et organisateurs politiques; etc.

  10. Il est à noter que les « exécutants » des fonctionnaires du capital (excepté le personnel de soutien) font partie de la petite-bourgeoisie. Ces fonctionnaires subalternes du capital forment la couche inférieure de professionnels et de carriéristes travaillant eux aussi dans les secteurs dont le rôle est de faire fonctionner l’économie capitaliste. Cette couche est en grande partie composée d’aspirants bourgeois en début de carrière ou encore d’éléments peu performants qui n’arrivent pas à atteindre les postes les plus élevés. Ces éléments sont avides et ont conscience de faire rouler une économie injuste. Ils défendent le capitalisme puisque leur fonction est bien souvent parasitaire et entièrement liée à ce mode de production. Par conséquent, ils forment une couche hostile au prolétariat et à la révolution.

  1. Bien que les bourgeois se livrent en permanence à une concurrence acharnée entre eux, l’ensemble de leur classe partage les mêmes intérêts réactionnaires : le maintien de la propriété privée capitaliste, l’accroissement toujours plus grand de l’extraction de plus-value, la poursuite de l’exploitation du prolétariat canadien ainsi que le pillage des peuples des pays dominés où une partie du capital canadien est exporté.

  2. Puisque la révolution prolétarienne vise à confisquer la propriété de la bourgeoisie et à mettre fin à son enrichissement parasitaire et débridé, cette classe est fondamentalement hostile à la révolution et emploiera tous les moyens possibles (répression, propagande, etc.) pour l’écraser et se maintenir au pouvoir. La bourgeoisie – et plus spécialement ses couches supérieures – vit dans un monde à part, un monde on ne peut plus étranger aux conditions de vie du peuple. Elle concentre entre ses mains des richesses inouïes – entièrement produites par les travailleurs – et elle les gaspille de la manière la plus éhontée au lieu de les mettre au service de la société.

  3. Afin de maintenir son pouvoir, la bourgeoisie canadienne dispose de l’État bourgeois canadien, un appareil répressif qu’elle contrôle de mille et une manières et dont les hauts responsables font eux-mêmes partie de cette classe sociale. Malgré la forme démocratique de l’État bourgeois canadien (égalité en droits des citoyens, respect des libertés fondamentales, élections libres, etc.), le pouvoir de la bourgeoisie – comme celui de n’importe quelle classe sociale dominante – se maintient par la violence organisée. En cas de soulèvement du prolétariat et des masses populaires, la bourgeoisie peut utiliser à sa guise la police, les forces armées, les tribunaux et les prisons pour maintenir l’ordre capitaliste, comme elle l’a fait à maintes reprises dans l’histoire du pays. Lorsque ses représentants jugent que les intérêts du capital sont menacés, la bourgeoisie peut également retirer purement et simplement des droits démocratiques aux masses populaires – par exemple la liberté de rassemblement –, voire même faire usage de moyens « illégaux » contre le prolétariat. Par ailleurs, la bourgeoisie dispose des grands médias pour imposer son point de vue, propager ses idées et discréditer les luttes des prolétaires et des masses exploitées.

  4. La bourgeoisie contrôle les grands partis politiques. En fait, les partis qui peuvent accéder au pouvoir et former le gouvernement sont nécessairement pro-capitalistes. Malgré que les politiciens prétendent être les représentants de la population dans son ensemble, le prolétariat et les masses populaires n’ont en réalité aucun pouvoir sur l’agenda politique et sur les prises de décision importantes. En définitive, c’est toujours la classe sociale qui domine l’économie qui dicte la marche de la société. C’est pourquoi le régime politique en place au Canada doit être qualifié de démocratie bourgeoise. Si ce régime permet aux divers représentants de la classe capitaliste de débattre entre eux de la politique à mettre en œuvre, il impose la soumission la plus complète au prolétariat et aux masses populaires.

  5. Après la prise du pouvoir par le prolétariat, la bourgeoisie continuera à s’opposer à la révolution et tentera par tous les moyens de restaurer l’ancien régime. Pour ce faire, elle n’hésitera pas à recourir au sabotage, au terrorisme, aux émeutes, à la pègre, à toutes les formes de crime organisé à sa disposition, voire à appeler à une intervention militaire étrangère des pays impérialistes comme les États-Unis. Le prolétariat au pouvoir devra utiliser la répression pour écraser la résistance de la bourgeoisie et devra mobiliser ses forces armées pour protéger le Canada révolutionnaire contre une éventuelle attaque impérialiste. Cela dit, la bourgeoisie sera divisée sur l’emploi des moyens violents pour restaurer le capitalisme. Les anciens bourgeois acceptant de se soumettre au pouvoir prolétarien seront ainsi intégrés dans la nouvelle société et se verront confier une fonction socialement utile.

Les questions nationales au Canada

  1. À l’intérieur du Canada cohabitent plusieurs nations, peuples et minorités dont l’histoire, le développement et les luttes ont marqué la nature de l’État canadien et de son évolution depuis le milieu du XIXe siècle. À l’époque de la révolution industrielle et de l’unification des marchés, la tendance principale était à la constitution d’États nationaux séparés, clairement dirigés par des bourgeoisies nationales qui y ont trouvé le pré-requis et l’impulsion nécessaires pour se développer, dans la période suivante, en grandes bourgeoisies impérialistes, c’est-à-dire pour s’extérioriser de leurs frontières.

  2. Le Canada, à l’intérieur de l’Empire britannique, ne s’est pas développé sous cette forme. Il s’est constitué en un État à composition nationale hétérogène, non pas par la victoire et la clairvoyance du « démocratisme conséquent » (selon l’expression de l’époque), mais sous la domination de la bourgeoisie britannique et anglo-canadienne. Pendant de longues et nombreuses décennies, la bourgeoisie canadienne a été profondément réfractaire au démocratisme conséquent. Elle était absorbée par la constitution de son marché interne et l’unification d’un territoire fabuleux plein d’immenses richesses. Elle a oscillé entre le libéralisme en paroles et la réaction dans les faits. Si bien que se sont développées de grandes questions nationales : les Acadiens dans les provinces de l’Est, les nations et les peuples autochtones, les Canadiens français du Québec, les minorités canadiennes-françaises dans les autres provinces, les Inuits ainsi que les Métis issus de la communauté de la rivière Rouge.

  3. La bourgeoisie anglo-canadienne a longtemps été hostile chez elle au droit des nations à disposer d’elles-mêmes ainsi qu’au principe de l’égalité des langues. Naturellement, ses politiques d’oppression nationale ont conduit à l’émergence de nombreuses luttes démocratiques et linguistiques, allant du soulèvement des Métis en Saskatchewan et au Manitoba aux batailles linguistiques des Acadiens, en passant par le Québec et son mouvement indépendantiste ainsi que par la montée à partir de la fin des années 1960 d’un large mouvement des Premières Nations. La tendance principale chez la bourgeoisie anglo-canadienne a d’abord été de répondre à ces luttes par la répression.

  4. L’oppression nationale découle toujours de la concurrence entre bourgeoisies dominantes pleinement constituées et bourgeoisies émergentes cherchant à développer leur marché national propre. Au Canada, la montée en puissance des contradictions entre les diverses bourgeoisies sur le marché intérieur a cependant fini par faire apparaître une contre-tendance résidant dans le développement des relations entre les bourgeoisies, dans les accords, les fusions, et dans la communauté économique et politique impulsée par le stade impérialiste.

  5. Petit à petit, et particulièrement suite aux puissantes luttes populaires des années 1960 à 1990, la tendance grandissante, parmi les diverses bourgeoisies nationales du Canada, à vouloir fusionner au sein d’une même communauté économique a modifié le positionnement de larges fractions de la bourgeoisie anglo-canadienne dominante, laquelle s’est mise à opter de plus en plus pour la démocratisation du pays. C’est à la fois l’unité de son territoire et la stabilité du capitalisme qui étaient en jeu : il fallait apaiser les tensions pour éviter que les contradictions ne débouchent sur une lutte armée ayant le potentiel de faire éclater le Canada.

  6. Cela est évident dans le cas du Québec, où il n’existe plus aujourd’hui de mouvement national dirigé par la fraction souverainiste de la bourgeoisie québécoise. En effet, cette bourgeoisie dispose à présent de suffisamment d’attributs et de leviers politiques et économiques – y compris un État « fort » – pour se développer au sein de la fédération canadienne. Les droits linguistiques et culturels ainsi que le droit à l’auto-détermination de la nation québécoise sont maintenant respectés. Par conséquent, les Québécois ne forment plus une nation opprimée et n’ont plus de lutte de libération nationale à mener. Cela est vrai même si, comme le soulignait Lénine au début du siècle dernier, il y aura toujours des tendances au sein du nationalisme bourgeois à vouloir maintenir « des querelles nationales sans issues ».

  7. Une situation du même ordre a commencé à se développer plus récemment chez les nations et les peuples autochtones. Leurs luttes ont été puissantes, surtout à compter de 1969-1970 (Cornwall, les Dénés, Restigouche, les Cris de la Baie James, Oka, Ipperwash, Gustaffsen Lake, etc.). Elles ont porté principalement sur les questions du territoire. Elles ont pris un caractère de plus en plus antagonique. En se braquant davantage et plus longtemps encore, la bourgeoisie risquait de générer une véritable lutte révolutionnaire à caractère national et risquait ainsi de mettre en péril son contrôle sur une partie du territoire. Elle fut donc rappelée à l’ordre par sa fraction éclairée (la Cour suprême). Désormais, son maître-mot est « réconciliation ». Cela correspond dans les faits à des accommodements sur les plans symbolique et culturel; à des négociations sur le plan politique; ainsi qu’à des compromis et des concessions sur les questions économiques. Certes, rien n’est joué, mais c’est la tendance de la période actuelle.

  8. Notre organisation n’adhère pas aux croyances selon lesquelles ce qui a été une fois se répétera éternellement. L’oppression nationale se résout par le démocratisme le plus conséquent. Elle se résout par l’égalité et l’union des peuples et non par la séparation à l’infini des cultures nationales.

  9. Par rapport aux questions nationales, les communistes défendent le droit des nations à la séparation, mais ne prônent pas nécessairement la création d’États nationaux séparés, laquelle n’est pas la seule solution possible à l’oppression nationale. La question nationale est subordonnée à la lutte des classes. La lutte des communistes contre l’oppression nationale est une lutte dont le contenu est négatif : c’est une lutte contre l’oppression et non pas pour la nation. Elle doit servir à simplifier la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat et non à la complexifier et à l’obscurcir : à déblayer le terrain de la lutte pour le socialisme et non à y mettre des obstacles inutiles. Dans le contexte canadien actuel, notre organisation estime qu’il est dans l’intérêt du prolétariat et de la révolution socialiste de lutter pour que toutes les questions nationales soient résolues à travers la démocratisation du pays, sans passer par la séparation.

  10. En général, moins « leur » nation est opprimée et moins les prolétaires ont intérêt à sa séparation (à moins que des circonstances particulières ne fassent en sorte que la séparation accélère la lutte pour le socialisme). En effet, le maintien et la formation de grands États multinationaux démocratiques représente toujours un grand progrès historique par rapport à la création d’une multitude de petits États nationaux séparés. Le mouvement de l’histoire humaine va vers l’affaiblissement et la disparition des barrières nationales, et non vers leur renforcement et leur multiplication. Ultimement, il tend même vers la fusion complète des nations au sein d’une communauté mondiale unique, laquelle représentera un énorme progrès pour l’humanité. Le prolétariat lutte dans le sens de l’histoire et non à rebours de l’histoire. En ce sens, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), fédération multinationale basée sur l’adhésion volontaire et l’égalité des peuples, a constitué au 20e siècle un modèle politique exemplaire dont il faut encore s’inspirer aujourd’hui.

  11. Notre organisation est en faveur: a) de l’égalité absolue des langues et des nations au Canada; b) de la suppression de tout privilège linguistique ou national; c) du droit des nations acadienne, métisse, inuite, québécoise et autochtones à l’autodétermination jusqu’à se constituer en État indépendant si elles le décident ainsi; d) de forger une alliance solide avec les Autochtones, les Métis et les Inuits dans un grand mouvement de lutte contre la bourgeoisie impérialiste canadienne; e) de la création de la Fédération des Républiques socialistes du Canada (FRSC) qui sera une nouvelle union, librement consentie, entre toutes les nations, peuples et minorités présents sur le territoire du Canada; et f) de l’unité organisationnelle du prolétariat à travers tout le pays.

Contre l’impérialisme et pour la révolution mondiale

  1. Depuis la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, le monde est entré dans l’ère de l’impérialisme. Cela signifie que les classes dominantes d’une poignée de pays riches dominent et exploitent la majorité des nations et des peuples du monde en les maintenant dans une situation misérable. Afin d’accaparer les marchés et les zones d’influence, les différentes bourgeoisies impérialistes se livrent également à une concurrence effrénée, semant le chaos partout sur la planète et conduisant périodiquement à des guerres pour le repartage du monde.

  2. L’impérialisme maintient une grande partie de l’humanité dans des conditions absolument épouvantables. En dépit de la propagande triomphaliste et mensongère des institutions pro-capitalistes comme les Nations unies et la Banque mondiale sur la réduction de la pauvreté et de la faim dans le monde – propagande reprise allégrement par tous les chantres du libéralisme économique –, la situation réelle des masses populaires dans les pays dominés demeure dramatique et ne s’améliore pas, ou trop peu. Entre 1981 et 2010, le nombre de personnes vivant avec 5 dollars ou moins par jour a augmenté d’environ 1 milliard pour s’établir à 4,3 milliards – soit environ 62% de la population mondiale. À la fin des années 2000, près de 80% de la population mondiale gagnait 10 dollars par jour ou moins. En 2012, entre 1,5 et 2,5 milliards de personnes souffraient de malnutrition dans le monde. En 2020, les Nations unies elles-mêmes ont admis qu’environ 21 000 personnes dans le monde mourraient chaque jour de causes liées à la faim – soit 7,6 millions par année! – et que la situation se dégradait. Pour mettre fin à cette situation aberrante, il faut lutter contre l’exploitation et faire la révolution partout!

  1. Le capitalisme canadien est arrivé depuis la Première Guerre mondiale à son stade impérialiste. Il se caractérise par une concentration élevée de la production et du capital, par la présence de grands monopoles nationaux qui ont une influence décisive sur la vie économique du pays, par l’importance accrue du capital financier et des grandes banques ainsi que par une forte exportation de capitaux vers les pays dominés.

  1. La bourgeoisie canadienne exporte ses capitaux dans les pays dominés afin d’y exploiter la main d’œuvre locale bon marché et d’y piller les ressources naturelles. On peut par exemple mentionner les compagnies minières canadiennes actives partout dans le monde, les banques canadiennes présentes dans les Caraïbes, en Amérique latine, en Asie, etc. Au début des années 2010, le Canada possédait la moitié des compagnies minières internationales cotées en bourse opérant sur le continent africain. Les investissements miniers canadiens en Afrique sont passés de 233 millions de dollars en 1989 à 37,8 milliards de dollars en 2019. Dans l’ensemble des 96 pays étrangers où les compagnies minières canadiennes étaient présentes, les actifs miniers canadiens s’élevaient à 177,8 milliards de dollars en 2019. De manière générale, le stock des investissements directs canadiens à l’étranger, tous secteurs confondus, s’élevait à 1 469,3 milliards de dollars à la fin de 2020.

  2. Le Canada intervient militairement contre les peuples du monde et au détriment de la souveraineté des nations dominées pour protéger les intérêts de la bourgeoisie canadienne et de ses alliés impérialistes. Par exemple, les Forces armées canadiennes ont joué un rôle de premier plan dans la guerre injuste menée par les États-Unis et l’OTAN contre le peuple afghan au cours des deux dernières décennies. Les prolétaires canadiens doivent s’opposer résolument à ces actions de « leur » classe dominante à l’étranger et doivent se placer dans le camp des peuples victimes des interventions impérialistes du Canada et de ses alliés.

  3. Face aux conflits entre les grandes puissances impérialistes, les prolétaires ne doivent pas appuyer un camp contre un autre. Ils doivent au contraire développer leur propre indépendance de classe, tout en luttant en particulier contre « leur » propre bourgeoisie impérialiste. Ainsi, outre la dénonciation de l’impérialisme en général, la tâche prioritaire de notre organisation est de lutter contre l’impérialisme canadien, dont les visées s’alignent globalement avec celles de son « grand frère » américain, malgré des contradictions économiques importantes entre le Canada et les États-Unis. Les impérialistes américains ont longtemps détenu l’hégémonie à l’échelle mondiale, ayant semé la dévastation aux quatre coins du globe au fil des décennies. Occupant toujours la position dominante, ils ont cependant amorcé un lent déclin stratégique et sont ainsi amenés à lutter de manière encore plus acharnée contre leurs anciens et nouveaux concurrents, c’est-à-dire contre les pays impérialistes de l’Union européenne (notamment l’Allemagne et la France), mais aussi et surtout contre les impérialismes chinois et russe en émergence. L’opposition des États-Unis, du Canada et de leurs alliés européens envers la Chine et la Russie est de plus en plus aiguë et prend une forme ouvertement antagonique. L’aggravation de toutes ces contradictions inter-impérialistes génère une grande instabilité économique et fait courir des risques majeurs à l’humanité.

  4. Le prolétariat international et les peuples du monde entier n’ont aucun intérêt à soutenir les rivalités impérialistes et les politiques guerrières des classes dominantes décadentes. C’est pourquoi les communistes prônent l’internationalisme prolétarien : l’unité absolue entre les prolétaires de toutes les nations et de tous les pays. En se soulevant comme une seule armée internationale contre le camp impérialiste, les prolétaires de tous les pays ainsi que les peuples des pays dominés mettront fin au chaos planétaire provoqué par le capitalisme. Certes, la révolution se développera de manière inégale, non-simultanée et chaotique à travers le monde. Mais les prolétaires de partout sur la planète finiront par triompher ensemble et par se rassembler au sein d’une seule République soviétique universelle.

  1. L’époque de l’impérialisme, c’est l’époque de la révolution prolétarienne mondiale. Le mouvement communiste a déjà remporté des victoires grandioses à l’échelle planétaire au cours du dernier siècle. Dans les années 1920 et 1930, l’Internationale communiste créée par Lénine suite à la Révolution bolchevique de 1917 a organisé et dirigé un puissant mouvement de la lutte contre la bourgeoisie internationale, contre l’impérialisme et contre le fascisme (l’Internationale communiste ayant notamment joué un rôle majeur durant la guerre civile espagnole de 1936-1939). Durant la Seconde Guerre mondiale, ce sont les communistes – notamment l’Armée rouge et le peuple soviétique – qui ont joué le rôle décisif pour écraser le nazisme et libérer l’Europe du joug d’Hitler. Suite à cette grande bataille historique, les masses de plusieurs pays ont pris le pouvoir et ont rejoint le peuple soviétique dans la grande marche vers le communisme. Avec la création du camps socialiste composé de l’URSS ainsi que des nouvelles démocraties populaires d’Europe de l’Est et d’Asie dont la République populaire de Chine (vaste pays de 600 millions d’habitants au moment de sa formation en 1949), pas moins du tiers de l’humanité se trouvait désormais détachée du marché capitaliste mondial et engagée sur une nouvelle voie révolutionnaire. Malheureusement, l’impérialisme n’avait pas dit son dernier mot. Avec l’aide de ses représentants tels que Khrushchev au sein des pays socialistes – des révisionnistes et des traîtres à la classe ouvrière soumis au capital international –, l’impérialisme mondial a fini par triompher momentanément du prolétariat au pouvoir en restaurant le capitalisme et l’exploitation partout dans le monde. Mais cette victoire temporaire de la bourgeoisie internationale n’est rien d’autre qu’un détour sur notre route. Les contradictions croissantes de l’impérialisme génèrent inévitablement le soulèvement des peuples. Il n’en tient qu’aux communistes du monde entier de lutter pour faire renaître un puissant mouvement international, remporter de nouvelles grandes victoires et renverser la dictature de la bourgeoisie dans chaque pays.

  2. Notre organisation appuie tous les soulèvements populaires dans le monde qui renforcent le camp de la révolution socialiste. Nous sommes solidaires des partis communistes qui dirigent des guerres populaires dans leurs pays, comme le font actuellement le Parti communiste d’Inde (maoïste) et le Parti communiste des Philippines.

  3. Notre organisation vise à développer des liens étroits avec l’ensemble des organisations et des partis véritablement communistes dans le monde. Nous prônons le développement d’un véritable mouvement révolutionnaire international composé des partis communistes de chaque pays qui se préparent à déclencher le processus de prise du pouvoir par l’insurrection et la guerre populaire ainsi que de ceux qui l’ont déjà fait.

Le marxisme-léninisme-maoïsme et le parti ouvrier d’avant-garde

  1. L’Avant-garde communiste du Canada cherche à construire un parti prolétarien pour mener la révolution socialiste : il regroupe les ouvriers, les travailleurs et les éléments du peuple les plus combatifs, les plus disciplinés et dont la conscience de classe est la plus élevée. Il vise, tel que le faisaient les partis de l’Internationale communiste, à devenir l’état-major du mouvement prolétarien : « à marcher à la tête des masses, comme leur partie la plus vaillante, la plus prudente, la plus clairvoyante ». Sans une telle force dirigeante pour le guider, le prolétariat ne peut pas se lancer dans la lutte avec assurance et encore moins triompher de son ennemi de classe.

  2. Comme l’écrivait Lénine en 1902, « sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». Sans s’appuyer sur les acquis théoriques du passé et sans avoir assimilé les enseignements des expériences révolutionnaires antérieures survenues partout dans le monde, le prolétariat reste démuni et ne peut atteindre la victoire complète contre la bourgeoisie. Par conséquent, il doit impérativement se servir de la science la plus avancée pour analyser la société actuelle et pour saisir les conditions du combat pour le communisme. C’est pourquoi il a besoin d’un parti qui concentre en lui l’ensemble de ces connaissances scientifiques : un parti qui, comme l’écrivaient Marx et Engels dans Le Manifeste du parti communiste, possède une « intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien ». Aujourd’hui, un tel parti doit se baser sur la science révolutionnaire la plus développée : le marxisme-léninisme-maoïsme.

  3. Le marxisme-léninisme-maoïsme représente la synthèse de l’expérience et des connaissances accumulées par le mouvement communiste international depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui. En particulier, il représente la somme de la théorie scientifique développée par Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao lors de trois moments clés de l’histoire de la révolution prolétarienne mondiale. Chacun de ces grands dirigeants révolutionnaires a été le représentant de quelque chose de réel, d’une situation objective; chacun a été le reflet de son époque, l’expression politique de la lutte des classes à un moment donné de l’histoire; chacun doit être considéré comme le représentant historique d’un grand jalon dans le combat du prolétariat international.

  4. Karl Marx – ainsi que son fidèle camarade Friedrich Engels – représente la naissance du mouvement ouvrier et du communisme scientifique, les premières expériences révolutionnaires du prolétariat comme la Révolution de juin 1848 en France et la Commune de Paris de 1871, en passant par la création de l’Association internationale des travailleurs (AIT) – aussi appelée Première Internationale – en 1864. Le grand jalon posé par Marx et Engels est notamment celui de l’élaboration du matérialisme dialectique et du matérialisme historique; de la découverte géniale des lois du développement social et en particulier de celles du mode de production capitaliste, de la compréhension de la nature de l’État et de la reconnaissance de la nécessité de la dictature du prolétariat.

  5. Vladimir Lénine – ainsi que son continuateur immédiat Joseph Staline – représente la victoire de la voie révolutionnaire contre l’opportunisme des dirigeants de la Deuxième Internationale; le surclassement de la sociale-démocratie par le communisme; l’alliance du prolétariat et de la paysannerie et la prise du pouvoir par les masses exploitées lors de la révolution d’Octobre 1917; la première expérience d’édification réelle du socialisme – celle de l’État soviétique en Russie de 1917 à 1956 ; ainsi que la création de l’Internationale communiste – aussi appelée Troisième Internationale. Entre autres, Lénine a fait progresser la science révolutionnaire à travers son analyse de l’impérialisme en tant que stade suprême du capitalisme; à travers la définition d’une ligne claire et tranchante sur la question nationale; à travers ses contributions philosophiques sur le matérialisme dialectique, à travers l’élaboration d’une nouvelle conception du parti prolétarien – le parti d’avant-garde centralisé composé de révolutionnaires professionnels; et à travers l’approfondissement des notions fondamentales d’insurrection et de guerre civile révolutionnaire, y compris la guerre de partisans. Aussi, Lénine a montré l’exemple sur la question de l’initiative révolutionnaire : il a été un maître de la conjoncture et a su saisir le bon moment pour mettre le prolétariat au pouvoir en plus d’avoir assimilé admirablement la compréhension marxiste de la société bourgeoise. Staline, quant à lui, a su diriger admirablement les masses soviétiques après la mort de Lénine dans la lutte pour construire le premier pays socialiste de l’histoire. En même temps, il a été la figure centrale et le guide hors pair du mouvement communiste international. Staline a mené la lutte contre les déviations « de gauche » et de droite au sein du Parti bolchevique. Il a battu les trotskistes et les boukhariniens opposés à la construction du socialisme. En plus d’avoir remporté la victoire dans l’édification du socialisme en URSS, Staline a guidé le peuple soviétique vers une victoire grandiose dans la guerre anti-fasciste : il a vaincu Hitler et libéré l’humanité du nazisme. Staline a également enrichi le léninisme avec des apports théoriques indispensables, notamment sur les questions nationales et coloniales, sur la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays et sur les lois de l’économie politique sous le socialisme.

  6. Mao Zedong, quant à lui, représente la victoire de la guerre populaire prolongée en Chine en 1949; l’extension de la révolution prolétarienne à la planète entière; la réalisation de la révolution socialiste au sein des pays dominés par l’impérialisme accusant un retard économique prononcé; l’élargissement de la lutte révolutionnaire à travers l’alliance avec la bourgeoisie nationale et les classes progressistes des pays dominés; la lutte internationale contre le révisionnisme moderne représenté par les révisionnistes krouchtchéviens ayant restauré le capitalisme en URSS après la mort de Staline; et finalement la Grande Révolution culturelle prolétarienne – soulèvement des masses chinoises déclenché en 1966 ayant permis d’empêcher le rétablissement de la dictature bourgeoise jusqu’en 1976 en Chine. La contribution principale de Mao Zedong à la théorie révolutionnaire réside dans son approfondissement inestimable de la science militaire du prolétariat : dans l’élaboration de la théorie de la guerre populaire prolongée. On doit aussi à Mao, entre autres, la maîtrise exemplaire de la notion fondamentale de front uni (dont l’application était pour lui étroitement liée à la guerre populaire); la notion de démocratie nouvelle en tant que prélude nécessaire à la révolution socialiste dans les pays dominés; ainsi que certains enseignements nouveaux sur la construction du socialisme et sur la lutte des classes sous la dictature du prolétariat. Finalement, Mao a maintenu vivante la philosophie en enseignant à ses cadres le matérialisme dialectique et en le mettant en pratique dans la lutte politique.

  7. Le marxisme-léninisme-maoïsme est le marxisme de notre époque. Loin d’être en rupture avec ce qui l’a précédé, il est la continuité de l’œuvre scientifique entamée par Marx et Engels au XIXe siècle. Le marxisme-léninisme-maoïsme est basé sur la philosophie matérialiste dialectique selon laquelle le monde matériel prime sur les idées et selon laquelle la conscience est le reflet de la matière en mouvement. Marx dit de la dialectique matérialiste qu’elle est « la science des lois générales du mouvement, tant du monde extérieur que de la pensée humaine ». Le marxisme-léninisme-maoïsme s’appuie ainsi sur le mouvement réel de la société humaine, et non sur des inventions idéalistes développées indépendamment de l’analyse des faits sociaux objectifs. Il ne tombe pas du ciel mais provient de la pratique sociale, c’est-à-dire de l’expérience concrète de la production et de la lutte des classes. Il est composé de connaissances (économiques, politiques, militaires, etc.) acquises dans le processus de transformation du monde matériel, connaissances scientifiques dont la validité a été démontrée par l’expérience.

  8. L’application du matérialisme dialectique à l’étude de l’évolution des sociétés est le matérialisme historique. Le matérialisme historique postule que le fondement de toute société humaine se situe au niveau de l’économie : au niveau des forces productives (les instruments de production et les masses laborieuses qui les manient) et des rapports de production (les rapports que les êtres humains établissent entre eux afin de produire ce qui est nécessaire à leur existence). Au-dessus de cette infrastructure économique s’établit une superstructure politique (État, partis politiques, tribunaux, etc.) et idéologique (philosophie, culture, religion, art, etc.). Tous les grands événements, les grandes révolutions et les grands bouleversements sociaux dans l’histoire ont découlé du développement de la vie matérielle et économique – du développement de la production – et non du développement des idées et des concepts. Les nouvelles idées politiques, philosophiques ou artistiques ne sont que l’expression des nouvelles forces productives et des nouveaux rapports de production. Selon le matérialisme historique, chaque révolution dans l’histoire a mené à une nouvelle transformation des rapports de production et à un développement plus avancé des forces productives. Les révolutions marquent le remplacement des modes de production périmés par des modes de production supérieurs.

  9. Le matérialisme historique nous enseigne que l’humanité est passée jusqu’à maintenant par quatre grands modes de production : le communisme primitif, l’esclavagisme, le féodalisme et le capitalisme. Le but de la révolution prolétarienne est la destruction du mode de production capitaliste (basé sur la propriété privée des moyens de production, l’exploitation de la plus-value et les échanges marchands) et son remplacement par le mode de production communiste (basé sur la propriété sociale des moyens de production, sur l’association libre et égalitaire des travailleurs et sur la planification économique).

La centralité ouvrière

  1. Nous appuyons le principe de la centralité ouvrière, c’est-à-dire la vérité selon laquelle le prolétariat ouvrier – et plus particulièrement son noyau concentré dans la grande production industrielle – constitue la force motrice de la classe travailleuse et de la révolution socialiste. L’Avant-garde communiste du Canada vise à s’implanter et à se construire au cœur de la classe ouvrière d’abord et avant tout.

  2. Nous affirmons l’indivisibilité des intérêts du prolétariat dans son ensemble et nous prônons l’unité absolue de tous les prolétaires peu importe leur secteur d’activité, leur degré de qualification ou leurs conditions d’existence actuelles. Nous cherchons à unir et à mobiliser pour la révolution l’ensemble des grands groupes qui composent le prolétariat.

  3. Nous nous appuyons sur le mouvement ouvrier actuel ainsi que sur les revendications prolétariennes qui y sont exprimées constamment – et que nous n’avons pas à inventer. Nous prenons part aux luttes économiques et syndicales menées régulièrement par les travailleurs contre les capitalistes et nous cherchons à leur donner une direction politique révolutionnaire. Nous sommes entièrement partisans de la fusion du socialisme scientifique et du mouvement ouvrier afin de transformer ce dernier en un puissant torrent qui renversera la bourgeoisie et le capitalisme.

  4. Nous affirmons que le mouvement syndical actuel possède une double nature. Nous reconnaissons, d’une part, son rôle utile et indispensable dans la défense économique immédiate des travailleurs. D’autre part, nous reconnaissons le caractère bourgeois de sa direction sur le plan politique. Pour que le prolétariat puisse prendre le pouvoir et vaincre la bourgeoisie, la direction bourgeoise du mouvement ouvrier devra ultimement être remplacée par une direction prolétarienne et communiste. C’est avec la maturation de la lutte politique révolutionnaire et avec la montée vers le pouvoir du prolétariat guidé par son parti d’avant-garde que la transformation du mouvement ouvrier dans son ensemble sera possible.

  5. Nous adhérons au mot d’ordre léniniste « plus profondément dans les masses », c’est-à-dire que nous reconnaissons la nécessité de nous lier avec les larges masses de travailleurs à la base des organisations syndicales et dans les milieux de travail non syndiqués. Nous visons à faire émerger un fort courant de lutte politique pour le socialisme au sein du mouvement ouvrier en nous appuyant principalement sur ces larges masses de travailleurs.

  6. Le conflit permanent entre les travailleurs et la bourgeoisie est quelques fois latent, quelques fois ouvert, mais il brûle toujours sous les cendres. Les confrontations et les luttes connaissent immanquablement des pointes et des creux. Elles restent toutefois une donnée définitive des rapports de classes sous le capitalisme. Résultant d’une contradiction économique objective – celle entre le Travail et le Capital –, ces luttes apparaissent spontanément et les communistes n’ont pas besoin de les créer artificiellement. Au contraire, ils doivent impérativement se lier avec les luttes réelles : celles émanant des masses prolétariennes elles-mêmes et rassemblant les blocs de travailleurs les plus actifs. Pour mettre le plus de clarté possible sur le pourquoi, le comment et le résultat de ces conflits ainsi que pour y intervenir correctement, nous appliquons dans toutes les circonstances notre ligne syndicale.

  7. Nous sommes fermement opposés à toutes les tendances scissionnistes dans le mouvement syndical, c’est-à-dire à toutes les tendances qui prétendent pouvoir revitaliser le mouvement ouvrier en créant de nouveaux syndicats ou de nouvelles organisations ouvrières soi-disant « plus à gauche ». Cette perspective illusoire est constamment mise de l’avant par les trotskistes, par les anarcho-syndicalistes, par beaucoup de réformistes militants ou encore par des « sociaux-démocrates » traditionnels dénonçant à outrance la direction des principales organisations syndicales et y voyant la cause fondamentale des échecs, réels ou inventés, du mouvement ouvrier. Nous affirmons que les tendances scissionnistes nuisent au mouvement ouvrier en le morcelant inutilement, diminuant en réalité sa force de frappe sous prétexte de vouloir la rehausser. Ces tendances nuisent aussi et surtout à la lutte pour le socialisme en séparant les prolétaires les uns des autres et en brisant les grandes « caisses de résonance » de la classe ouvrière.

  8. Il est vrai que les strates supérieures de l’appareil syndical ne se composent pas seulement d’éléments honnêtes, mais abritent aussi des carriéristes, des lâches, des éléments corrompus et parfois même des agents directs du capital. Il est vrai aussi que les luttes syndicales sont souvent « décevantes » pour les travailleurs, qu’elles ne parviennent pas toujours à produire des gains appréciables et qu’elles n’arrivent pas à empêcher l’appauvrissement général du prolétariat. Or, le fond du problème ne se situe pas dans la direction du mouvement syndical, mais bien dans les limites inhérentes à la lutte économique elle-même, laquelle, lorsqu’elle n’est pas subordonnée à la lutte politique révolutionnaire, constitue essentiellement une lutte défensive menée dans le cadre d’un régime servant les intérêts généraux de la classe capitaliste. Autrement dit, laissée à elle-même, cette lutte ne peut pas améliorer radicalement le sort du prolétariat ni même garantir la satisfaction des revendications immédiates des travailleurs.

  9. Les tendances scissionnistes génèrent des illusions néfastes, en faisant miroiter des changements et des améliorations qui ne surviendront pas. Elles orientent les prolétaires vers un cul-de-sac. En réalité, peu importe leur bannière, les organisations syndicales finissent par accomplir les mêmes grandes tâches et par se comporter de la même façon, outre certains détails secondaires. D’ailleurs, beaucoup de travailleurs le disent ou le pensent spontanément : « les syndicats sont tous pareils », « pourquoi y a-t-il autant de syndicats différents? », « il vaudrait mieux faire tous partie du même syndicat ».

  10. De manière générale, le niveau de combativité des luttes ouvrières ne dépend pas de l’étiquette que l’on donne aux syndicats ou encore des convictions subjectives de leur direction. La combativité dépend plutôt de la période dans laquelle les luttes se déroulent, c’est-à-dire de la situation politique et économique caractérisant la lutte des classes dans une phase donnée de son développement. Le principal moteur de la combativité ouvrière est la lutte politique pour le pouvoir, lutte se déroulant à l’échelle de toute la société – et même à l’échelle mondiale! –, en dehors du rapport immédiat entre patrons et travailleurs. C’est lors des périodes d’effervescence révolutionnaire que les luttes ouvrières ont été les plus combatives au cours de l’histoire.

  11. Nous rejetons la perspective de fonder un syndicat « rouge » ou « révolutionnaire » pendant une période non-révolutionnaire. Cette perspective ne peut que conduire à s’isoler complètement des masses ouvrières et de leurs luttes économiques réelles, en plus de conduire à sombrer dans l’économisme et le réformisme. Elle mène soit à créer des faux syndicats – qui sont en fait des petits partis économistes –, soit à créer des syndicats comme les autres. C’est ce que confirme de manière éloquente toutes les tentatives faites par les anarcho-syndicalistes canadiens au cours de la dernière décennie. Nous rejetons également l’objectif de faire éclater une lutte exemplaire particulièrement combative dans un milieu de travail donné, comme tentent de le faire les trotskistes et les anarcho-syndicalistes. Vouloir faire émerger une grève spectaculaire de manière isolée, en dehors d’une situation d’agitation générale du prolétariat et des masses populaires, c’est un vœu pieux. Nous nous opposons aux mots d’ordre irréels et inapplicables qui ne servent qu’à satisfaire ceux qui les lancent.

  12. Nous cherchons plutôt à nous saisir dans leur grande masse de toutes les luttes défensives sur le territoire, peu importe leur forme et leur degré de combativité, comme d’un levier puissant pour faire progresser le mouvement révolutionnaire. Il s’agit d’installer au sein de cette grande masse de conflits déjà existants un puissant outil d’organisation et d’initiative politique. Nous sommes donc en faveur de travailler à l’intérieur des syndicats existants, même si leur direction est « réformiste » et pro-capitaliste, et d’y établir des noyaux communistes organisés.

  13. Au sein du mouvement ouvrier, nous appelons à l’unité la plus large de tous les ouvriers et de tous les employés d’exécution dans un même syndicat; nous voulons que tous les ouvriers isolés dans les petits milieux de travail puissent rejoindre cette grande union. Nous participons aux grèves, à la mobilisation défensive lors des lock-out et aux manifestations prolétariennes. Nous appuyons et popularisons les revendications ouvrières spontanées; nous encourageons le combat pour l’augmentation des salaires, contre les dangers au travail, pour l’amélioration des horaires, des retraites, des congés et des protections diverses.

  14. Nous ne visons pas à concurrencer les syndicats sur leur terrain. Nous visons plutôt à organiser des révélations politiques, à amener les ouvriers à participer à la lutte pour le socialisme à l’extérieur de leurs milieux de travail. Nous luttons pour que la classe ouvrière prenne le pouvoir et dirige la production!

Le parti communiste complet : notre synthèse des quatre formes objectives de l’action révolutionnaire

  1. Les sociétés et les grands modes de production historiques naissent et meurent dans la violence. « La violence, disait Marx, est l’accoucheuse de l’histoire ». Ce n’est pas un choix ou une option. Il n’y a pas là l’objet d’une délibération morale. Mais en matérialistes, nous savons également que la violence n’est pas une et indivisible. Il y a la violence qui tente d’aller à rebours de l’histoire, de maintenir un vieux régime ou une vielle classe sociale au pouvoir, de prolonger un empire, une domination coloniale ou impérialiste, d’étirer l’oppression d’un peuple ou d’une nation. Cette violence à rebours de l’histoire est condamnée. La défaite et la honte guettent ses propagateurs. Et il y a par contre la violence objective qui marque la fin d’un vieux régime, le développement d’un mode de production progressiste, le remplacement d’une classe réactionnaire, la libération d’un peuple, etc. Celle-ci accompagne toujours la réalisation de la lutte des classes. C’est pourquoi nous pouvons dire avec Engels : « Un cri de guerre va retentir : Guerre aux palais, paix aux chaumières! »

  2. L’Avant-garde communiste du Canada est une organisation de combat : elle lutte pour le renversement de la bourgeoisie canadienne à travers la destruction complète de l’État bourgeois canadien. S’organisant de manière conforme à ses buts, notre organisation dissimule entièrement son fonctionnement interne, protège l’identité de ses militants et se soustrait à tout contrôle des autorités. Tout en profitant de la légalité bourgeoise et en déployant des formes d’agitation et de propagande ouvertes, elle vise à développer le travail secret et illégal. Elle ne cherche aucune reconnaissance officielle de la bourgeoisie, refuse toute participation aux instances de l’État bourgeois et ne vise pas à faire élire de députés au parlement.

  3. L’Avant-garde communiste du Canada cherche à fonder un parti qui deviendra un parti révolutionnaire complet. Un tel parti veut éviter à tout prix de se spécialiser dans un domaine d’action en particulier (que la propagande, que la lutte économique, que l’action armée, etc.). Il cherche plutôt à maîtriser la totalité des formes objectives de l’action révolutionnaire. Autrement dit, il cherche à combiner l’ensemble des formes de lutte et des moyens d’action développés historiquement par les avant-gardes communistes. Notre organisation puise notamment dans l’expérience du Parti bolchevique de Lénine, des partis de l’Internationale communiste de 1919 à 1943, du Parti communiste du Canada dans les années 1920 et 1930 alors qu’il a monté spectaculairement dans la classe ouvrière, des partisans anti-fascistes européens de la Seconde Guerre mondiale, du Parti communiste chinois dirigé par Mao Zedong, des communistes vietnamiens pendant la guerre de résistance antifrançaise et pendant la guerre du Vietnam, des organisations marxistes-léninistes renaissantes dans les années 1970 au Canada, des organisations combattantes européennes des années 1970-1980, et des partis maoïstes du Mouvement révolutionnaire internationaliste (MRI) ayant existé de 1984 jusqu’aux alentours de 2010.

  4. Nous affirmons que pratiquement toute l’activité d’un parti communiste, hormis un certain nombre de tâches administratives ou de représentation, appartient, par la force des choses et la réalité politique objective de la lutte des classes, à l’une ou l’autre des quatre formes objectives de l’action révolutionnaire : 1) la propagande politique générale (dite classique), 2) l’action révolutionnaire parmi les masses, 3) la propagande armée, et 4) la guerre populaire prolongée. Ces dernières existent en tant que formes historiques, soit en tant que réalités objectivées par l’expérience historique du prolétariat international, et cela, indépendamment de la manière avec laquelle une organisation ou un parti les assume ou les nie, les prend en charge ou les néglige. Assumées et prises en charge, elles sont autant de possibilités et de capacités ouvertes pour l’action révolutionnaire. Niées et négligées, elles sont autant de capacités d’initiative et de résistance laissées à la bourgeoisie et à ses alliés politiques.

  5. Le parti communiste complet est celui qui permet de prendre en charge les tâches de la révolution et par conséquent, de ne pas se condamner à l’impuissance. Cette conception rejette la schématisation à outrance : elle cherche à atteindre les objectifs de prise du pouvoir par divers moyens, à divers niveaux d’intensité, mais toujours de manière synergique.

  6. La propagande politique générale réfère aux méthodes habituelles de lutte idéologique par la transmission des idées au moyen d’outils de communication écrits, parlés, électroniques, imprimés; au moyen de cours, de conférences, de production et d’édition de matériel théorique et scientifique, etc.

  7. Cette propagande permet de faire en sorte que les masses reconnaissent la nécessité du parti ainsi que sa direction, élèvent leur niveau de conscience de classe, et se considèrent comme classe en soi. Les organes de cette propagande répercutent parmi les masses les orientations et les mots d’ordre nécessaires au renversement de la classe capitaliste. Le parti, de manière concrète, se pose en centre intellectuel hégémonique du prolétariat dans la lutte des classes. Bref, cette propagande fait apparaître le parti comme le centre dirigeant révolutionnaire.

  8. L’expression des communistes ne peut se réduire seulement aux formes les plus classiques. Cependant, par le fait qu’elle parvient à synthétiser une pensée et à la rendre intelligible, la propagande politique générale fait progresser en clarté la ligne politique défendue auprès de l’avant-garde et des masses prolétariennes.

  9. L’action révolutionnaire parmi les masses réfère à la présence agissante des militants du parti au sein du prolétariat et des couches populaires, dans toutes les circonstances de leur réalité vivante. Elle n’est pas une simple présence-reflet comparable à celle que pratiquent tous les courants spontanéistes comme l’anarcho-syndicalisme ou le réformisme militant qui au fond se contentent de refléter les luttes ou les mouvements qui se forgent ici et là. Notre présence est plutôt une présence d’avant-garde, consciente, politique, faisant preuve constamment d’initiative pour élever les luttes et les objectifs des masses. En somme, les opérateurs de l’action révolutionnaire parmi les masses font un travail communiste indépendant.

  10. Les révolutionnaires déploient, entre autres, les formes de lutte et les moyens de combat utilisés historiquement par le prolétariat international pour résister au capitalisme, qu’il s’agisse des grèves, du sabotage, des barricades, des manifestations, des occupations, etc. La tâche du parti est d’utiliser le patrimoine de formes de lutte déjà accumulé en plus de systématiser les nouvelles formes de lutte qui surgissent au sein des masses.

  11. À un certain stade de son développement, le parti d’avant-garde génère la création d’un nombre important de mouvements et d’organisations à travers le pays qui adoptent un style et une pratique maoïstes bien démarqués, prélude au déferlement d’une vague de luttes et de combats. Le style et la pratique du parti sont eux-mêmes une forme de propagande.

  12. La propagande armée est la forme objective de l’action révolutionnaire qui regroupe l’ensemble des moyens armés (c’est-à-dire ceux incorporant l’usage du feu) employés avant la guerre populaire et contribuant à sa préparation politique. Elle est dirigée contre des biens, des instances, des appareils organisés, des moyens et des dispositifs de la bourgeoisie pour occasionner leur destruction partielle ou totale. Ce n’est qu’à partir du déclenchement de la guerre populaire que la propagande armée devient subordonnée à l’aspect militaire de la lutte, lui-même subordonné à la direction politique du parti.

  13. La propagande armée sert de véhicule au discours révolutionnaire. Son message est sans ambiguïté; sa portée est nationale. Surtout, elle valide matériellement la possibilité pour le peuple de remporter des victoires. La propagande armée a principalement une fonction politique dans la lutte des classes, et ce, même si elle peut aller jusqu’à prendre une forme militaire. Le contenu de ce qu’elle propage est plus important que le moyen dont elle se sert. Aussi, elle renseigne peu à peu le prolétariat et ses militants d’avant-garde sur l’étendue des capacités qu’ils doivent acquérir pour vaincre le pouvoir de la bourgeoisie.

  14. Avec le léninisme, au début du XXe siècle, le prolétariat révolutionnaire a compris qu’un parti ouvrier n’était pas la simple addition de plusieurs groupes locaux circonscrits aux limites de plusieurs usines ou de plusieurs localités, mais qu’il devait propulser sa politique devant le peuple entier. Dans « Que faire? », Lénine disait que « seul le parti qui organisera véritablement des révélations à l’intention du peuple entier pourra devenir, de nos jours, l’avant-garde des forces révolutionnaires. » Plus d’un siècle plus tard, dans des pays qui ne sont plus soumis au sens strict à des gouvernements aristocratiques s’appuyant sur l’inexistence de droits démocratiques, mais à des démocraties bourgeoises éprouvées et puissantes, la nécessité d’une propagande portée devant le peuple entier est une chose tout aussi certaine, sinon davantage encore. Mais aujourd’hui, force est d’admettre que la forme journalistique des révélations est devenue insuffisante.

  15. Dans un pays vaste, multi-national et multi-linguistique, où les disparités régionales et économiques sont nombreuses, les moyens de cette nouvelle propagande permettent à la lutte politique de transcender les distances, les régions, les différences entre les secteurs de l’économie, entre les couches d’ouvriers et les groupes linguistiques, etc. Toutes les classes de la société sont concernées par le conflit ainsi posé, mais évidemment dans des directions contraires et avec des effets opposés : négativement pour les classes dominantes, et positivement pour le prolétariat et la masse des travailleurs. C’est ainsi, en bouleversant les vieux accords, en réveillant les soumissions dormantes et en congédiant les alliances qui se maintiennent depuis si longtemps, que la lutte des classes va monter et va progresser pour atteindre sa dimension politique; que la lutte de classe va devenir une lutte pour renverser l’État bourgeois.

  16. Le mouvement révolutionnaire, au cours de son développement, fait apparaître ce que nous appelons une aire vaste de propagande et d’organisation au sein du prolétariat et des masses. C’est en se développant parallèlement à cette vaste caisse de résonance que la troisième forme de l’action révolutionnaire peut atteindre ses buts.

  17. Au stade de préparation de la guerre populaire, l’apparition de la propagande armée s’inscrit en continuité avec la lutte non armée du prolétariat. Si son apparition annonce la guerre populaire, elle n’indique pas encore de changement de période dans la lutte révolutionnaire. C’est seulement la guerre populaire qui est structurante stratégiquement et c’est seulement son déclenchement qui inaugure une nouvelle phase.

  18. Sans aire vaste de propagande et d’organisation qui se construit progressivement, qui prend de l’ampleur et qui se consolide, la propagande armée ne trouve pas de supporters qui la font résonner avec enthousiasme dans les masses. Elle est donc vaine. La propagande armée ne consiste pas en un acte de colère spontané et individuel. Nous condamnons les actions armées isolées, menées par des militants qui n’ont pas forgé de liens forts avec les travailleurs. Nous condamnons les actions qui ne sont pas approuvées par des groupes importants de prolétaires prêts à en propager le message. Nous condamnons ceux qui négligent le développement de l’aire vaste de propagande et d’organisation, c’est-à-dire la construction d’un dispositif multiforme et tentaculaire, d’une caisse de résonance qui est à ciel ouvert, loin de la clandestinité.

  19. La révolution se développe à travers la construction croisée. Elle fera apparaître, à différents endroits dans la société, des moyens d’actions et des formes d’organisation variés qui vont s’alimenter mutuellement.

  20. Toutes les formes objectives de l’action révolutionnaire agissent en synergie. Toutes sont en dialogue et finissent par atteindre un niveau d’interdépendance pour tendre vers leur pleine maturation. Elles n’opèrent réellement que par synthèse politique. Autrement dit, une stimulation isolée ne produit jamais l’effet escompté. La propagande armée et l’action révolutionnaire parmi les masses ne sont rien sans la propagande classique, qui elle-même devient une coquille vide lorsqu’elle n’a pas d’écho dans la pratique révolutionnaire. C’est la synthèse des trois premières formes de l’action révolutionnaire pendant la période de préparation de la guerre populaire qui peut mener au déclenchement de cette dernière.

  21. La guerre populaire prolongée, elle, réalise l’unité de toutes les méthodes de lutte et de tous les combats du prolétariat, en leur fournissant une solution qui sans elle resterait inexistante; elle réalise la lutte pour la conquête du pouvoir politique et le renversement de l’État bourgeois. La lutte armée est la forme d’action principale de la guerre populaire. Chaque classe fait la guerre à sa façon et donc, le prolétariat a une façon de la faire qui lui est propre. En fait, la guerre populaire, c’est la lutte du prolétariat révolutionnaire et de ses alliés pour désarmer l’État bourgeois, et concurremment, la lutte du prolétariat et de ses alliés pour s’armer eux-mêmes.

  22. S’il existe une possibilité sur cent que le prolétariat fasse chuter l’État bourgeois d’abord et n’entreprenne de le désarmer qu’ensuite, il existe surtout quatre-vingt-dix neuf possibilités sur cent que ce soit l’inverse qui se produise et que le parti doive d’abord lutter pendant un certain temps pour désarmer, affaiblir et isoler l’adversaire de même que pour s’armer lui-même dans l’optique de parvenir à faire chuter le pouvoir de la bourgeoisie. À tout prendre, c’est à cette réalité des quatre-vingt-dix-neuf possibilités sur cent que notre organisation se prépare; c’est à la préparation de la guerre populaire prolongée qu’elle s’affaire.

Nos principes d’organisation

  1. En tant que détachement organisé du prolétariat, l’Avant-garde communiste du Canada n’est composée que de militants révolutionnaires actifs, faisant partie de l’une de ses instances et se soumettant à la discipline unique de l’organisation. Contrairement aux partis bourgeois, il n’accepte pas de membres passifs et de beaux parleurs.

  1. L’Avant-garde communiste du Canada fonctionne selon le principe du centralisme démocratique, lequel permet à la fois la liberté de discussion et l’unité dans l’action. Le centralisme démocratique favorise l’initiative à la base de l’organisation en même temps qu’il permet à son centre dirigeant d’exercer l’autorité la plus ferme de sorte que les résolutions du parti ont préséance sur le débat. Cet acquis politique du mouvement communiste n’est pas une fioriture; c’est le fondement de son organisation.

  2. La démocratie au sein du parti prolétarien ne sert pas à nier, mais bien à renforcer la discipline unique, la volonté unique, la ligne directrice unique et l’organisme dirigeant unique du parti. Pour triompher de la bourgeoisie – qui dispose d’un appareil d’État puissant et de ressources innombrables pour imposer sa conception du monde à la société –, le prolétariat a absolument besoin d’un parti centralisé et unifié. Il a besoin d’un parti monolithique, c’est-à-dire d’un parti qui n’a et qui ne présente qu’une seule ligne, laquelle dirige sa propagande et son action. L’Avant-garde communiste du Canada se construit conformément à cette nécessité : comme une véritable organisation d’avant-garde centralisée.

  3. L’unité de volonté et l’unité d’action du parti n’excluent évidemment pas que des débats puissent avoir lieu à l’intérieur de l’organisation. Sans débats, il n’y aurait pas de centralisme démocratique. Les débats fraternels au sein du parti doivent servir d’une part à atteindre la vérité, et d’autre part à renforcer la soumission consciente et volontaire des membres à la discipline du parti. Mais une fois les débats épuisés, la discussion doit prendre fin et l’unité d’action doit prévaloir. Aussi, dans le parti, la minorité doit se soumettre à la majorité; les instances inférieures doivent se subordonner aux instances supérieures.

  4. Toutefois, l’histoire enseigne que des contradictions et des divergences plus profondes, c’est-à-dire des positions ayant tendance à éloigner le parti de son orientation révolutionnaire, peuvent parfois apparaître dans les rangs du parti sous la pression que la bourgeoisie et les couches non prolétariennes exercent immanquablement sur le prolétariat et son avant-garde (ces derniers n’évoluant pas en vase clos, mais bien dans une société traversée par la lutte des classes). Ces contradictions et ces divergences menacent alors de se cristalliser dans une ligne opportuniste qui revient à protéger la bourgeoisie. La probabilité qu’une telle ligne politique se développe est particulièrement élevée lors des moments décisifs et des tournants dans la lutte des classes. Afin de ne pas être pris au dépourvu, le parti doit chercher à anticiper ces moments et s’y préparer.

  5. Pour empêcher l’émergence d’une ligne bourgeoise qui briserait son unité et menacerait de changer son caractère de classe, le parti doit lutter fermement contre les déviations et chercher à les supprimer dès qu’elles se manifestent, et ce, en n’hésitant pas à expulser de ses rangs les opportunistes avérés ainsi que les éléments désagrégateurs. En effet, une avant-garde révolutionnaire authentique ne saurait tolérer de tels individus en son sein. Si le parti doit faire preuve d’une fermeté implacable contre les opportunistes et lutter pour empêcher leur présence dans ses rangs, il doit également s’assurer, à travers une éducation politique constante, que l’ensemble de ses cadres et de ses militants honnêtes sont en mesure d’assimiler la ligne prolétarienne, de repérer les déviations opportunistes et de mener la lutte contre elles. En appliquant correctement ces mesures, il est possible d’empêcher l’émergence d’une ligne bourgeoise et de préserver la ligne prolétarienne unique du parti.

  6. Malgré le danger permanent de l’émergence d’une ligne bourgeoise, l’apparition de celle-ci ne doit pas être vue comme inévitable. Affirmer qu’elle l’est reviendrait à vouloir encadrer cette ligne, voire à la tolérer. Cela dit, tant que la lutte des classes existera, l’émergence d’une ligne opportuniste demeurera possible et même probable. La vigilance est de mise, car la justesse d’un programme pour la révolution ainsi que la justesse de la propagande de l’organisation n’immunisent pas contre les déviations futures.

  7. Cela dit, l’histoire du mouvement communiste montre que dans certaines circonstances, l’unité d’un parti peut se trouver momentanément brisée : qu’une fraction défendant une ligne bourgeoise et opportuniste peut effectivement se développer au sein de l’organisation. Les partisans du camp prolétarien doivent, dans cette situation, prendre tous les moyens nécessaires pour écraser la ligne adverse afin de restaurer l’unité du parti et de sauvegarder son caractère révolutionnaire. Si la direction du parti est tombée entre les mains d’opportunistes bourgeois, le camp révolutionnaire doit absolument refuser de s’y soumettre et se révolter contre elle. Comme le maoïsme l’enseigne, il doit alors « bombarder le quartier général ». Dans ce cas, la lutte des classes prime bien entendu sur l’aspect formel du centralisme démocratique. La lutte entre les deux lignes peut ainsi mener à des expulsions, à des vagues d’épuration, voire à une scission. Malgré son caractère antagonique, elle doit néanmoins comporter un aspect important d’éducation. Cette dernière doit permettre de rehausser le niveau politique du parti – voire des masses à l’extérieur du parti – et d’empêcher la ligne bourgeoise de réémerger.

Contre le programme postmoderne de la grande bourgeoisie canadienne

  1. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la bourgeoisie des pays impérialistes occidentaux comme le Canada est engagée dans un processus continu et prolongé de démocratisation stratégique dans les pays impérialistes afin de se maintenir au pouvoir. En 1945, les bourgeoisies gagnantes ont choisi l’option de la démocratie bourgeoise pour vaincre le communisme. Si la bourgeoisie avait mis en place des régimes fascistes dans chaque pays capitaliste développé, elle aurait été rapidement balayée par la classe ouvrière et les masses populaires révoltées contre ses méthodes tyranniques, terroristes et sanguinaires. En revanche, la démocratie bourgeoise a permis aux classes dominantes de conserver leur pouvoir et de retrouver une certaine légitimité. Aujourd’hui, cette démocratie est une finalité incontournable pour la bourgeoisie.

  2. On assiste depuis ce moment à un long processus de perfectionnement de la démocratie bourgeoise. Les tâches démocratiques qui n’avaient pas encore été accomplies (par exemple l’atteinte de l’égalité juridique complète entre les hommes et les femmes) sont réalisées. Plus le temps avance, et plus l’ampleur des revendications démocratiques à satisfaire se réduit. La bourgeoisie en arrive à un point où elle ne peut plus que peaufiner et polir ses institutions démocratiques. C’est l’étape à laquelle se trouve présentement la bourgeoisie canadienne.

  3. En même temps qu’elle démocratise son État, la bourgeoisie gagne le soutien des couches intellectuelles et artistiques. Celles-ci sont entièrement rassasiées de la liberté pleine et entière que leur concède désormais le pouvoir bourgeois. Elles en ont plus qu’elles en demandent. Par conséquent, elles se portent d’emblée à la défense de la démocratie bourgeoise.

  4. Afin de s’assurer l’appui des intellectuels et des artistes, la grande bourgeoisie doit les laisser développer leurs idées et doit satisfaire certaines de leurs revendications. En même temps, cela fait son affaire puisque l’idéologie développée par la petite-bourgeoisie tend à masquer la lutte des classes et à donner l’impression que l’exploitation n’existe plus. Petit à petit, les intellectuels, les artistes, les milieux universitaires et médiatiques sont tacitement chargés de développer la nouvelle idéologie dominante : le postmodernisme.

  5. Le postmodernisme est le reflet, dans la conscience des petits-bourgeois, de la stagnation matérielle de la société capitaliste. Il s’agit d’une idéologie opposée au progrès, aux sciences et aux techniques ainsi qu’au communisme. Le postmodernisme est aussi une interprétation déformée – générée par la petite-bourgeoisie – des grandes luttes démocratiques ayant eu lieu au cours du XXe siècle et dont la plupart sont aujourd’hui résolues dans les pays impérialistes. Malgré que le capitalisme permet la résolution des revendications démocratiques réelles, la petite-bourgeoisie postmoderne, hostile à l’idée de progrès, imagine que la modernité a généré la discrimination et les « oppressions », et que celles-ci se perpétuent inlassablement. Elle voit la société se fragmenter à l’infini en une multitude « d’identités » opprimées. Dans les années 1960 et 1970, le postmodernisme s’est constitué en tant que mouvement philosophique et militant et a pris son essor. Aujourd’hui, ce mouvement est omniprésent dans la société bourgeoise.

  6. La grande bourgeoisie accepte maintenant l’intégration des thèses et de l’idéologie postmodernes au sein de ses partis politiques, de son appareil d’État, de ses institutions médiatiques et culturelles, etc. Le perfectionnement de la démocratie bourgeoise s’effectue désormais sous la bannière de cette nouvelle forme d’idéalisme. L’État capitaliste fait à présent la promotion du féminisme, de l’écologisme, du post-colonialisme, etc. Tout cela fait partie du programme postmoderne de la grande bourgeoisie.

  7. L’avant-garde prolétarienne doit refuser toute participation au mouvement postmoderne petit-bourgeois. Si elle appuie les revendications démocratiques réelles et légitimes des masses populaires, elle doit dénoncer sans réserves les revendications et les thèses idéalistes de la petite-bourgeoisie (la reconnaissance de « l’identité de genre », la « décroissance », etc.). Elle doit s’opposer avec force à l’idéologie postmoderne qui tend à affaiblir la lutte ouvrière contre la bourgeoisie, à diviser les masses, à répandre la méfiance des sciences et des forces productives et à propager l’anti-autoritarisme au profit de la classe dominante.

  8. À l’époque du perfectionnement de la démocratie bourgeoise, l’avant-garde prolétarienne doit se concentrer essentiellement sur l’exploitation économique, sur le combat sur la plus-value et surtout, sur la lutte politique qui en découle. Elle doit redoubler de vigilance pour empêcher la pénétration de l’idéalisme postmoderne dans ses rangs et développer une méfiance organisée des couches intellectuelles et artistiques de la petite-bourgeoisie. Elle doit également mener une vaste campagne de dénonciation du programme postmoderne de la bourgeoisie.

Les courants qui cherchent à diriger les masses

  1. La bourgeoisie et les intellectuels à son service cherchent constamment à influencer le prolétariat pour l’empêcher de prendre conscience de ses intérêts propres et de lutter de manière indépendante pour la réalisation de ses tâches historiques. La mobilisation bourgeoise et réactionnaire des masses est bien perceptible. La bourgeoisie cherche à utiliser le prolétariat pour servir ses propres intérêts et pour attaquer les acquis historiques de la classe ouvrière. Elle favorise l’émergence de courants idéologiques et militants petits-bourgeois qui sont hostiles au communisme et qui développent une attitude réactionnaire vis-à-vis du développement des forces productives.

  2. Le grand mouvement postmoderne est le mouvement réactionnaire petit-bourgeois principal. Il se décompose lui-même en divers sous-courants tels que le féminisme, l’écologisme et le post-colonialisme. Le grand mouvement postmoderne domine dans les universités, les milieux intellectuels et les médias. Il pénètre progressivement le mouvement syndical en se mêlant à des courants plus anciens et traditionnels tels que le réformisme militant. Il cherche à influencer et à diriger les prolétaires, mais il parvient surtout à générer un bruit de fond dérangeant dans le mouvement ouvrier. Il ne peut pas transformer la nature des syndicats et l’essence des luttes économiques, lesquelles découlent de la réalité matérielle de la lutte des classes et non de l’idéologie. Cela dit, il faut tout de même s’y opposer avec vigueur et lutter pour qu’aucun prolétaire ne se laisse berner par ces idées néfastes.

  3. Dans la lutte politique de surface que nourrit la démocratie bourgeoise au Canada, lutte qui est superficielle mais néanmoins foisonnante, il n’existe plus à proprement parler de grande social-démocratie classique comprise comme une fusion entre la couche dirigeante du mouvement syndical et un solide appareil parlementaire et électoraliste, fusion dont la raison d’être est d’hégémoniser l’activité politique de la classe ouvrière. Il reste encore quelques vestiges régionaux d’une forme de « triple-alliance » (secteurs du NPD, grands groupes ouvriers, appareils syndicaux). Mais ces vestiges sont très épars et minoritaires. Le NPD s’est défait de ses amarres ouvrières. Nous parlons donc ici du réformisme militant, dit aussi le « flanc gauche de la bourgeoisie ». Le NPD en est, comme le Parti vert, l’ancien Parti communiste du Canada, Québec solidaire, les trotskistes, le réseau des ONGs, des appareils de recherche alternatifs et nationalistes, les mouvements communautaires, et tous les « maîtres-passeurs » qui ont pour fonction permanente dans la lutte des classes d’encadrer le militantisme ouvrier et populaire de manière à ramener les « égarés » (les prolétaires qui cherchent la voie de la révolution) dans le giron de la démocratie bourgeoise.

  4. Le réformisme militant n’est qu’un trait d’union néfaste et inutile entre les masses populaires et les partis politiques bourgeois qui dominent les parlements. Il se contente de plaider en faveur d’une « meilleure » distribution des richesses sans s’intéresser à la production. Autrement dit, il ne se pose pas les questions fondamentales suivantes : Qui possède? Qui produit? Selon quels rapports sociaux? Il est ouvertement pro-capitaliste et contre le socialisme. Il sert à donner l’illusion que le capital et le marché pourraient être mis au service des travailleurs si ces derniers élisaient les bons politiciens. Autrement dit, il cherche à maintenir la société sous la contrainte de la bourgeoisie.

  5. Le féminisme est un courant influent dans le mouvement populaire et syndical. Il est directement alimenté par les milieux universitaires, médiatiques et politiques. Les journaux, la télévision, la radio et les artistes en font la promotion en permanence. Au Canada, ce courant entièrement petit-bourgeois et idéologique est un reliquat du mouvement historique des femmes ayant existé à la fin du XIXe siècle et durant une partie du XXe siècle, mouvement progressiste et légitime s’étant développé en réponse à l’injustice qui frappait les femmes dans leur ensemble à l’époque où elles étaient privées des droits et du statut social dont jouissaient alors les hommes. Même s’il contenait déjà à l’époque des éléments idéologiques superflus et réactionnaires, le féminisme comportait tout de même à ce moment-là un aspect démocratique important. Or, le mouvement revendicatif historique des femmes est tombé en caducité au Canada depuis que l’émancipation – notamment juridique – du sexe féminin a été gagnée. Conséquemment, le courant militant étiqueté « féministe » qui perdure au pays est désormais presque entièrement basé sur de l’idéologie : il a perdu tout contenu démocratique et est rendu strictement idéaliste.

  6. En tant que partie intégrante du grand mouvement postmoderne, le féminisme encourage aujourd’hui une lutte des sexes divisive en prônant notamment la suspicion et les dénonciations à outrance. Il invente sans cesse des formes d’oppression inexistantes et encourage les militants à s’investir dans des luttes irréelles et petites-bourgeoises (visant par exemple à transformer la grammaire et le langage, à réformer les individus dominés par le soi-disant « sexisme inconscient », etc.). Il met de l’avant une politique de l’identité selon laquelle les personnes doivent être jugées en fonction de leur « genre » et non en fonction de leurs qualités personnelles; selon laquelle les idées doivent être jugées en fonction du « genre » de la personne qui les formule et non en fonction de leur contenu; etc. Prétendant s’adresser à l’ensemble des femmes, il sert dans les faits d’étendard à une mince couche de femmes issues de la petite-bourgeoisie qui aspirent à développer leur carrière et à briller socialement.

  7. N’étant plus lié à aucun mouvement revendicatif réel, le féminisme dégénère nécessairement vers les formes d’idéalisme les plus extrêmes. Ainsi, il se confond de plus en plus avec l’idéologie queer et le mouvement trans, lesquels se caractérisent par la négation anti-scientifique du sexe biologique, par l’ultra-individualisme et par la promotion de la multiplication « d’identités » et « d’expressions de genre » inventées. Les partisans d’une conception matérialiste du monde doivent impérativement s’opposer aux thèses insensées propagées par ces sous-courants. Les personnes « non binaires », les personnes « trans », les personnes ayant un « genre fluide », etc., n’existent nulle part sauf dans leur propre conscience. Le sexe biologique, lui, existe dans le monde matériel.

  8. Finalement, le féminisme se porte désormais de plus en plus à la défense de la prostitution – pourtant l’un des produits historiques les plus patents du patriarcat et de l’oppression des femmes. Cette activité aberrante, dégradante et malsaine est rebaptisée « travail du sexe » par les idéologues postmodernes, ce qui revient à dire qu’ils la considèrent comme « un travail comme un autre ». En fait, ce point de vue réactionnaire n’est que l’expression des intérêts d’une poignée de femmes et d’hommes de la petite-bourgeoisie qui s’enrichissent de manière parasitaire en offrant leurs « services » sexuels en tant « qu’auto-entrepreneurs », en plus de servir les intérêts des proxénètes et autres barons de la prostitution qui font des affaires d’or sur le dos de femmes maintenues dans une situation de quasi-esclavage. En dépit de ce que pensent les féministes, la classe ouvrière rejette la prostitution et l’éliminera en prenant le pouvoir.

  9. Parmi l’ensemble des courants qui cherchent à exercer leur influence sur les masses et sur les militants, l’écologisme est sans doute celui ayant connu l’ascension la plus importante dernièrement. Malgré les habits « scientifiques » dont il se pare, l’écologisme n’est rien d’autre qu’une idéologie : qu’un point de vue petit-bourgeois et idéaliste sur la nature, sur l’organisation économique de la société et sur les forces productives. C’est l’idéologie selon laquelle l’être humain doit se soumettre à la puissance de la nature – considérée comme une chose immuable devant être préservée dans un état fantasmé – au lieu de chercher à la maîtriser en la transformant. Selon l’écologisme, le développement historique de la production a mené à une crise écologique globale et insurmontable obligeant maintenant l’humanité à faire marche arrière. Il faudrait ainsi lutter pour la réduction de l’intensité de l’activité humaine, pour l’abandon des forces productives modernes (comme l’énergie atomique, l’agriculture industrielle, etc.), voire pour la décroissance économique. Or, ces objectifs sont non seulement impossibles, mais ils sont réactionnaires et condamneraient l’humanité à une dégradation considérable de ses conditions d’existence.

  10. Puisqu’ils s’opposent au développement industriel, les écologistes s’opposent à la classe ouvrière et au contrôle ouvrier sur la production. Les prolétaires doivent rejeter entièrement les illusions propagées par ce courant idéaliste et rétrograde. Contrairement à ce que l’on entend partout, il n’y a pas de grande « crise écologique » ou de grande « crise climatique » menaçant la vie sur Terre ou l’existence des civilisations humaines. L’humanité n’a pas fait l’erreur d’associer le progrès au développement de la production. Les défis posés par l’acte de transformation de la nature peuvent tous être surmontés grâce au progrès des sciences et des techniques. Bref, il n’y a pas de lutte écologiste à mener : il n’y a que la lutte contre l’exploitation capitaliste. Cette lutte est aussi une lutte pour un développement supérieur des forces productives et pour une plus grande domination de l’homme sur la nature.

  11. Une large tendance anti-matérialiste s’emploie depuis les années 1990 à détourner, à défaire (certains disent « à déconstruire ») les bases premières à partir desquelles s’organisent depuis plus de 170 ans le prolétariat et les travailleurs du monde entier, à savoir, la production de la vie matérielle; le travail; les rapports de production; les classes sociales et ce qui en découle concrètement, soit la lutte des classes, les syndicats, les partis, de même que les mouvements et organisations de classe. Pour nous, ces bases sont incontestables. Elles sont historiques et universelles. Les anti-matérialistes et les post-colonialistes veulent quant à eux défaire ces acquis qu’ils prétendent être un « discours » appartenant à l’occident, à l’Europe et au colonialisme.

  12. Le post-colonialisme n’est pas une actualisation des luttes d’émancipation contre le capitalisme et l’impérialisme. Ce vocable est donc trompeur. C’est une tentative de direction des masses à rebours des lois universelles du développement mondial du capitalisme dans l’intention de les gagner à l’hétérogénéité permanente du monde, à ce qui est incommensurable dans les pratiques traditionnelles, au localisme, de même qu’aux croyances et cultures fragmentaires et marginales. Pour le post-colonialisme, tout ce qui est unificateur, totalisant et rassembleur dans l’explication et la transformation du monde est dit « colonial », est accusé de « marginaliser » et donc « d’exercer une domination ». Le post-colonialisme s’en remet à une sorte de lutte culturelle, à une affirmation de l’identité nationale, à un nationalisme culturel réactionnaire. Il prône une humanité fragmentée au détriment de la résolution de l’oppression nationale.

  13. Cette question est extrêmement importante partout, et en particulier au Canada. La classe ouvrière au pays est très largement multinationale. Dans les usines, les quartiers et les villes, les prolétaires ont mille cultures, mille origines, mille histoires. Ils viennent d’Europe, d’Afrique, d’Asie ou des Premières Nations. C’est la lutte des classes qui les unit et qui rendra possible le plein développement des potentialités de chacun. Le post-colonialisme ne vient pas de l’Orient, ni du Sud. Il vient des universités et d’un noyau idéaliste au sein de celles-ci : les sciences sociales bourgeoises.

  14. Dans l’histoire récente de la lutte des classes dans notre pays, l’anarchisme a sans doute été le courant le plus désorganisateur et le plus fervent de la détestation du Travail. Il est une porte d’entrée pour toutes les idées à la mode les plus abjectes. Sans en faire un absolu, nous identifions trois courants anarchistes principaux aujourd’hui : les anarcho-syndicalistes qui se revendiquent de l’héritage néfaste du syndicalisme révolutionnaire du début du 20e siècle; les anarchistes individualistes qui s’alimentent des idées les plus aberrantes du postmodernisme; et les anarchistes artisans qui critiquent le capitalisme en lui opposant un retour à la petite production propre à l’économie féodale. Les premiers déclinent, leur pratique est symbolique et sans issue propre. Les seconds sont les plus nombreux. Ils cherchent à remplacer la rationalité par l’irrationalité. Les troisièmes s’implantent en ville et en région, dans des ateliers d’artistes, dans des petites boutiques ou sur des petites terres agricoles. Ils développent une pratique économique qui se caractérise par une forme naïve et réactionnaire « d’anticapitalisme » et par un rejet du progrès. Ils sont en phase avec le postmodernisme et l’écologisme.

  15. Un autre courant petit-bourgeois cherche à mobiliser les masses populaires en faveur des intérêts de la bourgeoisie. D’une certaine manière, il se situe à part des autre courants, tout en étant en concordance idéologique avec eux sous bien des aspects. Il s’agit du conspirationnisme libertarien. Petit-bourgeois dans son essence, ce courant découle de l’hostilité des petits entrepreneurs et des petits capitalistes envers toute forme d’autorité gouvernementale. N’ayant pas d’emprise sur l’appareil étatique et son personnel contrairement à la grande bourgeoisie, les petits entrepreneurs ont tendance à développer une crainte irrationnelle et réactionnaire de toute forme de contrôle sur leurs activités économiques privées. Leur idéologie est ultra-individualiste et extrêmement anti-communiste. Dénonçant de manière ostentatoire les « élites » et les multinationales, ils peuvent parfois donner l’impression qu’ils s’opposent au capitalisme et ainsi entraîner des prolétaires confus dans leur mouvement rétrograde. Mais cette « opposition » à la classe dominante n’est que pure démagogie et ne sert qu’à défendre leurs intérêts économiques étroits et individuels. Le conspirationnisme libertarien sert d’ailleurs les intérêts de la grande bourgeoisie elle-même : il détourne l’attention des rapports de production capitalistes en propageant l’idée selon laquelle la souffrance des masses serait causée par un « complot » des élites et non par l’organisation sociale dans son ensemble. Hostile à toute forme de contrôle exercé par la société sur les individus et sur la nature, il a des parentés avec l’anarchisme et l’écologisme. En apparence opposé au grand mouvement postmoderne dominant, il constitue au fond l’envers de la même médaille individualiste et petite-bourgeoise.

Notre but : le socialisme et le communisme

  1. Le communisme est une société sans classes sociales et sans État. Sous le communisme, la propriété privée des moyens de production a été entièrement abolie et remplacée par la propriété sociale. La concurrence, l’argent et le marché ont laissé complètement la place à la planification et à la coopération libre et égalitaire entre les producteurs associés. Le communisme, c’est la réalisation du principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». C’est aussi la société où, comme l’a écrit Engels, « le gouvernement des personnes fait place à l'administration des choses et à la direction des opérations de production ».

  2. Le but final du mouvement prolétarien est l’établissement du communisme intégral partout sur la planète avec la suppression des barrières nationales et la fusion des nations au sein d’une grande collectivité mondiale. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, cette fusion des nations se fera de manière non forcée. Cela dit, dans les conditions induites par l’impérialisme, la révolution prolétarienne doit nécessairement se développer de manière inégale dans le monde. Elle ne pourra pas triompher dans tous les pays en même temps.

  3. Il est matériellement impossible de passer directement du capitalisme au communisme.

  4. Le premier acte de la révolution est la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière et l’instauration de sa dictature. La dictature du prolétariat sert à mater la résistance de la bourgeoisie en même temps qu’elle permet aux masses de développer leur capacité à diriger la société. Aussi, elle permet de résister aux tentatives d’influence menée par des agents de la bourgeoisie internationale et des impérialistes étrangers ayant à leur solde des traîtres intérieurs. En situation d’encerclement capitaliste, le volet international de la lutte des classes revêt une grande importance. Le prolétariat utilise le pouvoir d’État pour protéger le pays des invasions contre-révolutionnaires.

  5. Par ailleurs, l’État prolétarien met en place les mesures économiques et sociales qui permettent de supprimer le capitalisme et d’instaurer le socialisme. Après la prise du pouvoir, la révolution doit traverser une période de transition plus ou moins longue avant de pouvoir proclamer le triomphe du socialisme. La bourgeoisie a été vaincue politiquement, mais elle n’a pas encore été liquidée économiquement. Une lutte de classes acharnée se déroule entre le prolétariat au pouvoir et la bourgeoisie renversée, cette dernière cherchant désespérément à empêcher la collectivisation des moyens de production. Cette lutte doit se résoudre par la liquidation complète de la classe capitaliste et par l’instauration d’un nouveau régime économique : le socialisme.

  6. Le socialisme est la phase inférieure du communisme. L’exploitation de la plus-value et l’anarchie capitaliste ont été abolis, cédant la place à une planification économique visant à satisfaire au maximum les besoins matériels et culturels toujours croissants des masses. La force de travail cesse d’être une marchandise et chacun est rétribué selon son travail.

  7. Le socialisme permet de se diriger progressivement vers le communisme, la phase supérieure de ce nouveau mode de production. Le communisme est atteint au terme d’un processus continu de transformation des rapports de production et de développement des forces productives. Rendu à ce stade, le niveau de développement culturel et scientifique des masses permet à chacun de s’épanouir pleinement, tant sur le plan intellectuel que physique, et de contribuer au développement de la société à titre de travailleur polyvalent. Le travail n’est plus une nécessité, mais est devenu un besoin vital. La productivité est tellement élevée et la conscience des masses tellement avancée que chacun peut recevoir selon ses besoins et contribuer selon ses moyens.

  8. L’étape du socialisme couvre une vaste période durant laquelle la lutte des classes se poursuit sous de nouvelles formes. Pendant un certain temps, les débris de l’ancienne bourgeoisie peuvent encore exister, même si la bourgeoisie n’existe plus en tant que classe une fois son expropriation complétée et le socialisme instauré. Ces débris peuvent encore s’adonner à des tentatives désespérées pour restaurer le capitalisme. La bourgeoisie internationale, elle, est cependant encore très puissante. Elle peut s’appuyer sur les débris intérieurs de l’ancienne classe exploiteuse ou encore envoyer ses propres saboteurs pour déstabiliser l’État socialiste et déclencher une contre-révolution. L’influence politique et idéologique de l’impérialisme s’exerce avec force partout sur la planète, influence pouvant corrompre des éléments de la société socialiste et pouvant les faire dévier de la voie révolutionnaire. Cette corruption est à prévoir, d’autant plus que certains reliquats du passé subsistent forcément pendant un certain temps, même après la suppression du mode de production capitaliste. Le droit bourgeois, qui joue nécessairement un rôle pendant la phase du socialisme, rend encore possible l’émergence de nouveaux éléments bourgeois embryonnaires au sein de la société socialiste. Ces éléments seront débusqués et combattus par la dictature du prolétariat et leur tendance à se constituer en véritable classe sociale pourra être endiguée avec la poursuite de la révolution.

  9. Afin d’empêcher les éléments corrompus par l’impérialisme de s’infiltrer dans ses propres rangs ainsi que dans les instances de l’État prolétarien, le Parti fera preuve de vigilance et de fermeté et éduquera ses cadres pour qu’ils soient prêts à défendre coûte que coûte le socialisme. Aussi, le Parti mobilisera les masses et les amènera à participer activement à la gestion de l’économie et de l’État. Les travailleurs devront exercer une surveillance sur les cadres et les responsables politiques censés les représenter, en étant même prêts à se soulever pour déloger les traîtres bourgeois si jamais cela s’avère nécessaire. Dans certains cas, des campagnes d’épuration, voire des vagues de répression devront être menées pour débarrasser les organes de l’État prolétarien et du Parti d’éléments corrompus, criminels et embourgeoisés. Cela dit, pour lutter contre l’émergence de nouveaux éléments bourgeois, le pouvoir prolétarien privilégiera l’éducation politique ainsi que les transformations authentiquement socialistes dans l’économie. En somme, la corruption du Parti et des instances supérieures de l’État prolétarien n’est pas inévitable. Par ailleurs, l’expérience de la Grande révolution culturelle prolétarienne menée en Chine de 1966 à 1976 montre que si jamais des éléments opportunistes apparaissent dans le Parti et se multiplient au point de menacer d’en prendre le contrôle, il est possible d’entraîner les masses à se révolter contre eux pour les faire tomber.

  10. Pendant toute la phase du socialisme, les forces productives devront croître de manière ininterrompue, la propriété sociale devra être protégée et consolidée et les rapports de production devront continuer à être transformés pour permettre à la société d’avancer vers le communisme. Il faudra réduire progressivement la journée de travail pour permettre aux ouvriers de recevoir une instruction polytechnique avancée et d’élever collectivement leurs compétences scientifiques, techniques et culturelles. L’élévation générale du niveau culturel des masses ainsi que l’amélioration constante de leurs conditions matérielles d’existence (logement, biens de consommation, services publics, etc.) doit éventuellement conduire à la suppression de la différence essentielle entre le travail manuel et le travail intellectuel. Tous les membres de la société seront alors libres de choisir leur spécialisation et de se perfectionner dans différents domaines, sans être rivés toute leur vie à une seule fonction ou à un seul métier. Le travail volontaire sera valorisé et devra remplacer éventuellement le travail obligatoire. En stimulant la créativité des masses et en favorisant le développement de l’économie, cette transformation des rapports de production sera au cœur du processus pour avancer vers le communisme.

La future direction ouvrière de l’économie

  1. Le but du socialisme est de mettre fin à l’accaparement par la bourgeoisie des richesses produites par les travailleurs : de mettre fin à l’exploitation et au gaspillage de la force de travail. Par le fait même, le socialisme doit supprimer la concurrence, l’anarchie et les crises inhérentes au mode de production capitaliste fondé sur la propriété privée et sur la recherche du profit.

  1. Contrairement au capitalisme, le socialisme organisera la production de manière rationnelle en se basant sur les besoins des masses populaires. Il instaurera une direction ouvrière des opérations de production et mettra en place une économie planifiée par le prolétariat et son Parti d’avant-garde. Les principes qui guideront le développement de l’économie socialiste seront l’utilisation optimale des ressources et des forces productives pour satisfaire les besoins de la société, l’amélioration constante des conditions de travail et du niveau de vie des masses, et l’octroi d’une fonction socialement utile et enrichissante à tous les membres de la société (excepté les saboteurs et les contre-révolutionnaires). Le socialisme obligera chaque individu – notamment les anciens bourgeois inutiles et parasitaires – à effectuer un travail qui sert la collectivité.

  2. Parmi les premières mesures économiques qui seront prises par le nouveau pouvoir prolétarien, on compte l’expropriation sans indemnisation de la bourgeoisie, notamment des banques, des grandes industries et des réseaux de communication; la nationalisation des richesses immobilières et mobilières, de la terre, du sous-sol et des eaux; le développement de la propriété sociale et collective des principaux moyens de production; la constitution, dans toutes les unités de production, d’une direction qui agira dans l’intérêt général du prolétariat; et finalement la gestion des entreprises selon un plan national et des plans locaux qui assigneront les tâches à accomplir, alloueront les ressources et détermineront la destination des produits ainsi que leur consommation. Un surplus économique sera prévu, non pas pour enrichir une classe parasitaire comme c’est le cas sous le capitalisme, mais pour faire progresser le socialisme en développant les forces productives et en améliorant les conditions de vie des masses.

  3. La révolution annulera les prêts, les hypothèques et toutes les dettes envers les banques, l’État et la bourgeoisie impérialiste. Elle annulera également les dettes et les crédits contractés auprès d’autres pays. Elle saisira de manière despotique les richesses financières de la bourgeoisie et les grandes fortunes afin de les mettre au service des masses. Elle transformera le patrimoine financier des travailleurs et de la petite-bourgeoisie en épargne ne produisant pas d’intérêts, épargne que les titulaires pourront utiliser comme revenu complémentaire ou différé, à pouvoir d’achat constant. Elle dissoudra immédiatement les fonds d’investissement et de capital de risque et fermera la Bourse. Elle protégera l’épargne, les pensions et tout autre moyen de subsistance acquis par les travailleurs.

  4. Le développement du capitalisme a conduit à ce qu’une large fraction du prolétariat se trouve écartée de la production et reléguée dans des secteurs improductifs comme la vente, sans parler des prolétaires condamnés au chômage et à l’assistance sociale. Le capital gaspille une partie de la force de travail disponible en maintenant et en faisant grossir son armée de réserve. En même temps, la diminution relative du nombre de prolétaires productifs sous le capitalisme constitue la preuve incontestable que la société a atteint un haut niveau de productivité. En effet, une minorité de la population est désormais suffisante pour faire vivre le reste de la société. Sous le socialisme, ce haut niveau de productivité permettra de répondre aux besoins des masses, tout en diminuant grandement le temps de travail que chaque prolétaire devra accomplir : nous répartirons rationnellement les tâches créatrices de richesses, au lieu de les confier à un groupe restreint de travailleurs et d’occuper tous les autres à des fonctions stériles.

  5. Le socialisme va hériter de l’économie léguée par la société capitaliste. Il va développer les forces productives en éliminant progressivement les industries parasitaires qui détournent des capacités productives nombreuses et il va à l’inverse favoriser progressivement les branches industrielles permettant d’accroître de manière ininterrompue l’ensemble de la production sociale dans le but de satisfaire les besoins croissants des masses et d’améliorer sur le long terme la qualité de vie des millions de travailleurs. Il accordera ainsi la priorité à la production des moyens de production afin d’outiller toutes les entreprises socialistes du pays et de permettre la production élargie, rendant possible l’extension continue, à long terme, de la production des bien de consommation. Le socialisme éliminera aussi l’ensemble des secteurs économiques socialement inutiles exclusivement liés au fonctionnement du capitalisme : la finance, les assurances, la publicité, le marketing, la sollicitation, etc. De la même manière, le socialisme réduira l’ampleur du secteur commercial développé par la bourgeoisie pour faire circuler son capital.

  6. Les forces productives détruites par la bourgeoisie seront reconstituées à travers la construction massive de nouvelles usines et le développement de nouveaux complexes industriels. La planification socialiste supprimera graduellement le chômage en offrant un travail utile à tous les membres de la société. Une grande partie des prolétaires non ouvriers relégués aujourd’hui à des tâches inutiles ou écartés du monde du travail seront redirigés dans la production. Nous retrouverons ainsi la véritable ampleur de la classe ouvrière canadienne en mettant en mouvement l’ensemble de la force de travail disponible.

  7. Les objectifs de production de l’industrie socialiste canadienne seront établis par la classe ouvrière et son Parti d’avant-garde. Tous les secteurs de la fabrication; les industries ferroviaires; le transport fluvial et maritime; l’extraction pétrolière et gazière; les industries de l’énergie, de l’hydroélectricité à l’énergie nucléaire; le génie et la construction; les services publics; les télécommunications; l’agro-alimentaire, etc. seront déployés à travers la planification socialiste selon une nouvelle rationalité. Aucune branche d’industrie n’y échappera, mais aucune ne sera négligée non plus. Toutes les ressources seront utilisées et incluses dans la planification et la nouvelle rationalité, et ce, dans la mesure où elles vont favoriser le développement du socialisme. Cela veut dire : a) remodeler les forces productives et les techniques de manière à favoriser le plein épanouissement des facultés physiques et intellectuelles des travailleurs; b) reconvertir les productions parasitaires et inutiles; c) développer l’automatisation et les procédés techniques qui libéreront une partie du travail socialement nécessaire; d) répartir entre tous le travail socialement nécessaire; e) transformer progressivement la division capitaliste du travail; f) organiser rationnellement le territoire en éliminant les divisions entre les petites villes pauvres et les grandes métropoles, et en répartissant de manière équilibrée les activités économiques.

  8. La direction ouvrière de l’économie organisera la production énergétique de manière rationnelle contrairement à ce qui se produit sous le capitalisme alors que la compétition entrave le progrès scientifique. L’utilisation du pétrole comme source de carburant pour le transport se poursuivra jusqu’à ce que la planification socialiste permette. L’exploitation du pétrole et du gaz naturel pourra tout de même être maintenue et prolongée pour servir l’industrie pétrochimique et pour d’autres applications.

  9. Le pouvoir prolétarien mettra en place un programme nucléaire socialiste pan-canadien. Ce programme visera à l’expansion sécuritaire et harmonieux du secteur nucléaire. Le programme prévoira des investissements massifs dans la recherche sur la fusion nucléaire, source énergétique d’avenir. Le pouvoir prolétarien développera également d’autres sources d’énergie (éolien, solaire, etc.) comme sources énergétiques d’appoint.

  10. Les sciences agronomiques et l’agriculture seront développées sur une base socialiste en éliminant la séparation entre le prolétariat agricole et la propriété privée des terres cultivées. Le pouvoir ouvrier réalisera la nationalisation des terres et des moyens de production ainsi que la collectivisation entière de l’agriculture à travers la création de grandes fermes socialistes. Les méthodes scientifiques qui favorisent la préservation des sols seront obligatoirement implantées, de manière à ne pas accroître indûment la quantité des terres agricoles. La planification agricole utilisera les connaissances et les techniques agronomiques les plus avancées afin de combiner rationnellement une productivité élevée avec une production d’aliments sains pour les masses.

  11. Le secteur minier, l’extraction des matières premières, la foresterie, les pêcheries seront développées et améliorées. Le pouvoir ouvrier se fera une obligation de doter les installations minières et forestières – et de manière générale toutes les installations industrielles, ferroviaires et portuaires éloignées – de milieux de vie complets et agréables où des soviets seront constituées.

  12. Toute réorganisation des secteurs de l’économie se fera en assurant une transition fluide et respectueuse pour les travailleurs. Les ouvriers des secteurs qui seront réduits ou supprimés se verront offrir de nouveaux emplois sans aucune diminution de leur niveau de vie.

  13. Le socialisme accordera des ressources considérables à la recherche scientifique dans tous les domaines (biologie, médecine, physique, chimie, etc.) et favorisera la propagation étendue et sans entraves des connaissances scientifiques. Les conditions seront mises en place pour que de nouvelles grandes découvertes aient lieu et pour que des solutions soient trouvées aux problèmes irrésolus de l’humanité.

Pour la Fédération des Républiques socialistes du Canada

  1. L’Avant-garde communiste du Canada prône la prise du pouvoir par le prolétariat révolutionnaire à travers la destruction de l’État bourgeois canadien et l’écrasement de la bourgeoisie canadienne. Le nouveau pouvoir prolétarien dissoudra l’armée, la police et l’ensemble des appareils répressifs du vieil État bourgeois. Il expulsera du territoire canadien les forces armées impérialistes étrangères et se battra pour empêcher à tout prix quelque empiétement que ce soit. Il développera l’armement général des masses et la constitution de milices prolétariennes servant à la défense du nouvel État prolétarien, en plus de maintenir une armée rouge permanente chargée d’empêcher la contre-révolution et de défendre le pays contre toute menace étrangère.

  2. Le nouveau pouvoir prolétarien organisera la dissolution complète des organes de l’administration publique de la bourgeoisie (gouvernements fédéral et provinciaux, conseils de bande autochtones, conseils municipaux, organismes chargés de gérer les écoles et le système de santé, etc.). Il dissoudra également les associations et les ordres professionnels,les organisations du capital (chambres de commerce, Conseil du patronat, etc.) ainsi que les partis politiques bourgeois.

  3. Le nouveau pouvoir abolira les droits politiques et civils des membres de la grande bourgeoisie impérialiste ; il obligera tous les autres membres non prolétariens de la société à se soumettre au nouvel ordre socialiste sous peine de se voir retirer de tels droits. L’État prolétarien réprimera violemment toute tentative de la bourgeoisie de restaurer son pouvoir et ses privilèges, d’user de son autorité morale et de ses moyens pour influencer les masses et la vie sociale.

  4. Le nouveau pouvoir prolétarien annulera tous les traités militaires, politiques et commerciaux signés par l’ancien régime, en particulier ceux qui maintiennent la domination des nations du tiers-monde. Notamment, le nouveau pouvoir retirera le Canada révolutionnaire de l’OTAN et du NORAD. Il mettra fin à toute collaboration militaire avec les États-Unis – si ce pays est encore sous la dictature bourgeoise – et avec les autres États impérialistes. Le nouveau pouvoir expulsera les diplomates, les représentants officiels et les agents d’autres États qui ne respectent pas les dispositions prises par les autorités révolutionnaires.

  5. Le nouveau pouvoir prolétarien mettra en place une politique étrangère basée sur l’internationalisme prolétarien. Cette politique se caractérisera principalement par un soutien aux partis communistes du prolétariat des autres pays ainsi qu’aux mouvements de libération qui luttent contre la domination impérialiste – soutien qui pourra prendre la forme d’une aide matérielle et militaire directe dans le cas des organisations révolutionnaires qui solliciteraient un tel appui. Elle se caractérisera également par l’établissement de rapports internationaux basés sur les besoins des peuples ainsi que par la coopération étroite, fraternelle et égalitaire avec les autres États socialistes et avec les États de démocratie nouvelle. Notamment, afin de contribuer au progrès général de l’humanité, le nouvel État prolétarien mettra à la disposition des peuples des pays sous-développés l’ensemble de ses connaissances scientifiques et de ses savoir-faire techniques, et ce, sans chercher à en tirer profit.

  6. Notre organisation appelle à la création – suite au renversement de l’État bourgeois canadien – de la Fédération des Républiques socialistes du Canada (FRSC). Il s’agira d’un État fédéral de type soviétique, c’est-à-dire basé sur les conseils ouvriers et populaires, composés de délégués élus et révocables et assurant, à tous les niveaux (local, régional, national, central), une fonction législative et exécutive. Contrairement au vieil État bourgeois, les Républiques socialistes permettront l’élection par le peuple et la révocabilité des officiers de justice (juges et procureurs), des fonctionnaires et des cadres de l’administration publique ainsi que des dirigeants des forces armées et des milices.

  7. Notre organisation appelle à la création, partout sur le territoire, de soviets (conseils), une forme politique regroupant plusieurs lieux de travail (situés dans un même quartier, une même zone industrielle, un même village, etc.) et fonctionnant à partir de grandes assemblées prolétariennes. Les soviets constitueront les unités de base de l’État socialiste canadien. Ils permettront aux masses de participer à la planification d’ensemble de l’économie et d’élire leurs représentants.

  8. Notre organisation appelle à la création de Communes de villes formées par les délégués élus des soviets d’une même agglomération urbaine, fonctionnant à travers des assemblées de communes et constituant la forme soviétique du pouvoir municipal au sein de la FRSC. Les assemblées de communes éliront à leur tour des délégués de commune qui iront former les organisations régionales du pouvoir ouvrier.

  9. Notre organisation appelle à la création d’un conseil révolutionnaire central dans chaque République fédérée ainsi que d’un conseil révolutionnaire central pour l’ensemble de la fédération, ce dernier devant constituer l’organe suprême du pouvoir de la FRSC.

  10. La FRSC sera fondée sur l’union libre et volontaire des nations qui peupleront le futur Canada révolutionnaire. Elle inscrira dans sa constitution le droit des peuples du Canada à disposer d’eux-mêmes – incluant leur droit à la séparation politique – ainsi que le principe de l’égalité absolue des langues et des nations. La FRSC garantira l’égalité et la paix complète et définitive entre les nations, les peuples et les minorités du Canada.

  11. Le droit à l’autodétermination permettra aux peuples du Canada révolutionnaire de se constituer en républiques socialistes s’ils le désirent. Notre organisation estime que la FRSC devrait inclure une République socialiste du Québec et une République socialiste d’Acadie. De surcroît, notre organisation estime que la création d’une grande République socialiste des peuples du Nord (regroupant Autochtones, Métis et Inuits) est une perspective viable et puissante. L’union de ces républiques au sein de la FRSC dépendra de la volonté démocratique de leurs populations et pourrait se faire par voie de référendum.

  12. Outre la création potentielle de grandes républiques nationales, la FRSC inclura des organes administratifs territoriaux propres aux peuples autochtones, inuit, métis et acadien, organes fonctionnant dans leurs langues, étant adaptés aux conditions locales et bénéficiant de pouvoirs autonomes importants. Elle permettra le développement d’écoles, de services sociaux, de médias et d’institutions culturelles fonctionnant également dans les diverses langues nationales. Par ailleurs, le gouvernement fédéral de la FRSC intégrera les langues autochtones couramment parlées au sein de ses propres organismes en leur accordant un statut égal à l’anglais et au français et en les utilisant – en plus de ces deux langues – pour communiquer aux citoyens concernés.

  13. La FRSC aidera fraternellement les peuples autochtones, inuit et métis à combler leur retard économique et social causés par plusieurs siècles d’oppression.

La réorganisation de la vie sociale par le pouvoir prolétarien

  1. Le socialisme permettra la prise en charge par les masses d’un nombre croissant d’aspects de la vie sociale : l’économie, la culture, la santé, l’éducation, l’administration de la justice, l’ordre public, la défense du territoire, l’organisation des milices prolétariennes, etc. Puisque le temps de travail sera réduit avec l’abolition de l’exploitation capitaliste, les masses bénéficieront du temps nécessaire pour participer à la vie politique et à la gestion de la société. Guidées par leur Parti d’avant-garde – et alimentant ce dernier en retour de manière créative en exprimant leurs revendications et leurs idées –, elles seront mobilisées en permanence pour transformer la société afin de répondre à leurs propres besoins.

  2. Le pouvoir prolétarien collectivisera le patrimoine immobilier urbain appartenant aux capitalistes. Il attribuera le logement de manière planifiée pour répondre aux besoins des masses populaires. Par ailleurs, le pouvoir prolétarien mettra en œuvre de grandes campagnes pour supprimer l’insalubrité des logements. Il mobilisera les masses pour rénover les bâtiments et les rendre plus fonctionnels. Il construira des unités d’habitation modernes dotées de services collectifs (cantines, buanderies, etc.). Il permettra une utilisation sécuritaire et gratuite des réseaux de distribution d’électricité, de gaz et d’eau.

  3. Le pouvoir prolétarien mettra un grand nombre d’immeubles à la disposition des masses pour leurs activités politiques, sociales et communautaires. Il bâtira de nouvelles installations publiques de grande qualité. Il réparera le réseau routier de manière globale et le réorganisera de manière rationnelle. Il étendra et perfectionnera le transport en commun en le rendant gratuit et efficace.

  4. Le pouvoir prolétarien collectivisera le travail domestique à travers l’établissement de cuisines collectives et de cafétérias publiques à faible coût, de garderies gratuites et universelles, de maisons de répit et de centres d’hébergement accessibles, de buanderies, de services d’entretien, etc., dans le but d’alléger la vie des travailleurs et d’avancer vers la dissolution de la famille en tant qu’unité économique de la société.

  5. Le pouvoir prolétarien reconnaîtra le droit pour tous à la santé et aux services sociaux. Il garantira un accès gratuit à des soins de santé de grande qualité. Il restaurera les anciens hôpitaux et centres de santé et en construira de nouveaux en assurant à l’ensemble des citoyens de la FRSC – peu importe la région où ils se trouvent – un accès égal à tous les soins dont ils ont besoin. Il supprimera entièrement la médecine privée et brisera le monopole de la bourgeoisie sur les sciences et les techniques médicales. En plus de former et d’embaucher massivement du personnel, il utilisera les ressources humaines de manière plus rationnelle afin de supprimer l’engorgement du réseau de la santé ainsi que la pression capitaliste sur les travailleurs et les patients. Il supprimera les barrières artificielles liées aux titres bourgeois à l’intérieur du système de santé, luttera contre le corporatisme et permettra une utilisation optimale de l’ensemble de la force de travail. Il mettra en place des équipes polyvalentes regroupant des travailleurs aux fonctions multiples pour attribuer les soins et diriger les hôpitaux.

  6. Le pouvoir prolétarien mettra en place une santé publique prolétarienne basée sur la prévention socialiste des maladies et visant leur éradication. En plus de déployer des mesures sanitaires collectives telles que l’accès gratuit aux médicaments et la vaccination obligatoire des membres de la société, la santé publique prolétarienne s’appuiera sur de vastes campagnes d’éducation scientifique, sur la promotion de saines habitudes de vie (alimentation, hygiène, activité physique, etc.) ainsi que sur la transformation des conditions d’existence matérielles du peuple afin de supprimer les causes sociales des problèmes de santé. La santé publique prolétarienne traitera la maladie non comme un problème individuel, mais comme un problème social lié aux rapports de production.

  7. L’organisation ouvrière de la production permettra de rendre les milieux de travail beaucoup plus sécuritaires. Elle perfectionnera les procédés techniques de production et réorganisera le procès de travail en répartissant les tâches à accomplir de manière équilibrée, juste et saine afin d’éviter l’assignation prolongée et intensive des travailleurs à des fonctions destructrices pour leur santé. Ainsi, l’organisation ouvrière de la production permettra d’avancer vers la suppression des accidents de travail et des maladies industrielles.

  8. La transformation des rapports de production sera liée à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs en général. Les conditions d’habitation nocives pour la santé seront éliminées. Les travailleurs ne subiront plus la pression inhumaine du capital et bénéficieront de périodes de repos plus étendues et réparatrices. La planification économique permettra de lutter contre la contamination des travailleurs par la pollution de l’air et de l’eau. L’octroi garanti d’une fonction socialement utile à tous les membres de la société permettra d’avancer vers la suppression de la toxicomanie, de l’alcoolisme et de l’usage des drogues en général. Le pouvoir prolétarien universalisera les sports et les intégrera dans la vie quotidienne de l’ensemble des travailleurs (développement d’équipes sportives d’usines, d’écoles et de quartiers; organisation de sessions d’entraînement physique et de tournois prolétariens, etc.) en respectant les capacités physiques de chacun.

  9. Le pouvoir prolétarien mettra en place une éducation sexuelle matérialiste et égalitaire afin de favoriser le développement de pratiques saines et respectueuses et d’éliminer graduellement les maladies transmises sexuellement. Le pouvoir prolétarien supprimera la prostitution et mettra fin à la marchandisation de la sexualité en général.

  10. Le pouvoir prolétarien, en éradiquant la misère et la pauvreté, sapera les bases de la criminalité et de toutes les activités socialement nocives. Il interdira les casinos et les loteries et supprimera l’ensemble des jeux d’argent. Il éliminera le trafic de stupéfiants, la traite humaine, le trafic d’armes et le crime organisé en général. Il exercera – notamment à travers les milices prolétariennes – une répression ferme et implacable contre les organisations criminelles bourgeoises afin de les détruire définitivement. Surtout, il empêchera leur réémergence en transformant les rapports sociaux et, ultimement, en abolissant les rapports marchands.

  11. La justice prolétarienne prendra en considération les conditions matérielles d’existence des malfaiteurs. Contrairement à la justice bourgeoise, elle sera relativement clémente envers les petits délinquants issus du prolétariat, mais très sévère envers les membres des strates supérieures de la pègre, les dirigeants contre-révolutionnaires et autres criminels bourgeois. Le pouvoir prolétarien mettra en place des prisons et des camps de rééducation afin de mettre les éléments dangereux hors d’état de nuire et afin de réformer par des méthodes communistes la vaste majorité des condamnés. La réhabilitation par le travail et l’étude sera le principe fondamental de la justice prolétarienne – bien que des mesures davantage punitives et exemplaires seront prises envers les contre-révolutionnaires lors des périodes de subversion bourgeoise violente ou d’agression impérialiste.

  12. Le pouvoir prolétarien mettra en place un système d’éducation gratuit et universel favorisant l’épanouissement complet de tous les individus et contribuant à la suppression des classes sociales. Ce nouveau système éducatif sera basé sur le principe de l’éducation polytechnique. Contrairement à l’éducation bourgeoise qui conduit à la spécialisation à vie dans un seul métier ou dans le maniement d’un seul outil parcellaire, l’éducation prolétarienne permettra éventuellement de développer des travailleurs polyvalents capables d’occuper plusieurs fonctions – à la fois manuelles et intellectuelles – et d’assimiler l’intelligence de la production.

  13. Contrairement au système d’éducation bourgeois fondé sur un long processus « d’écrémage » à l’issue duquel seule une petite minorité accède aux niveaux supérieurs, le système d’éducation prolétarien brisera l’accès inégalitaire aux connaissances et permettra la formation scientifique continue des travailleurs tout au long de leur vie. Ainsi, les universités bourgeoises seront démantelées et transformées en centres de recherche et d’éducation prolétariens.

  14. L’éducation prolétarienne sera étroitement liée au travail productif et au développement de la lutte des classes. Les écoles amèneront les jeunes à participer – de manière sécuritaire et équilibrée – à la production dès l’enfance. Au lieu de « bourrer le crâne » des élèves comme le fait l’école bourgeoise, l’école prolétarienne leur permettra d’assimiler réellement des connaissances scientifiques en les mettant en lien avec la pratique et avec le procès de transformation du monde matériel.

  15. L’école prolétarienne accordera une place importante à l’enseignement des arts et favorisera le développement d’une pratique artistique avancée chez l’ensemble des élèves (mise en place d’orchestres et de groupes musicaux, de troupes de théâtre et de danse, d’ateliers d’écriture et d’arts visuels, de studios de productions audiovisuelles, etc.) afin de permettre leur développement intellectuel complet. L’éducation physique occupera aussi une place importante dans le système éducatif prolétarien.

  16. L’école prolétarienne fournira également une éducation politique aux élèves en les préparant à participer à la gestion de la société. Le marxisme sera universellement enseigné et mis en lien avec la lutte des classes nationale et internationale. L’école prolétarienne inculquera aux élèves les normes de vie socialistes afin de contribuer à forger des êtres humains nouveaux, libérés de la conception bourgeoise du monde.

  17. L’école prolétarienne fournira également une instruction militaire minimale aux élèves afin de renforcer les milices prolétariennes et de contribuer à la défense de la révolution.

  18. Afin d’atteindre concrètement l’ensemble de ces objectifs éducatifs, le pouvoir prolétarien rénovera les écoles délabrées bâties sous l’ancien régime et construira en grand nombre des centres éducatifs fonctionnels, salubres et stimulants. Le pouvoir prolétarien collectivisera le réseau des écoles dans son ensemble – y compris les écoles spécialisées – et interdira l’enseignement privé et marchand sous toutes ses formes.

  19. Le pouvoir prolétarien garantira une existence convenable aux travailleurs jusqu’à la fin de leur vie. Les travailleurs vieillissants ne subiront aucun appauvrissement et n’auront pas à craindre de sombrer dans la déchéance. Des centres d’habitation – dotées de services adéquats – seront mis en place pour les personnes âgées. Ces dernières se verront par ailleurs confier une fonction sociale utile – à la hauteur de leurs capacités – au lieu d’être séparées complètement de la production et de la vie collective.

  20. L’État prolétarien garantira la liberté de pratiquer une religion tout en propageant l’athéisme et le matérialisme. La discrimination religieuse et les crimes haineux dirigés contre les adeptes de telle ou telle religion seront sévèrement punis par la loi. L’abandon de la religion par les masses se fera naturellement et de manière non coercitive par l’éducation, et surtout, avec la transformation de leurs conditions matérielles d’existence. Les communistes sont matérialistes et s’opposent par conséquent à la religion sur le plan idéologique. Mais contrairement aux athées idéalistes qui estiment qu’on peut supprimer la religion simplement par l’argumentation, les marxistes affirment que la religion est le produit de conditions sociales matérielles et historiques. Les marxistes reconnaissent notamment qu’à bien des endroits dans le monde, la réalisation du programme démocratique bourgeois se trouve bloquée par l’impérialisme, que des rapports semi-féodaux sont maintenus et que la base matérielle de la religion n’est pas supprimée. La faute n’est pas aux croyants, mais aux classes dominantes qui tirent profit de l’idéalisme et de la métaphysique. La disparition de la religion n’aura lieu que lorsque toute l’humanité, y compris les masses des pays présentement dominés par l’impérialisme, sera passée au socialisme.

  21. L’État prolétarien garantira l’égalité complète entre les hommes et les femmes. Il balaiera tous les vestiges restants du patriarcat féodal, aussi marginaux soient-ils, si la société bourgeoise ne l’a pas déjà fait au moment de la prise du pouvoir par la classe ouvrière.

  22. Par ailleurs, le pouvoir prolétarien portera une attention particulière aux besoins et aux capacités physiques spécifiques des femmes du peuple – besoins et capacités liés à leur sexe biologique. Il assurera la protection physique et morale des femmes enceintes pendant toute la durée de la grossesse et la période qui suit l’accouchement. Il garantira également un droit plein et entier à l’avortement et à la contraception libres et gratuits.

  1. L’État prolétarien interdira la discrimination et les actes haineux basés sur l’origine ethnique, la langue, le sexe ou l’orientation sexuelle. S’il y a lieu, il dissoudra sans hésitation les organisations réactionnaires qui prônent de tels actes haineux.

La guerre populaire prolongée

  1. Notre organisation prône et cherche à développer la théorie militaire marxiste à laquelle nous donnons le nom de guerre populaire prolongée. Ce nom est à la fois générique (une définition politique universelle) et stratégique (une ligne politico-militaire pour permettre au prolétariat et ses alliés de prendre le pouvoir). Ce simple nom exige de chacun d’entre nous que nous ayons une compréhension historique et dialectique des questions militaires.

  2. Comme communistes, nous avons la certitude que la société future – le socialisme – sortira des « flancs » de la société actuelle par une lutte âpre, violente, impliquant une confrontation armée prolongée. Ce n’est pas nous qui le voulons, c’est un fait objectif vérifié par l’histoire.

  3. Après la naissance du mouvement communiste, le manifeste de 1848, les années révolutionnaires de 1848-1849, l’Association internationale des travailleurs (AIT), la Commune de Paris, la naissance des syndicats et des premières grandes grèves, la Deuxième Internationale et ses partis, ainsi que la Grande Guerre, c’est évidemment la victoire des Bolcheviks en octobre 1917 qui a amorcé une époque inégalée d’organisation des classes ouvrières et paysannes et de développement de notre mouvement dans des partis communistes et des organisations diverses rejoignant des millions de prolétaires et de paysans sur tous les continents. Jamais dans toute l’histoire de l’humanité les pauvres et les exploités n’avaient-ils pris une telle place sur la scène politique. Cette masse d’expériences nous a légué un colosse politique : l’insurrection. La puissance de 1917, c’est d’avoir posé sur un socle d’acier la nécessité politique de l’insurrection.

  4. C’est Mao Zedong au sein du Parti communiste chinois qui a, de 1927 jusqu’au tout début des années cinquante (mais principalement dans les années 1930), développé la théorie militaire marxiste sous la forme de la guerre populaire prolongée. Cela doit être clair : Mao lui-même, comme nous tous, est un fils de 1917; il est un produit de cette époque aux dimensions extraordinaires qui a débuté avec la victoire des Bolcheviks. Il a lui aussi grandi auprès de ce colosse politique qu’est l’insurrection. Mais après avoir étudié la dialectique, le marxisme, l’histoire et la science militaire; après avoir analysé les classes, les rapports sociaux, le territoire et la géographie de son pays; et après avoir été obligé, par les conditions spécifiques dans lesquelles il se trouvait, de trouver une solution originale à la question de la prise du pouvoir, il a développé, à travers la pratique même de la lutte armée, les principes de la guerre populaire prolongée, et ce faisant, il a fait faire un bond de géant à la théorie militaire marxiste.

  5. Nous disons aujourd’hui, après plus de 170 ans de pratique révolutionnaire du marxisme à la tête de la classe ouvrière et des opprimés, que la ligne stratégique de notre organisation est nécessairement cette conception maoïste qui subsume toute l’expérience légale, clandestine, propagandiste, organisationnelle, insurrectionnelle et militaire du passé. Cette ligne, c’est celle de la guerre populaire prolongée.

  6. Le corps principal de cette ligne, c’est la théorie militaire de Mao. Mao fut un éducateur hors pair, un théoricien et un stratège de haut niveau, un tacticien éprouvé. Il a appliqué le matérialisme et la dialectique à la question « Comment prendre le pouvoir? ». Comment le conquérir quand on n’a rien, quand on est faible en face d’adversaires riches et puissants, quand on agit au nom des classes subalternes en opposition aux classes dominantes? Cela a donné tout un corps de principes puissants qui sont maintenant passés dans le domaine programmatique du communisme, avec bien sûr des formulations diverses: a) on doit mener la guerre pour pouvoir vaincre et mettre fin aux guerres; b) la guerre populaire est une guerre des masses; c) ce sont les hommes et les femmes qui sont décisifs dans la guerre et non pas d’abord l’armement; d) on apprend à combattre en combattant; e) sans armée révolutionnaire le peuple n’a rien; f) c’est le parti qui doit commander au fusil et non pas l’inverse; g) les engagements armés doivent permettre de préserver nos forces et de détruire celles de l’adversaire; h) on doit savoir disperser nos forces pour soulever les masses et concentrer nos forces pour faire face à l’ennemi; et i) on pratique d’abord la guerre de partisans (la fameuse « formule en 16 caractères ») avant d’être apte aux grandes offensives. Ce corps de principes s’applique à la guerre révolutionnaire, partout et dans tous les pays. Mao a écrit : « La tâche centrale et la forme suprême de la révolution, c’est la conquête du pouvoir par la lutte armée, c’est résoudre le problème par la guerre. Ce principe révolutionnaire du marxisme-léninisme est valable partout, en Chine comme dans les autres pays. » C’est ce qui conduit notre organisation à admettre les éléments qui suivent.

  7. Notre organisation prône la guerre populaire prolongée comme moyen de lutte pour vaincre l’appareil militaire de la bourgeoisie, détruire l’État bourgeois canadien et mettre le prolétariat au pouvoir. La lutte armée en est la forme de lutte principale : l’élément qui organise et dirige tout le reste. Nous affirmons que le prolétariat ne peut pas s’emparer du pouvoir d’État sans passer par une période relativement étendue au cours de laquelle il a commencé à attaquer militairement les forces répressives de la bourgeoisie – notamment les Forces armées canadiennes – dans le but de les affaiblir. La guerre populaire est un affrontement militaire soutenu avec la bourgeoisie. Ce n’est pas un coup d’État, une irruption d’un jour, un éclair bref dans la nuit. Elle a une durée. Cela dit, elle ne doit pas non plus s’éterniser.

  8. Nous passons d’abord par une période de préparation politique pendant laquelle nous construisons le Parti, nous accumulons connaissances, expériences et forces, nous apprenons à maîtriser les conditions concrètes de la révolution au Canada de même qu’à diriger les masses. Nous déclencherons le moment venu la guerre populaire au Canada par une initiative politico-militaire d’une portée historique.

  9. Cela entamera pour nous la période cruciale et prolongée de la défensive stratégique. La défensive stratégique sera la phase la plus longue de la guerre populaire prolongée. C’est seulement dans cette phase que peut se construire une armée révolutionnaire, en commençant par de toutes petites forces irrégulières, en allant vers des unités de partisans plus aguerries, et éventuellement des brigades de partisans aptes à manœuvrer et à se regrouper. Seule la défensive stratégique peut éprouver la qualité des actions de partisans et de guérilla sans en faire une finalité qui prendrait la forme d’une stabilisation idéologique (le guérillérisme). La liaison aux masses est à cet égard fondamentale.

  10. À travers la pratique de la guerre populaire, le Parti apprendra progressivement à maîtriser les quatre conditions de la victoire de la révolution : 1) savoir affronter la contre-révolution armée; 2) avoir développé un front uni; 3) pouvoir compter sur des bases d’appui stables; 4) avoir placé les jalons nécessaires à une « économie de la guerre populaire ». Éventuellement, le Parti établira des bases d’appui sur des portions significatives du territoire (des régions entières), par l’action militaire de ses groupes de partisans et par la mobilisation des masses lors d’insurrections locales sur les territoires concernés. La guerre va révéler dans tout ce qu’elle a de plus concret la réalité du développement inégal de la révolution. Une nouvelle carte du Canada va se dessiner. Le Parti, les unités de partisans, éventuellement l’armée rouge, le front uni, les syndicats, les organisations de masse vont voir leurs rangs grossir. Les militants et les organisateurs du Parti vont se joindre à des rébellions partielles, à de grands mouvements et à des insurrections localisées.

  11. La guerre populaire se terminera par la phase de l’offensive stratégique. La classe ouvrière dans sa vaste majorité, accompagnée de ses alliés, souhaitera et contribuera à la déroute de la contre-révolution. La victoire du socialisme sera alors bien comprise pour ce qu’elle est : une occasion de libération. Le Parti et le front uni vont conduire des insurrections massives dans les grandes agglomérations et les zones ouvrières les plus importantes. Les capacités militaires de l’armée rouge vont empêcher la contre-révolution de faire barrage à la volonté populaire. Elles devront détruire et anéantir les forces armées qui répondront encore à ce moment-là à l’État bourgeois. L’offensive stratégique devra se conclure par la prise du pouvoir central et l’instauration de la dictature du prolétariat.

  12. Nombreux sont ceux qui soutiennent que la guerre populaire est impraticable dans les pays capitalistes les plus développés. Ils affirment qu’au Canada, et dans les autres pays de ce type, les communistes doivent mener une longue lutte légale avant de songer à la lutte armée. Ces gens prétendent s’appuyer sur Mao lui-même qui a, c’est indéniable, parlé de cette nécessité d’une « longue lutte légale » dans les pays capitalistes développés. Notre organisation ne voit pas de contradiction entre la guerre populaire prolongée et la longue lutte politique qui la précède. Ceux qui y voient une contradiction sont les mêmes qui refusent de développer la théorie militaire marxiste. Rappelons que Mao est parti d’une caractéristique propre à la Chine (et à quelques autres pays) à l’effet que dès le début, la révolution a dû affronter la contre-révolution armée. Ce n’est pas le cas partout. Ce n’est pas le cas au Canada. Chaque révolution aura ses caractéristiques propres et ses formes à elle, cela est une évidence.

  13. Les militants de l’Avant-garde communiste du Canada sont les continuateurs d’une longue lutte légale (au sens d’une longue lutte non armée) qui a commencé en 1921 avec la fondation du Parti communiste, qui a traversé des milliers de luttes ouvrières avec la WUL (Ligue d’unité ouvrière), qui a organisé les ouvrières, les mineurs, les bûcherons et les sans-emplois, qui a été visée par la répression, qui a été dévoyée par le révisionnisme, puis s’est relevée dans les années 1970 et 1980 avec les organisations marxistes-léninistes. L’Avant-garde communiste du Canada elle-même, par sa conception du parti communiste complet, poursuit cette longue lutte politique avec enthousiasme. Toutefois, notre conception de cette longue période n’est pas celle du légalisme. Elle inclut les trois formes de l’action révolutionnaire présentées précédemment, et donc, elle inclut une part d’activité illégale et clandestine, mais elle est déterminée par cette période de préparation et non de guerre. La révolution est comme toute chose dans la nature et dans l’histoire: elle se transforme.

L’action communiste réelle

  1. Pour faire la révolution, il ne suffit pas d’adhérer intellectuellement au communisme. Comme l’a écrit Marx : « Pour abolir l'idée de la propriété privée, le communisme pensé suffit entièrement. Pour abolir la propriété privée réelle, il faut une action communiste réelle. » Dans la même lignée, Mao affirmait que « si, étant arrivé à une théorie juste, on se contente d’en faire un sujet de conversation, pour la laisser ensuite de côté sans la mettre en pratique, cette théorie, si belle qu’elle puisse être, est dépourvue de toute signification. »

  2. La présente déclaration d’unité politique n’a de sens que si elle est mise en œuvre concrètement : que si elle est défendue et incarnée par des militants communistes dévoués et agissants. Par elle-même, elle ne peut servir à rien d’autre qu’à abolir « l’idée de la propriété privée » et elle est « dépourvue de toute signification ». Nous refusons qu’elle devienne « un sujet de conversation » au lieu de servir à transformer le monde matériel.

  3. Ce sont des centaines, voire des milliers de militants communistes que nous formerons et qui auront la responsabilité de toujours transformer la phase actuelle en une phase plus relevée, supérieurement exigeante, jusqu’à la victoire du prolétariat. Ce qui nous attend, ce sont des périodes intenses de préparation, de lutte et de combat. Après la génération de militants que nous sommes, bien d’autres suivront, toujours plus nombreuses et plus puissantes jusqu’au communisme.

  4. Les organisateurs de l’Avant-garde communiste du Canada vont partout, préparés et disposés à encourager, à canaliser et à transformer la colère des masses prolétariennes en un puissant mouvement révolutionnaire de lutte contre la société bourgeoise et l’exploitation capitaliste.

  5. C’est en organisant le prolétariat canadien et ses alliés dans des luttes larges, puissantes et nombreuses, c’est en développant une propagande qui atteint toutes les masses laborieuses et les met en mouvement, c’est en construisant et en renforçant le parti prolétarien par l’organisation et l’adhésion de nouvelles générations d’ouvriers révolutionnaires, c’est en regroupant, éduquant et formant des partisans qui osent affronter l’ennemi, que les capacités politiques de toutes les classes seront modifiées et que nos accomplissements feront trembler la bourgeoisie. Par notre action communiste réelle, nous mettrons fin à l’exploitation et ferons émerger un nouvel ordre social.